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Politique

Violences policières

Darmanin "renouvelle sa confiance" en Lallement après les violences policières à République

Alors que la loi sécurité globale a été adoptée à l’assemblée nationale le lendemain du démantèlement extrêmement violent de l’occupation de migrants place de la république le 23 novembre, Gérald Darmanin affirme que cette « évacuation était légitime » et « qu’il renouvelle sa confiance au préfet de police » Didier Lallement.

jeudi 26 novembre 2020

Crédit photo : Remy Buisine / Twitter

Ce mercredi 25 novembre, soit deux jours après la brutale évacuation de personnes migrantes qui occupaient la Place de la République, Gerald Darmanin, a déclaré qu’il « renouvelle sa confiance au préfet de police » de Paris, Didier Lallement.

Lundi 23 novembre, plus de 500 migrants et migrantes s’étaient réunis place de la République suite à leur violente expulsion une semaine plus tôt de leur campement à Saint-Denis dans le but de dénoncer notamment la répression policière et le mal logement auxquels ils font face quotidiennement. Ils protestaient également contre la chasse à l’homme dont ils étaient victime depuis une semaine et l’évacuation de leur campement.

Le lendemain, comme s’il découvrait ces violences, Gérald Darmanin s’était faussement ému sur Twitter d’« images choquantes » des policiers en exercice diffusées sur les réseaux sociaux et avait demandé « un rapport circonstancié » à Didier Lallement. Rappelons par ailleurs, que le préfet de police de Paris est connu pour de nombreux scandales, comme le fait d’avoir accusé les patients de réanimation de ne pas avoir respecté le confinement en avril dernier et bien sur, ces multiples sorties méprisantes et autoritaires lors du mouvement des Gilets jaune et de la bataille des retraites.

Alors que les appels à la démission de Didier Lallement se sont multipliés ces derniers jours, ce mercredi, le ministre de l’intérieur affiche une fois de plus son hypocrisie et affirme qu’il lui « a demandé d’évacuer la place de la République » et que cette expulsion était « totalement légitime ». Cependant, selon lui, celle-ci « ne s’est pas bien déroulée parce qu’il y a eu des gestes inappropriés » qu’il « trouve inacceptables ». Des prises de positions qui témoignent avant tout d’une forme de mise sur la défensive face à la polémique et au début de contestation face à sa loi de sécurité globale.

Il a ajouté qu’il n’allait « pas condamner ni l’intégralité des policiers et gendarmes ni le préfet de police pour les faits de quelques-uns qui doivent être sanctionnés ». Enfin, il a insisté sur le fait qu’il ne faudrait pas « tirer des conclusions sur le travail qu’a fait l’ensemble de la police y compris ce soir-là »

Avec ces déclarations, le ministre de l’intérieur ne remet pas en cause les politiques répressives et racistes qu’il met en place et encadre, appuyé par le gouvernement, à l’encontre des personnes migrantes. Au contraire, il affirme ainsi que c’est bel et bien le rôle de la police de réaliser de telles opérations et maintient son soutien inconditionnel aux forces de répression. En effet, les migrants et les migrantes sont quotidiennement l’objet d’une répression policière particulièrement violente. Les expulsions de leurs campements sont monnaie courante et se font bien souvent dans la plus grande des brutalités. Il s’agissait par exemple à Saint-Denis de la 66ème évacuation en à peine cinq ans.

Ces scènes de violences ne sont donc pas une « bavure » dans les politiques migratoires de la France, mais incarnent ces politiques migratoires elles-mêmes. En effet, elles s’inscrivent dans la logique répressive et réactionnaire du gouvernement envers les personnes immigrées ou assimilées comme telles.

De plus, Darmanin vient légitimer ces politiques répressives et xénophobes en individualisant la violence exercée par les forces de répression, comme si c’était l’œuvre de « brebis galeuses ». Or, ce n’est pas une erreur de la part d’une poignée de policiers, et comme le révèle la multitude d’images et de témoignages partagés depuis des années sur les réseaux sociaux, la violence et le racisme ne sont pas exceptionnels mais structurent bel et bien l’institution policière.
Par ailleurs, dans un tweet, le ministre de l’intérieur « se félicite que l’IGPN ait été saisi dès mardi » et demande la « suspension à titre conservatoire des policiers concernés », comme si une forme de justice allait être mise en place. Invité au journal de 20H sur France 2, ce jeudi 26 novembre, Gérald Darmanin maintient son soutien aux forces de répressions et le caractère individuel dans lesquels s’inscriraient les violences des forces de répression, en affirmant que les policiers concernés seront sanctionnés.

Le rapport de l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) rendu public quelques minutes après son intervention sur le plateau de France 2 ne rend compte que de « conclusions provisoires » concernant trois faits dénoncés qui, selon l’institution, « nécessitent des investigations complémentaires ». En ce qui concerne le croche-pied réalisé par un commissaire de police à un migrant, l’IGPN estime que ce geste constitue un « manquement par un usage disproportionné de la force ». Ensuite, le rapport fait également état qu’un policier a réalisé un « chassé frontal » sur la place de la République à destination des manifestants. Cette technique est enseignée dans les écoles de police et est jugée « conforme aux droits et aux règles déontologiques » et « ne fait pas l’objet de l’ouverture d’une enquête judiciaire. » De plus, le rapport présente le policier comme une victime sans défense obligée de recourir à la violence pour « repousser ses agresseurs » car « le danger était réel et de plus en plus imminent ». Une fois de plus, l’institution policière criminalise la population pour justifier sa violence envers celle-ci.
Un cynisme, un mépris et une violence incroyables, surtout lorsque l’on sait que, comme le révèle l’organisation Utopia56 sur Twitter, les 600 réfugiés réprimés place de la République sont aujourd’hui encore à la rue et laissés à l’abandon en pleine période hivernale.

Au sujet des violences subies par Rémy Buisine , alors que la vidéo le montre au sol, frappé par un policier, l’IGPN soutient celui-ci qui « nie tout acte de violence » et estime que « les constatations réalisées sur les vidéos […] ne font état d’aucun coup porté par le policier avec les poings ou avec la matraque. »

Une fois de plus, ces conclusions viennent confirmer la réalité d’une impunité policière appuyée par l’IGPN. Alors que des vidéos permettent de dénoncer ces violences policières, elles restent malgré tout minimisées, justifiées et impunies.

L’impunité policière fait partie intégrante du système répressif de l’Etat, en démontre notamment la condamnation quasi-inexistante des forces de répression concernant des affaires de violences-> https://www.revolutionpermanente.fr/Impunite-policiere-retour-sur-la-longue-liste-d-affaires-classees-sans-suite]. L’IGPN est une institution composée par des policiers qui, en réalité ne lutte pas contre les violences de ceux-ci mais qui a au contraire pu démontrer sa capacité à les couvrir et à les légitimer. En ce sens, cette impunité est couverte par les hiérarchies politiques et appliquée par l’institution judiciaire.
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Le gouvernement veut criminaliser la dénonciation des violences policières avec la loi sécurité globale tandis que les violences policières continuent de se multiplier. Le projet de loi, porté par Gérald Darmanin, vient d’être adopté par l’Assemblée Nationale ce mardi 24 novembre. Il tend à renforcer toujours plus l’impunité et l’arsenal répressif de la police avec notamment l’une de ses mesures phares qui vise à condamner jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende les personnes qui diffuseraient des images de policiers en exercice. C’est la diffusion massive des vidéos des scènes de violences de la part des policiers le soir du 23 novembre Place de la République qui a permis de faire exploser la polémique et a poussé le gouvernement à la défensive.
Alors que la loi Sécurité Globale vient accompagner et appuyer la volonté de l’Etat d’être toujours plus répressif à l’encontre de la population, l’État préfère punir et criminaliser les personnes qui dénoncent les violences policières, plutôt que celles qui les pratiquent. Cette loi ouvre la voie à une violence encore plus accrue de la part de la police à l’encontre des personnes racisées, migrantes, des quartiers populaires et des mouvements sociaux. A ce titre, il est indispensable d’exiger, par la rue et la mobilisation, le retrait intégral du texte.




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