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"Dignité sélective" : Darmanin s’en prend aux footballeurs qui ont dénoncé les violences policières contre Michel Z. !

Darmanin poursuit son discours de victimisation de la police en réagissant aux tweets des sportifs ayant réagi à la vidéo du passage à tabac de Michel Zecler par des policiers. Une manière d'invisibiliser encore plus les violences policières.

samedi 5 décembre 2020

Jeudi matin, sur RTL, Gérald Darmanin s’est exprimé sur les mots des sportifs en soutien à Michel Zecler : «  En même temps, oui je trouve que certains ont la dignité sélective. On peut aussi être particulièrement blessé […] lorsqu’on voit une commissaire de police qui doit désormais porter une attelle en fer à la place de son bras parce qu’elle a pris un pavé alors qu’elle essayait de secourir des personnes, qu’un major de 50 ans a été roué de coups à terre et que […], plutôt que de lui porter secours, on prend son téléphone et on filme. […] Je regrette parfois la dérive d’une partie de la société.  »

Il fait ainsi référence aux tweets de nombreux footballeurs tels que Benjamin Mendy ou Samuel Umtiti en réaction à la vidéo de Loopsider montrant le passage à tabac de Michel Zecler par de nombreux policiers.

Le ministre de l’intérieur poursuit en ces termes : «  avoir eu mal à [sa] France en n’entendant aucune réaction de footballeurs millionnaires au sujet des 98 policiers blessés », il reprend ici le tweet d’Antoine Griezmann qui disait «  avoir mal à [sa] France  », en identifiant directement le ministre dans post. De fait, en s’appuyant sur les mots des sportifs pour ensuite sortir son argument habituel de la défense des policiers, le discours de Darmanin s’inscrit dans l’offensive sécuritaire du gouvernement avec notamment la Loi Sécurité Globale qui vise, en partie, à interdire de filmer les policiers et donc les violences policières.

Cette réponse de Darmanin montre sa stratégie claire qui est de victimiser les policiers, comme il l’a fait au micro de France Info il y a quelques semaines. Il cherche, d’une part à invisibiliser les violences policières, en empêchant de les filmer et, ici plus particulièrement, en les comparant aux 98 policiers blessés lors de la manifestation de samedi dernier. Dire que les policiers sont de «  vaillantes personnes qui ne font que porter secours lorsqu’ils sont filmés et insultés sans raison  », c’est criminaliser ceux qui filment les violences policières. Darmanin ne fera croire à personne que dans l’affaire Michel Zecler les policiers couraient au secours de quelqu’un. D’autre part, cette victimisation s’appuie sur l’individualisation des policiers et porte l’idée que les agresseurs de Michel Zecler ne sont que des brebis galeuses qui ont commis une bavure. Ce qui permet au ministre de l’intérieur d’apporter sa solution : mener une enquête interne pour savoir s’il faut ou non suspendre ces hommes.

Or, il ne s’agit pas de brebis galeuses et ce n’est pas en pensant à suspendre quelques policiers qui, par malheur pour eux, ont été filmés pendant qu’il tabassaient un homme, que les violences policières vont cesser. C’est l’institution policière qui est construite ainsi et qui n’a pour seul but que de réprimer violemment. Or aujourd’hui, ces violences, qui avaient principalement lieu dans les quartiers populaires, commencent à être médiatisées. Le gouvernement, mis en difficulté notamment par le mouvement Black Live Matter, rétorque avec la Loi Sécurité Globale qui va permettre de cacher ces violences aux yeux de la population. Cette tentative de protéger la police, de lui donner des gages est une nécessité pour un gouvernement en crise, qui peine à faire passer ses contre-réformes. Crise d’autant plus grande que la mobilisation contre ce tournant autoritaire prend une certaine ampleur !




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