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Du Pain et des Roses

Dans le milieu de l’art, une rentrée marquée par la lutte contre les agressions sexistes

Si le gouvernement essaie de focaliser en ce moment le débat public sur les tenues des jeunes filles jugées « non appropriées », les élèves, quant à elles et eux, essaient depuis plusieurs années de faire porter l’attention sur les nombreux cas de harcèlements, voire d’agressions sexuelles, qui ont lieu dans l’enseignement supérieur. En première ligne, les écoles qui enseignent des disciplines artistiques comme le théâtre, le chant ou encore la danse.

lundi 28 septembre

Crédits photos : Photo Bertrand Guay. AFP

Des accusations publiques et des récits alarmants

Depuis la rentrée, les articles se multiplient dans la presse, sur des élèves accusant publiquement leurs professeurs, ou des membres de l’administration de leur école, de différentes formes d’abus, allant d’accusations d’attouchement aux accusations de viol, en passant par des accusations de harcèlement moral. Que ça soit dans le Nouvel Obs, ou encore Libération, ce sont parfois des institutions entières qui sont sommées de réagir. Une synthèse de ces accusations sont aussi visibilisées à travers le compte Instagram Paye Ton Rôle qui, au travers de témoignages courts, alerte sur les comportements quotidiens des figures d’autorité dans les écoles d’arts. Les récits qui émergent sont très violents : élèves rabaissés et humiliés par rapport à leur physique ou leur sexualité supposée, élèves victimes d’attouchement, ou encore sommés de mimer un acte de viol… Les exemples ne manquent pas pour alerter sur la situation alarmante et sur le grand besoin de justice et d’écoute des élèves de cette nouvelle génération Metoo.

Pour autant, si ces affaires sont plus visibilisées dans ce contexte de mouvement féministe international autour des violences de genre cristallisé autour de l’émergence du hashtag Metoo, il est évident pour la plupart des acteurs du monde artistique et culturel que ces abus ne sont pas nouveaux, et concernent la plupart des institutions artistiques, voire toutes. Par ailleurs, d’autres témoignages dans le spectacle vivant professionnel viennent s’ajouter, comme dernièrement, l’accusation dans la revue musicale « La Lettre du Musicien » de la soprano française Chloé Briot envers un de ses collègues chanteurs pour agression sexuelle ou encore les accusations publiques envers des figures du rap comme Moha la Squale ou Roméo Elvis… Tout cela démontrant que les agressions dans le milieu artistique peuvent se perpétuer de l’enseignement au milieu professionnel.

#Metoo et l’enseignement des disciplines artistiques

Puisque l’enseignement artistique touche parfois l’intime et la corporalité des étudiant-es, il y a toujours eu, donc, sous prétexte de cette « particularité de discipline », un tabou particulièrement fort à dénoncer ces agressions sexistes. Mais la jeunesse a aujourd’hui raison de se lever contre ces agressions, de réclamer justice pour les victimes et dignité pour les élèves de cette génération et pour les suivantes ! Et donc, de pousser à remettre en question les institutions qui reproduisent et alimentent de manière systémique la couverture de ces agressions. Pour cela, il s’agit de refuser avec force toute complaisance avec les attitudes sexistes, racistes, LGBTIphobes de leur corps professionnel, n’avoir aucune tolérance avec ces agressions quelqu’en soit le degré de gravité, remettre au centre les notions de consentement ou encore de discrimination. Ce qui pourrait paraître naturel mais, au vu des témoignages, ne l’est apparemment pas.

Mais en vérité, ces agressions sont les parties émergées de l’iceberg du racisme, du sexisme, de la LGBTIphobie ambiante dans la société. Des oppressions que la montée de l’extrême droite et des discours réactionnaires de droite ne cessent d’alimenter permettant notamment aux les agresseurs de se sentir toujours plus légitimes. Pour commencer à opposer une réponse sérieuse à ce système de domination et d’oppression qui structurent nos vies et se reproduisent notamment au sein de l’enseignement de l’art, il s’agit, en premier lieux de savoir notamment parler et comprendre toutes les notions liées au consentement, et de briser cette omerta terrible qui a trop duré et qui a étouffé de nombreux traumatismes chez tant de jeunes élèves en formation. De pouvoir aussi engager de réelles discussions avec les élèves sur toutes ces notions de corporalité, d’intime, justement quand la discipline à laquelle elles et ils se forment touche à tout cela.

Mais pour poser de manière sérieuse, la question du patriarcat qui est au creuset de ces oppressions, par-delà les procédures institutionnelles pour réclamer, à juste titre, justice pour toutes les victimes, il y a un combat politique pour changer de système ! Contre un Blanquer qui parle, d’un ton patriarcal, de la tenue des jeunes filles en cours qui distrairait les jeunes garçons, jusqu’à un Roman Polanski protégé par les vieilles institutions réactionnaires du cinéma française, il faut crier jusque dans la rue notre refus du réel vieux monde : celui du capitalisme patriarcal réactionnaire, qui organise les violences et broie les opprimé-es.