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Politique

La chasse aux pauvres s'accentue

Dans plusieurs départements, le RSA supprimé pour les allocataires bénéficiant d’une solidarité familiale

Jusqu'où ira le contrôle des allocataires ? Le département du Haut-Rhin s'illustre par une chasse aux pauvres abjecte : le soutien financier de leur famille peut coûter aux allocataires leur droit au Revenu de solidarité active (RSA).

lundi 15 avril

Le dernier bilan d’activité des délégués du Défenseur des Droits en Alsace, portant sur l’année 2018, révèle de nouvelles mesures dans la lutte contre la « fraude aux prestations sociales ». Des allocataires du Revenu de solidarité active (RSA) ont en effet vu leur allocation leur être retirée … pour cause d’aides financières versées par leur famille ! Le délégué Jacques Dentz, dans une interview restranscrite dans La Voix du Nord estime qu’une telle pratique a impacté une quinzaine de personnes.

Loin d’être un cas isolé, cette initiative s’inscrit dans la lignée de ce qui a déjà été mis en place par plusieurs départements dans le contrôle des bénéficiaires de prestations sociales. L’arsenal de surveillance a notamment été renforcé depuis 2016, lorsque certains départements dont le Haut-Rhin ont exigé des allocataires leurs relevés de compte bancaire, alors même que la légalité de cette demande pose question – d’où l’ouverture d’une enquête par le défenseur des droits à l’époque. Ce flicage donne à voir aux départements non seulement les revenus des allocataires mais également leurs dépenses et cherche à ce titre à évaluer leur niveau de vie, sur fond de discours stigmatisant à l’égard des soit-disants « assistés » qui profiteraient des aides sociales et détourneraient l’argent public – on peut penser à cette sortie d’un député LREM sur le chômeur partant en vacances aux Bahamas.
Le président du conseil départemental du Haut-Rhin (LR) avait alors défendu le contrôle des comptes en banque par les économies réalisées. Derrières ces basses considérations budgétaires ce sont pourtant de vies humaines qui se jouent. L’indécence de ce type de mesures s’inscrit plus largement dans la politique menée par Macron depuis le début de son quinquennat. La baisse méthodiques des dépenses publiques, a fortiori lorsqu’il s’agit d’attaquer les maigres ressources des personnes les plus précarisées a entraîné une véritable chasse aux pauvres, qu’il s’agisse du RSA ou de l’assurance chômage. Le zèle du département dans l’application de la politique anti-pauvre semble bien faire partie des dérives qu’encourage la politique décomplexée de Macron.

A l’heure où le mouvement social des Gilets Jaunes a remis au centre du débat public les notions de justice fiscale et de répartition des richesses, ces mesures nous montrent jusqu’où les autorités publiques sont prêtes à aller dans l’etouffement des plus pauvres et la stigmatisation du « mauvais pauvre », plutôt que de s’attaquer à l’évasion fiscale ou aux bénéfices indécents des grandes entreprises.

Crédits photo : Reuters




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