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Politique

Aux capitalistes de payer

Dans le public et le privé, ils s’attaquent à nos droits pour nous faire payer la crise

Une ordonnance gouvernementale permet d’amputer 10 jours de RTT aux agents de la fonction publique. Il est temps de préparer la riposte.

jeudi 16 avril

Crédits photo : LUDOVIC MARIN / AFP

L’état d’urgence sanitaire décrété au début du confinement et permettant au gouvernement de légiférer par ordonnances a été accompagné d’un ensemble de mesures. De véritables attaques faites aux travailleurs et aux couches les plus populaires de la population, qui s’articulent autour de 2 volets : la restriction des libertés individuelles d’une part, visant à faire respecter le confinement de manière autoritaire ; d’importantes attaques au droit du travail et une extension du pouvoir patronal d’autre part, pour limiter la perte de profits des capitalistes.

La loi relative à l’état d’urgence sanitaire vise à faire payer la crise aux travailleurs

En d’autres termes, il s’agit pour le gouvernement, aux côtés des grands patrons, de faire payer les deux aspects de la crise – sanitaire et économique – aux travailleurs. La logique de cette loi d’urgence sanitaire était clairement affiché par Edouard Philippe lui-même lorsqu’elle a été adoptée, le 22 mars dernier : il s’agissait de mettre en place « un dispositif inédit et massif pour protéger les compétences des entreprises »

Malgré l’illusoire promesse de Pénicaud d’en faire des mesures provisoires, le caractère temporaire des mesures mise en œuvre pour l’état d’urgence sanitaire n’est pas inscrit dans le projet de loi. Les mesures visant à faire peser sur les travailleurs les conséquences de la crise représentent ainsi un important cadeau au patronat : attaques des congés payés, limitation du temps de travail…

Pour justifier cet « effort » à sens unique imposé aux salariés, le gouvernement s’est fendu d’un discours appelant à l’unité nationale, à l’effort commun. C’était notamment le sens de l’intervention de Gérald Darmanin au micro de Radio Classique peu après l’adoption du projet de loi : « Lorsqu’on peut prendre des jours de congés pour pouvoir refaire vivre notre pays […] au lendemain de cette crise […], je pense que ce sera une pierre à l’édifice que chacun doit avoir ». Un effort de guerre à sens unique puisqu’à l’heure où le gouvernement fait un don de 45 milliards d’euros aux entreprises, le sous-traitant aéronautique Daher supprime 3000 emplois.

Des ordonnances permettant aux patrons de s’attaquer aux RTT et aux congés payés

Certaines boîtes, par le biais d’accords de branche et d’entreprise, ont déjà commencé à s’attaquer aux jours de repos et aux congés payés de leurs employés. La SNCF par exemple a déjà pris des dispositions pour faire payer la crise aux cheminots, en ayant la possibilité de leur imposer durant le confinement jusqu’à 5 jours de « repos » décomptés de leurs congés annuels.

Une attaque au droit du travail permise par les ordonnances gouvernementales, qui va également peser sur les plus précaires. Durant leurs congés, les travailleurs au statut ou en CDI sont habituellement remplacés par des travailleurs en contrat court. L’amputation de leurs jours de repos ou de congés aura donc aussi un impact à large échelle sur l’offre d’emploi, puisqu’il y aura moins de travailleurs en congé à remplacer.

L’injustice de telles mesures est largement dénoncée parmi les travailleurs concernés : « Alors je me tape, le ménage, la bouffe, les cours des enfants et les courses en mode scaphandrier ; je suis confinée à la maison toute la journée, craignant pour ma santé et celle de mes proches et au final j’apprends que mon patron me considère en vacances ! »

Une attaque étendue à la fonction publique

Le gouvernement a décidé d’étendre ce type d’attaques à l’ensemble des fonctionnaires d’État qui ont bénéficié d’une autorisation spéciale d’absence (ASA) s’ils étaient dans l’impossibilité de télétravailler où s’ils devaient garder leurs enfants de moins de 16 ans. Une disposition permise par une ordonnance passée en conseil des ministres ce mercredi 15 avril.

Il s’agit d’une mesure rétroactive : 5 jours de RTT seront décomptés du solde des fonctionnaires sur le mois de confinement écoulé, et 5 jours de plus seront imposés dans le mois à venir. Si les agents de la fonction publique concernés ne disposent pas assez de RTT, ils pourront voir jusqu’à 6 journées décomptées de leurs congés annuels.

Au total, il s’agit donc de 10 jours de repos enlevés de force aux salariés, dans l’objectif clair qu’ils travaillent deux fois plus à l’issue du confinement : « Une fois la crise passée, aux côtés des salariés du secteur privé placés comme eux en situation de confinement, les agents publics auront un rôle important à jouer pour relancer l’activité dans notre pays et cela nécessitera la mobilisation et l’implication de l’ensemble des agents. Il convient donc d’anticiper dès à présent cette sortie pour garantir la continuité des services publics en évitant toute désorganisation » explique le rapport de présentation de l’ordonnance.

Les organisations ouvrières restent l’arme au pied

L’ensemble de ces attaques d’ampleur visant à faire peser sur les travailleurs les conséquences de la crise méritent une riposte à la hauteur et coordonnée. Mais ces mesures, sous couvert de « dialogue social » et « d’unité nationale », ne provoquent pas grand bruit du côté des directions syndicales.

Pire, elles ont même été accompagnées par certains syndicats comme la CFDT. Berger, en tête de file, accepte de négocier la régression sociale plutôt que de la combattre, en demandant seulement que ces attaques soient « sur une période la plus limitée possible correspondant à une nécessité ou urgence absolue de production pour assurer la sécurité de la Nation et assurer la continuité de la vie économique et sociale ». Une prise de position qui s’aligne clairement sur la logique d’unité nationale, comme si les travailleurs avaient les mêmes intérêts et la même responsabilité que le patronat et le gouvernement face à la crise.

Du côté des syndicats plus contestataires même si certaines revendications portées par la CGT sont justes, la confédération n’a apporté que très peu de soutien aux salariés qui se battaient localement pour faire fermer leurs entreprises, qui exerçaient massivement leur droit de retrait dès le début du confinement. Une attitude passive, d’adaptation à l’unité nationale, de la part des directions syndicales, à l’heure où il faudrait au contraire préparer la riposte face aux]attaques que le gouvernement et le MEDEF nous préparent.

Dans ces coordonnées, les travailleurs, ne disposant d’aucune garantie quant aux conditions de reprise du travail, en première ligne face à la crise – notamment dans la santé et la grande distribution – et qui en subissent déjà les conséquences, à l’instar des 3000 salariés de Daher menacés de licenciement, doivent se préparer à l’affrontement. Une lutte qui doit passer par un refus catégorique de l’unité nationale, par une préparation et une coordination du monde travail qui refuse toute forme de corporatisme et de division par secteur ou par entreprise, et par l’exigence des directions du mouvement ouvrier qu’elles préparent un plan de bataille à la hauteur de la situation.




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