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Racisme et violences d’Etat

Xénophobie

Darmanin appelle à une « police du séjour » pour mieux expulser les migrants

Attaqué par la droite sur la question migratoire, Darmanin a annoncé de nouvelles mesures répressives contre les migrants. Prolongeant l’offensive xénophobe actuelle, le ministre de l’Intérieur veut renforcer les obligations de quitter le territoire français (OQTF) et appelle ainsi à la mise en place d'une « police du séjour ».

vendredi 18 novembre

Crédits Photo : AFP

Ce jeudi 17 novembre, Gérald Darmanin a envoyé aux préfets une directive visant à durcir le traitement des personnes subissant une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Dans celle-ci, il demande à ce que la méthode déjà mise en œuvre pour réprimer en priorité les « étrangers délinquants » soit appliquée à l’ensemble des individus concernés par une OQTF. Un signe que ces catégories élaborées par le gouvernement, et venues tout droit de la rhétorique de l’extrême droite, ne servent qu’à servir son agenda xénophobe.

Dans l’instruction consultée par l’AFP, Darmanin déclare ainsi aux préfets : « Je vous demande d’appliquer à l’ensemble des étrangers sous OQTF la méthode employée pour le suivi des étrangers délinquants » afin d’« exercer une véritable police du séjour ». Insistant de la sorte sur le caractère répressif du dispositif qu’il entend mettre en place, le ministre de l’Intérieur accompagne cette mesure de la demande d’une inscription « systématique » des personnes sous OQTF dans le Fichier des Personnes Recherchées (FPR) et une assignation à résidence, « systématique » elle aussi.

Rappelant la volonté déjà exprimée le mois dernier de rendre « impossible » la vie des personnes sous OQTF, il a d’ores et déjà prévu d’augmenter le nombre de places en centre de rétention administrative (CRA) dans les années à venir. Dans le même temps, il insiste sur le rôle des préfets, auquel il a demandé de s’impliquer « personnellement » dans le contrôle policier des migrants, ce qui passe par le fait qu’ils « identifient avec les élus les sites qui pourront accueillir de nouveaux CRA ». et « signalent » aux bailleurs sociaux les personnes sous OQTF pour les empêcher d’obtenir un logement social.

Avec ces mesures, Gérald Darmanin cherche à augmenter le « taux d’exécution » des OQTF, décrié et jugé trop faible par la droite et l’extrême-droite dans leur surenchère réactionnaire. Si le ministre de l’intérieur devance ainsi la future loi sur l’immigration prévue pour début 2023, qui prévoyait déjà certaines des dispositions annoncées ce jeudi comme l’inscription des sans-papiers dans le FPR, c’est pour répondre à la pression exercée à la droite du gouvernement.

Depuis l’« accueil », in extremis et dans des conditions particulièrement violentes, du navire humanitaire Ocean Viking, les secteurs les plus réactionnaires du monde politique accusent Darmanin de devenir « le ministre des régularisations », comme l’a fait le président du groupe Les républicains au Sénat Bruno Retailleau.

Face à une offensive qui, selon certains éditorialistes, met en difficulté le ministre incarnant l’aile droite de la macronie, Darmanin répond donc par la surenchère anti-migrants. A cet égard, le ministre de l’Intérieur a annoncé que 123 des 234 rescapés de l’Ocean Viking, qui ont risqué leur vie pour tenter rejoindre les côtes européennes et ont du transiter en mer pendant plus de trois semaines dans le navire de sauvetage, ont déjà reçu un refus d’entrée sur le territoire français, signe du traitement inhumain des migrants.

Ces déclarations et l’appel à former une « police du séjour » s’intègrent donc dans l’offensive xénophobe lancée par l’État, rejoignant la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur en cours d’examen à l’Assemblée Nationale, et répondent à la surenchère de la droite qui cherche à devancer le gouvernement sur ces questions. Dans le climat réactionnaire ambiant, il est donc urgent de lutter dès aujourd’hui pour contrer les projets xénophobes et sécuritaires du gouvernement, et imposer l’accueil inconditionnel et la régularisation de tous les sans-papiers.