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Dassault : 9ème semaine de mobilisation face au mépris patronal

Depuis 9 semaines, des travailleurs des 8 sites Dassault mènent un mobilisation via des demie-journées de grève pour exiger la réouverture des négociations sur les salaires et des embauches dans l’entreprise après une annonce d’augmentation salariale dérisoire.

vendredi 14 mai

Crédits : Jean-Pierre Muller / AFP

Cette semaine, les différents sites Dassault ont à nouveau reconduit leur mobilisation qui dure depuis maintenant 9 semaines. Ce mouvement, lancé par les sections CGT au sein des huit usines, propose aux salariés de faire une action “usine vide” avec une demi-journée de grève par semaine et ainsi de casser la chaîne de production. Tous les vendredi après-midi, mercredi pour cette semaine, le mouvement provoque une baise d’effectif, sur le site d’Argenteuil par exemple, uniquement une trentaine de salariés sur quelques centaines habituellement restent présents. La grève coordonnée sur l’ensemble du territoire a su redonner l’élan à l’un des sites, celui d’Istres, qui a remonter une section syndicale CGT qui n’existait plus.
La semaine dernière, la direction du site d’Argenteuil a cherché à mettre la pression aux grévistes, en convoquant quatre d’entre eux. Si aucune suite n’a été donnée, la tentative d’intimidation est clair. Mais cela n’a pas empêché les travailleurs de reconduire leur mouvement cette semaine. A travers une discussion collective, c’est chaque semaine qu’ils choisissent au vu d’un bilan de la semaine passée. Bien que certains grévistes souhaitent l’étendre sur plus d’une demi-journée, d’autres restent inquiets quant à la perte d’argent que la grève peut engendrer.

Concrètement, les grévistes demandent la réouverture des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) avec 200€ de plus sur leur salaire et de meilleures conditions de travail, passant principalement par des embauches. Un responsable du syndicat CGT d’Argenteuil nous précise : « Il y a de plus en plus de charge de travail qui pèse sur de moins en moins de salariés. ». Cette demande de réouverture des NAO fait écho à l’attitude du PDG de l’entreprise qui, en septembre dernier, annonçait arrêter les négociations en cours et a ouvert à la place une tentative de PSE. Ce « plan social » n’est pas resté longtemps sur la table et les NAO ont repris, accordant une une augmentation générale des salaires de 0,5% sur les années 2020 et 2021, un chiffre « historiquement bas pour Dassault » selon le responsable syndical d’Argenteuil.

Cette augmentation minime est justifié par le patronat par une soi-disant “crise” en cours. « C’est la crise, mais pour qui ? », demandent les employés, face à une entreprise qui explique prévoir en 2021 une hausse de son chiffre d’affaires. S’il y a bien eu une baisse pour l’année 2020 les entrées d’argents sont resté importante et ont permis une redistribution importante de dividendes aux actionnaires. Le représentant CGT avec qui nous avons pu nous entretenir nous confie : « Ça fait des années que je fais les NAO, chaque année on a le droit à une excuse bidon. Dassault n’a jamais été déficitaire, on fait des centaines de millions de bénéfices tous les ans. Donc quand on arrive dans la boîte et qu’on nous dit “Oui mais vous comprenez, la parité euros-dollars elle n’est pas favorable’’, bon, ok, mais on se rend compte à la fin de l’année qu’on a fait 200 millions de bénéfices. L’année d’après on va nous dire “On a peur sur l’évolution du prix du baril de pétrole”, puis on fait 300 millions de bénéfices. A chaque fois on a des excuses bidons. »

Les arguments ne manquent pas pour relancer une mobilisation, notre interlocuteur d’Argenteuil pointe trois évènements majeurs : les commandes grecques, les commandes égyptiennes et le versement de 1,2 milliard d’euros aux actionnaires par un rachat des parts d’actions. Ces événements montrent sans surprise l’hypocrisie dont fait preuve une direction qui parle de crise financière et qui, en temps de pandémie, a laissé ses employés travailler dans des conditions plus que critiquables. Pour ne donner qu’un exemple, durant le confinement, ils ont fait appel à des volontaires pour poursuivre la production, sans aucune prime ou augmentation et en les remerciant par de la répression sur la question du masque soit disant mal porté.
Aujourd’hui, il est facile de voir que Dassault est bien loin d’être en crise, à l’instar des autres grandes entreprises qui se sont enrichies sur le dos de leurs salariés durant la pandémie, Dassault le fait également sur le dos de la guerre. Si l’aviation civil a été plus durement touché, on voit que le secteur de l’armement se porte très bien et poursuit ses projets en lien avec les différents gouvernements autoritaires à travers le monde, comme nous le dénonçons régulièrement sur notre journal.. En somme, les bénéfices sont conséquents et le géant de l’aviation pourrait sans aucun problème financier revaloriser les salaires de ses employés. Si les salariés se disent motivés et suivent pour l’instant cette grève ponctuel reconductible, la suite de la mobilisation devra sans doute faire un saut pour faire plier l’un des leaders du domaine qui sera capable se réajuster sa production face à cette forme de contestation, mais tient à ses calendriers de livraisons qui pourrait être mis à mal par des modalités de grève plus dur.




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