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Dans les écoles, la politique pro-patronale du gouvernement mène à la catastrophe

Alors que Castex annoncera aujourd’hui de nouvelles mesures, les écoles devraient rester ouvertes. Or, si le gouvernement n’entend pas se priver de la garderie du MEDEF, l’absence de mesures adaptées et de moyens supplémentaires ainsi que la recrudescence de l’épidémie, et notamment du nouveau variant plus contagieux, fait des écoles le foyer d’une potentielle catastrophe.

mercredi 13 janvier

Crédits photo : Delphine Gérard - France 3 Occitanie

Pour le gouvernement, la garderie du MEDEF ne doit fermer qu’en dernier recours

Alors que Jean Castex annoncera de nouvelles mesures sanitaires ce jeudi, la pression se renforce sur l’exécutif concernant l’école ces derniers jours. Alors que l’épidémie connaît une reprise forte - on comptait mardi 19 753 nouveaux cas et 362 morts - et que le variant plus contagieux commence à se répandre en France, où il représenterait actuellement 1% des tests positifs, l’inquiétude que les écoles constituent un foyer épidémique majeur progresse. « Ce qui arrive à l’Angleterre risque de nous arriver. Le problème, c’est pas si ça va nous arriver, mais quand » n’hésite ainsi pas à affirmer sur RTL mardi Anne-Claude Crémieux, professeures de médecine spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Or, dans un tel scénario, les écoles pourraient constituer des clusters accélérant la diffusion du virus.

Malgré cette dynamique, le business as usual continue de prédominer du côté du gouvernement. Jeudi dernier, Jean Castex était interrogé sur la question des écoles à la suite de sa conférence de presse. Le Premier ministre avait alors balayé la perspective de leur fermeture, remettant cette question à plus tard en expliquant : « Il faut vraiment que la situation sanitaire soit gravissime pour fermer des écoles. » Le soir même, Olivier Véran abondait dans le sens du Premier Ministre à propos des cantines scolaires sur BFM TV, jugeant qu’il n’y avait pas lieu d’en envisager la fermeture. En fin de semaine, c’était au tour de Jean-Michel Blanquer de prendre position en expliquant dimanche sur RTL : « Notre boussole, c’est de dire que la dernière chose qu’il y aurait à fermer en cas de durcissement des mesures, c’est l’école ».

Pour revendiquer ce choix, le gouvernement se cache depuis le début de la crise sanitaire derrière deux arguments. D’abord, le faible risque de contamination à l’intérieur des établissements scolaires, les enfants étant réputés moins contagieux que les adultes, un débat qui est encore loin d’être tranché dans les faits, et en particulier depuis l’apparition d’un nouveau variant au virus, plus contagieux. Ensuite, la défense des intérêts des élèves : « La fermeture des écoles a des conséquences assez dramatiques pour les enfants, en particulier les plus fragiles » expliquait ainsi mardi Alain Fischer sur France Inter. De fait, la fermeture des écoles constitue une mesure drastique dont les conséquences sont profondes sur les élèves, et en particulier les élèves de milieux populaires. Mais si le gouvernement revendique l’ouverture des écoles, il semble clair que c’est moins par absence de risque ou par amour de la pédagogie que par souci économique. Comme depuis le début de l’épidémie, l’ouverture des écoles revêt une importance économique fondamentale car celles-ci jouent le rôle de « garderie du MEDEF », prenant en charge les enfants dont les parents travaillent.

Par-delà ouverture & fermeture : quels moyens et quel plan pour l’école en période de crise sanitaire ?

Preuve de l’hypocrisie du gouvernement, alors qu’il prétend vouloir maintenir les écoles ouvertes, le gouvernement refuse d’écouter personnels qui exigent des moyens à la hauteur pour appliquer des protocoles ambitieux, en généralisant par exemple les demi-groupes réservés pour le moment aux lycées, et obtenus par la mobilisation. En pleine reprise de l’épidémie, et alors que l’on continue de voir apparaître des clusters dans les écoles - comme au sein de l’école Simone Veil d’Avignon, restée ouverte malgré la contamination de sept personnels - Jean-Michel Blanquer n’hésitait ainsi pas à annoncer la semaine dernière aux syndicats que le protocole sanitaire ne serait pas renforcé. Ce refus s’inscrit dans la politique au long cours de gestion austéritaire du gouvernement, qui n’est pas autre chose que le revers de son orientation pro-patronale et les milliards versés aux entreprises.

Or, par-delà l’ouverture ou la fermeture des écoles, c’est aujourd’hui la question des moyens qui permettront de faire face à ces situations qui doit être posée. Ainsi, en l’absence de mesures à la hauteur l’ouverture des écoles à tout prix menace la santé de milliers de familles. De même, l’absence de mesures qui permettraient de préparer une éventuelle fermeture risque, comme lors du premier confinement, risque de plonger les personnels de l’éducation et les élèves dans une situation critique. En ce sens revendiquer à tout prix l’ouverture des écoles n’a pas de sens, pas plus que d’en exiger la fermeture. L’ouverture ou la fermeture des écoles doivent pouvoir être envisagés en fonction de l’évolution épidémique, mais à condition de disposer des moyens à même de faire face à ces situations.

C’est notamment ce que pointent les directions syndicales de l’éducation dans un communiqué unitaire (CGT, FSU, CFDT, SNAL, SNCL, SUD, UNSA) du 13 janvier 2021 : « Lors de son point sanitaire, le Premier Ministre a déclaré que seule une situation dégradée « à l’extrême » justifierait une décision de fermeture des écoles et établissements scolaires. Les organisations syndicales partagent la préoccupation du maintien de l’ouverture des lieux scolaires. Elles alertent cependant sur la nécessité d’anticiper l’ensemble des scenarii. La mise en œuvre d’une protection renforcée doit être planifiée dès à présent. Le non-brassage des élèves, le fonctionnement des cantines, l’aération des salles, les tests à grande échelle, l’isolement des cas positifs et cas contact et l’aménagement des locaux doivent faire partie du plan préparé. »

Seulement, derrière ces bonnes intentions, les directions syndicales ne proposent aucun plan de bataille. La journée de grève annoncée pour le 26 janvier, si elle a le mérite d’exister, s’inscrit avant tout dans une démarche routinière de mobilisation autour de la question des salaires et des embauches. Des demandes légitimes, mais insuffisantes dans un contexte de crise sanitaire, volet pour lequel aucune perspective autre que la préparation d’un plan par le gouvernement n’est envisagée ! Pire, en évoquant la pseudo « préoccupation du maintien de l’ouverture des lieux scolaires » du gouvernement sans pointer ses fondements et contradictions, elles contribuent à alimenter le discours des Blanquer et Macron, qui se repeignent en défenseur d’une école qu’ils ne cessent d’attaquer. Dans le cadre de la crise sanitaires, ils ont pourtant montré depuis bientôt un an que l’épidémie n’avait en aucun cas bouleversé leur politique austéritaire pour l’école. Et, à l’inverse, les professeurs ont prouvé leur capacité à dessiner par eux-mêmes les contours d’un fonctionnement acceptable d’un point de vue sanitaire et pédagogique. En novembre dernier, la mobilisation des personnels du secondaire et l’imposition de protocoles sanitaires alternatifs, malgré leurs limites, montrait ainsi qu’il était possible de se battre pour imposer des protocoles à la hauteur. Et si la victoire n’a été que très partielle c’est du fait de l’absence d’une volonté des mêmes directions syndicales d’étendre le mouvement pour arracher des concessions d’ampleur.

S’il ne ferme pas les écoles, Jean Castex pourrait annoncer cette après-midi la fermeture des cantines scolaires. Là encore, il y a fort à parier qu’aucune mesure ne sera prise à l’échelle du ministère pour remplacer ces repas. Auquel cas la fermeture des cantines équivaudrait à une fermeture effective pour de nombreux établissements, toute une partie des élèves étant dans l’impossibilité de prendre ses repas à l’extérieur de l’établissement. Ainsi, ce sera très certainement à nouveau aux acteurs de terrain de trouver, à l’échelle de leur établissement, les moyens pour assurer un repas de substitution aux élèves, dans des conditions difficilement acceptables tant pour les élèves que les personnels (repas froid dans la cour ? dans la salle de classe avec interdiction d’en sortir ?). Non seulement il n’y a rien à attendre du gouvernement, mais sa politique nous mène à la catastrophe. Les personnels de l’éducation le savent, il leur manque désormais un plan pour mettre un terme à cette situation et imposer une autre gestion sanitaire, qu’ils sont les plus à mêmes de concevoir mais aussi d’imposer par la lutte.




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