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Racisme et violences d’Etat

Racisme

Xénophobie : Darmanin et Macron aussi veulent que les étrangers « retournent en Afrique »

A la suite du cri raciste du député RN Grégoire de Fournas jeudi en pleine assemblée nationale, celui-ci a été sanctionné d’une censure avec exclusion parlementaire par le bureau de l’Assemblée, soit la plus haute sanction qu’il encourrait. Si le camp présidentiel joue les indignés et dénonce le racisme décomplexé du député RN, il ne faut pas oublier que les politiques racistes et xénophobes sont dans l’ADN de la macronie.

vendredi 4 novembre

Un président « heurté par ces mots qui, dans l’Hémicycle comme hors de l’Hémicycle, sont intolérables » et qui apporte son « soutien au parlementaire insulté », une Elisabeth Borne qui s’indigne du racisme, un Gérald Darmanin « extrêmement choqué » favorable à la démission du député : le cri raciste du député RN Grégoire de Fournas a entraîné une condamnation tout aussi hypocrite qu’unanime dans le camp présidentiel.

Jeudi, ce dernier avait crié en direction du député LFI Carlos Bilongo « Qu’il(s) retourne(nt) en Afrique », pendant son intervention sur l’Ocean Viking, un bateau qui transporte des migrants secourus au large de la Libye. Que la phrase soit destinée au député LFI d’origine congolaise et angolaise, aux migrants ou au bateau, comme s’en est justifié plus tard de Fournas, elle est la démonstration d’un racisme décomplexé, constitutif de la politique du RN et dont le député fait par ailleurs l’étalage sur ses réseaux sociaux.

La séance a été immédiatement suspendue puis close par la présidente de l’Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet, « Compte tenu de la gravité des faits » et de « l’émotion légitime » résultant des propos racistes du député RN.
S’en est suivi une condamnation unanime des propos du député par le camp présidentiel, ainsi que la mise en place par le RN d’une stratégie de défense tout aussi raciste que la phrase originelle. Le bureau de l’Assemblée nationale a par la suite, vendredi 4 novembre, voté l’exclusion pour 15 jours du député de l’assemblée et la réduction de son indemnité parlementaire de moitié pour deux mois, soit la sanction la plus élevée qu’il encourrait.

Mais si les députés et ministres macronistes s’unissent pour condamner le racisme décomplexé de de Fournas, c’est plus pour frapper le RN dans une situation d’instabilité parlementaire complexe pour la majorité présidentielle que par attachement à la lutte antiraciste. Le gouvernement Macron souhaiterait en effet bien que les étrangers « retournent en Afrique ».

De fait, il ne faudrait pas oublier que derrière ces condamnations, le gouvernement Macron prépare une nouvelle loi immigration prévoyant entre autres de ficher les personnes visées par des OQTF, de multiplier les expulsions et de généraliser la double peine tout en conditionnant l’accès à des titres de séjour au « respect des symboles républicains ». Le but est simple et assumé : rendre la vie des étrangers sous OQTF « impossible », selon le ministre de l’intérieur lui-même.

Un projet 100% réactionnaire et xénophobe, soi-disant équilibré par un « en même temps » consistant à faciliter l’accès à des titres de séjour à certains travailleurs étrangers des secteurs « en tension ». Une manière d’assurer au patronat une main d’œuvre à bas coût tout en se donnant les mains libres pour toujours plus réprimer les travailleurs étrangers.

Pour vendre son projet, Macron n’a pas hésité à reprendre, sur France 2, la rhétorique de l’extrême droite consistant à tracer un lien entre délinquance et personnes étrangères. Un projet qui a été annoncé après une surenchère raciste et sécuritaire menée cet été par Darmanin, le ministre qui trouvait Marine Le Pen « un peu molle » sur l’Islam.

Pendant l’été, il a notamment demandé l’expulsion de l’Immam Iquioussen et ordonné d’autres expulsions racistes. Lors du premier quinquennat de Macron, le gouvernement s’était par ailleurs illustré par les lois séparatisme et sécurité globale, au nom desquels il a dissous ou menacé de dissoudre nombre d’organisations antiracistes comme le CCIF ou encore le Collectif Palestine Vaincra.

Multipliant les expulsions de campement de migrants, le harcèlement policier de ces derniers et les tris racistes aux frontières, notamment avec les réfugiés de la guerre en Ukraine, le gouvernement investit toujours plus dans les forces de répression et dans le renforcement et la militarisation des frontières. Une politique profondément raciste et criminelle qui a mené – entre autres – à la noyade de 27 migrants au large de Calais

Sous le gouvernement Macron, cette surenchère raciste a même passé la porte des lycées et des collèges. Les élèves se retrouvent aujourd’hui face à un examen islamophobe et misogyne de leurs tenues vestimentaires, à une surveillance et à des coups de pressions des directions d’établissements, encouragées à signaler toute « atteinte à la laïcité »

La liste pourrait continuer ad nauseam tant l’offensive raciste, xénophobe et islamophobe est une composante essentielle de la macronie. En même temps arme répressive contre les étrangers et les quartiers populaires, manière de justifier les politiques et opérations militaires impérialistes, outil disciplinaire envers la jeunesse et les travailleurs et manette d’ajustement pour les calculs politiciens et électoraux, le racisme et la xénophobie ne sont pas seulement gravés dans l’ADN de la macronie mais également dans celle de l’État français, vieille puissance impérialiste qui peine à maintenir son pré carré en Afrique, mais multiplie les soutiens aux régimes les plus réactionnaires et soutient les pillages menés par les multinationales françaises.

La lutte contre le racisme et la xénophobie, qu’ils soient criés avec véhémence comme dans le cas du député de Fournas, ou justifiés par un « en même temps » cynique, ne peuvent se faire que contre cet État qui réprime toujours plus les étrangers et les personnes issues de l’immigration. Nous apportons tout notre soutien au député LFI Carlos Bilongo.

Contre l’instrumentalisation hypocrite de la lutte antiraciste par ce gouvernement profondément xénophobe, c’est dans la rue et par ses moyens d’actions que le mouvement ouvrier et l’ensemble de ses organisations doivent faire bloc pour refuser les politiques racistes du gouvernement et faire reculer le RN.

À rebours des faux-semblants et des oppositions de façade de la macronie, exigeons la régularisation de toutes et tous les sans -papiers et la liberté de circulation et d’installation pour tou·te·s.