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Du Pain et des Roses

IMPUNITE

Damien Abad accusé de viols : LREM savait mais l’a nommé ministre

Ce samedi, Mediapart révélait plusieurs accusations de viol visant Damien Abad (ex-LR). Celles-ci avaient été signalées à LREM et étaient plus largement connues dans le monde politique. Elles n'ont pas empêché la macronie de le nommer ministre.

lundi 23 mai

Crédits photo : DAVID NIVIERE / AFP

« Violences sexuelles : Damien Abad nommé ministre malgré un signalement adressé à LREM » : ce samedi, Mediapart révélait un nouveau dossier sur la macronie, témoignant à nouveau de l’impunité qui règne quant aux violences sexuelles chez le gouvernement. En effet, deux accusations de viol viseraient Damien Abad, ancien patron des députés les Républicains, nommé la semaine dernière Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. LREM en aurait eu connaissance, mais aurait choisi malgré tout d’aller au bout de sa « prise de guerre ».

Deux accusations de viols contre Damien Abad

Les témoignages rapportés par Mediapart font froid dans le dos, en même temps qu’ils révèlent les mécanismes patriarcaux habituels qui structurent les violences sexuelles. Chloé (prénom modifié par Mediapart) a ainsi expliqué dans un témoignage envoyé à l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique avoir rencontré Damien Abad en 2010, bu un verre avec lui un soir après une lourde insistance de sa part, puis s’être réveillée après un « black-out » « dans une chambre d’hôtel proche du bar », « en sous-vêtements », « en état de choc et de dégoût profond ». Elle note avoir été « tellement choquée » qu’il lui a fallu « plusieurs mois à réaliser et admettre que ce qui s’était passé était un viol ».

La deuxième témoin, Margaux, a connu Damien Abad en tant que militante politique du centre-droit (vice-présidente des Jeunes Démocrates) en 2010. Elle raconte une drague très lourde, insistante, face à laquelle elle finit par accepter une soirée qui donne lieu à une relation sexuelle qu’elle décrit comme pleine « d’irrespect, d’injonction et d’insistance » et dans le cadre de laquelle le député européen « lui aurait imposé une pénétration anale, alors qu’elle avait dit non de manière « affirmée ». » Un viol pour lequel Margaux a porté plainte en 2017, mais dont la procédure a été classée sans suite sur la base des déclarations de Abad et d’une enquête bâclée. Même schéma du côté des Républicains, avertis de la plainte au moment de la campagne présidentielle de François Fillon.

LREM et LR savaient

Mediapart confirme que LREM avait connaissance de ces accusations. Le journal note ansi que « l’Observatoire – créé en février par des initiatrices du collectif #MeTooPolitique telles que Fiona Texeire, Mathilde Viot et Alice Coffin (…) a adressé par mail son témoignage (anonymisé) aux directions des deux partis, le 16 mai : Les Républicains, que vient de quitter Damien Abad, et La République en marche (LREM), qu’il rejoint. En fin de semaine, il a aussi envoyé le courrier au procureur de la République. » Un signalement qui n’a pas empêché la nomination de Abad, et face auquel LREM a choisi le déni : Christophe Castaner et Stanislas Guérini ont ainsi expliqué ne pas avoir vu passer le mail, tandis qu’Elisabeth Borne a expliqué ne pas avoir été « au courant ».

Tout semble cependant indiquer le contraire. Depuis les révélations, les langues se délient et plusieurs députés LR affirment qu’ils étaient au courant de ces faits et en auraient même parlé à LREM. « « Dès que j’en parlais avec des membres de cabinet ministériel ou des députés En marche, je leur disais : “Abad, faites attention, parce que chez nous il y a beaucoup de rumeurs qui circulent…” » raconte un député LR qui avait pris le pari qu’Abad ne serait pas ministre. » rapporte ainsi Libé. Un autre LR explique de son côté, toujours à Libération : « Des journalistes qui ne sont pas de Mediapart m’avaient appelé il y a déjà un mois sur le sujet. Donc ne me dites pas que LREM n’avait pas accès à une info que la moitié des journalistes avaient. Ils savaient comme nous. »
 
Les informations étaient donc connues, mais les Républicains comme LREM se sont bien gardés de les ébruiter, protégeant ainsi Damien Abad. Une situation révélatrice de l’impunité des auteurs de violences sexuelles. Rien de surprenant dans une sphère qui avait déjà été épinglée par le #MeToo Politique et de la part de LR mais aussi de LREM, connu pour sa tolérance vis-à-vis des auteurs de violences sexuelles en son sein.
 
Parce qu’elle remet sur la table l’attitude de LREM sur la question des violences sexuelles, quelques jours après la désinvestiture in extremis de Jérôme Peyrat, et qu’elle vise une des rares prises de guerre de la macronie, l’affaire représente en tout cas un revers important pour Macron et sa lieutenante Elisabeth Borne, à peine quelques jours après la nomination d’un nouveau gouvernement. De quoi fragiliser une Macronie déjà fébrile et affaiblie.



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