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Darmanin - Lepen

Darmanin-Le Pen : une rencontre au sommet sur fond d’islamophobie

La semaine dernière fut bien chargée en ce qui concerne l’agenda réactionnaire avec notamment la rencontre au sommet entre Darmanin et Le Pen, une première depuis le début du quinquennat. Un jeu de passe d’armes entre l’actuel président et la cheffe du RN qui alimente réciproquement l’idée de dédiaboliser toujours plus le parti de Marine Le Pen comme un parti du régime. Une façon en somme d’installer toujours plus le scénario Macron - Le Pen comme la seule voie possible pour les présentielles de 2022.

lundi 12 octobre

Crédits photo : Ludovic MARIN, AFP

Une rencontre Darmanin-Le Pen sur fond d’islamophobie : « une convergence de vues » saluée par l’extrême droite

Appelée mardi dernier place Beauvau, avec les autres chefs de partis, par le ministre de l’Intérieur pour discuter du projet de loi contre le séparatisme, Marine Le Pen n’a pas hésité à se saisir de cette occasion pour soumettre des propositions supplémentaires, dont notamment l’interdiction des financements étrangers des mosquées.

Une rencontre qui s’est déroulée de manière apaisée, Darmanin étant très « courtois », se montrant à l’écoute, d’après l’heureux constat du sénateur RN, Stéphane Ravier qui accompagnait Marine Le Pen. Ceci alors que le matin même sur RTL, la présidente du RN n’hésitait pas à critiquer l’inefficacité des mesures malgré les « bonnes intuitions » du Président dans son projet de loi contre le séparatisme présenté le 3 octobre dernier.

Marine Le Pen fut ainsi surprise par tant de "convergences de vue". Pourtant, ce n’est pas comme si le gouvernement de Macron ne s’était pas mis depuis plusieurs mois déjà au diapason de la rhétorique d’extrême droite, en reprenant des termes phares comme « insécurité », « ensauvagement » et bien sûr « séparatisme ». Pas si surprenant donc qu’une harmonie réactionnaire, raciste et islamophobe se dégage de leurs entretiens.

Seul bémol relevé par la présidente du RN : l’absence de mesure pour lutter contre l’immigration puisqu’en effet, pour Marine Le Pen, entre immigration et « séparatisme » il n’y a qu’un pas… d’où, par ailleurs, le fait qu’elle se lance depuis vendredi dans une campagne contre le « Pacte européen sur la migration et l’asile » qu’elle décrit, sans surprise, comme « un véritable pacte avec le diable ».

Enfin, un seul regret à déplorer de cette rencontre : l’absence de visite des jardins notée par Stéphane Ravier. Une occasion manquée pour Marine Le Pen dont on a récemment appris la passion pour le jardinage sur le plateau de BFMTV. Et en effet, il semblerait bien que la présidente du RN ait la main verte, préparant déjà le terreau pour les présidentielles de 2022.

L’extrême droite sème les graines tandis que la macronie tente de sécuriser son pré carré

Le 19 septembre dernier, invitée de Ruth Elkrief sur BFMTV, Marine Le Pen revenait longuement sur sa vie personnelle, sa passion pour le jardinage ou encore son amour des chats ; de quoi « arrondir son image » comme le souligne le Parisien. Et de fait, si la campagne pour les élections présidentielles n’a pas officiellement commencé, les tentatives pour rafler le plus de voix ne cessent déjà de se multiplier. Une stratégie pour « arrondir les angles » qui vise à approfondir la dédiabolisation du parti d’extrême-droite entamée, il y a plusieurs dizaines d’années déjà.

Cette stratégie, le RN n’est pas le seul à en user, mais surtout le gouvernement l’accompagne en cherchant à normaliser toujours plus la nouvelle bipolarisation que les élections européennes avaient confirmé. En ce sens, après avoir tordu le bâton sur la question du séparatisme, le gouvernement cherche maintenant à se recentrer pour maintenir une forme de « différenciation » avec le parti d’extrême-droite. Pour cela, le gouvernement d’Emmanuel Macron a en effet décidé de rebaptiser la loi « contre le séparatisme », loi « renforçant la laïcité et les principes républicains ». Une loi « pour » plutôt qu’une loi « contre » pour éviter, sans doute, d’être accusé de stigmatiser une religion ou de faire des amalgames. Mais personne n’est dupe, le contenu reste le même : réactionnaire, islamophobe et raciste, et à celui-ci s’ajoutent les propositions déposées par l’extrême droite qui promet de « participer à l’élaboration législative ». L’hypocrisie du gouvernement n’a de toute façon – et ça n’étonne plus – aucune limite.

En outre, et pour clôturer sa semaine qui avait commencé par la défense des propos islamophobes et racistes de Zemmour sur les enfants migrants, Marine Le Pen appelait hier (dimanche 11 octobre) le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, « à venir travailler » avec le RN pour ne « pas diviser les voix patriotes ». Tout en ajoutant que de toute façon, avec ou sans Debout la France, le RN passera au second tour. Un pronostic qui en effet s’est avéré renforcé par un récent sondage Ifop selon lequel les deux “finalistes” de 2017 parviennent systématiquement en tête des intentions de vote et se qualifieraient pour le second tour.

Présidentielles 2022 : quand la bipolarisation politique se joue sur un seul pole

La droite comme l’extrême droite préparent donc le terrain pour les échéances de 2022. Mettant en place une stratégie d’arrondissement des angles, l’extrême droite essaye d’élargir son électorat tandis que LREM profite de la mise au premier plan de son adversaire principal pour tenter le remake du second tour de 2017 et gagner une nouvelle fois en comptant sur les votes utiles.

Ainsi, le gouvernement a tout intérêt à maintenir un duo pour la présidentielle dans lequel, il pourrait en cas de second tour Macron Le Pen chercher à jouer sur ses réserves de voix à « gauche » pour rejouer un « Front Républicain » qu’il affaibli paradoxalement toujours plus bien aidé par les grands médias. En empruntant toujours plus le programme de l’extrême-droite par des débats sur le séparatisme ou encore sur « l’ensauvagement » de la société, le gouvernement cherche à polariser la nouvelle bipolarité autour d’un seul pôle politique celui des thèmes réactionnaires sur lesquels il s’agirait de discuter des modalités. Une passe d’armes entre Macron et Le Pen sur l’islamophobie et cette pseudo « lutte contre le séparatisme » qui sert leur cause pour apparaître comme les deux seules alternatives politiques aux présidentielles 2022.




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