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Monde

Dans le seul village italien où les tests ont été massifs, l’épidémie recule : encore une fois, il faut des tests !

En Italie, durant les deux dernières semaines de l'épidémie l'ensemble de la population d'une petite commune a été soumis à des tests. La propagation du virus y est en recul, et cette expérience ainsi que celle de la Corée du sud témoignent de la nécessité de campagnes massives de dépistage.

vendredi 20 mars

En Italie, pays le plus durement touché à échelle mondiale, les chiffres continuent d’augmenter avec 627 morts ce vendredi 20 mars, atteignant le triste bilan de plus de 4000 décès dus au Covid-19 pour 47 000 cas recensés.
Seulement, une étude a été menée durant les deux dernières semaines, dans la ville de Vo, située en Vénétie, une des régions d’Italie les plus touchées par l’épidémie du coronavirus, dont les résultats témoignent de la nécessité de réaliser des tests de manière massive.

Dès le 6 mars, une équipe de chercheurs s’est apprêtée à soumettre au test qui permet de détecter le virus l’ensemble des 3000 habitants de la ville et ce deux fois sur un espace-temps réduit. Le premier test généralisé à toute la population de la ville a révélé plus de 80 cas de coronavirus, parmi lesquels beaucoup ont été diagnostiqués asymptomatiques. Les personnes contaminées ont directement été placées en quarantaine. Le second test, effectué seulement neuf jours après le premier, n’a révélé plus que 6 cas de coronavirus au sein de la ville, le nombre de contaminés ayant donc drastiquement chuté. La mesure préventive d’un test systématique de tous les habitants s’est donc montrée extrêmement efficace pour endiguer la propagation du virus, permettant d’avoir une vision plus claire, permettant l’isolation des foyers de contamination, et une prise en charge rapide des contaminés, symptomatique et asymptomatique.

La stratégie d’un test systématique des populations est depuis peu de temps une mesure conseillée par l’OMS. Dans certains pays comme en Corée du Sud, cette mesure a été mise en place assez rapidement et a permis un amoindrissement de la crise sanitaire, malgré une méthode très discutable en termes de respect de la vie privée. La campagne de tests massifs et la transparence concernant le développement de l’épidémie ont permis de ralentir les conséquences du virus. Plusieurs pays touchés par le coronavirus mènent cette politique en prenant la mesure de fournir et d’effectuer un très grand nombre de tests. Malgré tout cela reste insuffisant pour contenir la propagation du virus, en Allemagne, la capacité des laboratoires pour effectuer des tests serait de 12 000 par jour, ce qui permet a priori de déceler la contamination d’un plus grand nombre de personnes. Les mesures prises par les différents pays, couplées aux recommandations de l’OMS - dont la responsabilité dans cette crise sanitaire est indéniable , montre d’autant plus la gestion critique de la crise par le gouvernement français, où Édouard Philippe déclarait ce jeudi à l’Assemblée Nationale : « il ne servirait à rien aujourd’hui de tester massivement tout le monde, préventivement ou en fonction des symptômes ».

Pourquoi le gouvernement français n’a pas pris et ne prend pas les mêmes mesures que dans la commune de Vò alors que cela s’est montré efficace pour lutter contre le virus ? Alors même que les déclarations d’Agnès Buzyn a montré que le gouvernement était prévenu et qu’il avait décidé de fermer les yeux sur la crise sanitaire à venir, pourquoi des mesures de tests systématiques et accessibles à tous n’ont pas été prises, puisqu’elles auraient pu permettre d’endiguer la propagation du virus ? Il semble que la réponse, à l’image de toutes les pénuries dramatiques qui frappent le système de santé soit d’ordre financier, le coût de la santé publique étant trop élevé et pas assez profitable à court terme pour les capitalistes.

Si à ce stade de l’épidémie, les mesures de « distanciation sociale » sont nécessaires, le confinement massif made in Macron est appliqué dans une logique autoritaire et répressive (contrôles arbitraires de police, obligation d’aller travailler même dans des secteurs non-essentiels) sans mettre en œuvre une campagne de test massif, alors qu’il a été justement prouvé qu’il s’agissait d’un moyen efficace pour endiguer la crise, puisque cela permet d’identifier les différents foyers du virus ainsi que les nombreux porteurs asymptomatiques. En contrepartie, le gouvernement fait le choix d’appliquer des mesures de plus en plus dures, dont témoigne le nombre d’amendes déjà distribuées et la répression massive déjà appliquée, et la mise en place de l’état d’urgence sanitaire qui menace déjà bon nombre d’acquis sociaux mais qui ne permet certainement pas d’endiguer la crise sanitaire.

Ainsi, durant cette période actuelle où ne sont testés que les individus présentant des symptômes déjà graves, la mesure élémentaire serait de réaliser des campagnes de tests massives, qui doivent être gratuits et accessibles à tous. Dans la continuité du double discours du gouvernement qui appelle à rester chez soi tout en demandant à de nombreux salariés de continuer à travailler, il semble nécessaire d’exiger que les travailleurs des secteurs essentiels soient systématiquement testés afin d’éviter la propagation du virus dans les lieux de travail et de préserver la santé des travailleurs, tout en fermant en parallèle les entreprises des secteurs non-essentiels, dans lesquelles les mesures sanitaires minimales sont mal appliquées voir pas du tout, et dont l’activité continue de mettre en danger des milliers de travailleurs.




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