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De Le Pen à Jadot : front de l’ordre dominant contre la « violence » des « black blocs »

Suite à la mobilisation massive de samedi dernier contre le projet de Loi de Sécurité Globale, dans laquelle de nombreux jeunes remettent en cause le rôle de l'institution policière et sa violence structurelle, plusieurs responsables politiques ont jugé bon de prendre position contre la « violence »… des manifestants !

mardi 1er décembre 2020

Crédit Photo : @TaoualitAmar

La journée de mobilisation nationale contre le projet de Loi de Sécurité Globale de samedi dernier, rassemblant plus de 300 000 personnes à travers le pays, a vu le retour de la mobilisation de rue massive, malgré la situation sanitaire et l’interdiction de la manifestation levée par la suite, avec une importante diversité de secteurs mobilisés et une radicalité dans les mots d’ordre. C’est le cas notamment à Paris, où la « Marche des Libertés » a réuni 200 000 personnes selon les organisateurs.

En effet, la jeunesse a répondu présente et laissé entrevoir une rage profonde et consciente contre un système dans lequel « rien ne va », selon les mots d’une jeune femme de 17 ans interviewée dans un reportage de Révolution Permanente. Face aux tirs de gaz lacrymogène qui lui sont désormais familiers, c’est cette jeunesse qui, déterminée à se battre jusqu’au retrait total du projet de loi et à plus long-terme pour son avenir, était en première ligne de la répression et lui a résisté. Dans ce contexte et pour la première fois depuis longtemps, l’important dispositif policier déployé pour encadrer la manifestation s’est trouvé temporairement débordé, donnant lieu à d’impressionnantes scènes de confrontation de manifestants avec des policiers. Bien que très marginales, ces scènes ont été filmées et ont beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, où elles ont d’ailleurs pu trouver un écho favorable de la part de larges franges d’internautes.

Ce sont sur ces images que plusieurs responsables politiques - dont la présidente du RN Marine Le Pen, le président ex-LR des Hauts-de-France Xavier Bertrand, celui d’EELV Yannick Jadot se sont appuyés pour dénoncer les « violences » des manifestants. Un front renvoyant sur le même plan l’action systémique de répression d’une police et l’action des blacks blocs - « milices d’extrême-gauche » pour Le Pen ou encore « adversaires de la démocratie et de la République » pour Jadot. Ce faisant, les responsables politiques et les partis qu’ils représentent s’alignant dans ce front de l’ordre assument une position de soutien inconditionnel aux forces de répression, jusque dans un contexte où elles sont sous les feux de larges secteurs de la population pour avoir tué, mutilé et lynché dans la plus grande impunité. Dans le même temps, comme on peut s’y attendre, les nombreuses victimes de violences policières, à commencer par Michel Zecler, ne sont jamais mentionnées par Marine Le Pen.

Si Yannick Jadot et la députée insoumise Caroline Fiat combinent un soutien aux forces de répression avec la revendication du retrait contre la Loi de Sécurité Globale, Xavier Bertrand soutient Darmanin et sa loi liberticide et Marine Le Pen va plus loin que le gouvernement en l’accusant de « complaisance » avec les « black blocs » et en appelant à leur « appliquer la législation sur les ligues ». Les ligues visées par cette législation de 1936 sont des organisations, historiquement d’extrême droite. Sur le plateau de l’émission 4V, elle a de nouveau dénoncé des « violences de rue systématiques de la part des milices d’extrême-gauche » et réclamé une augmentation des effectifs de police… Une position qui n’étonne pas, tant Marine Le Pen cherche à doubler Macron sur sa droite à l’heure où Darmanin est obligé de faire mea-culpa sur l’article 24 de du projet de Loi.

Une fois de plus, il apparaît donc clairement que des partis qui, chacun à sa manière, se présentent comme les tenants d’un changement social dans le pays, sont en réalité intrinsèquement dépendants et fidèles vis-à-vis des institutions piliers du régime, à commencer par la police qui constitue le véritable garant de l’ordre établi pour la bourgeoisie dont ils sont les dignes représentants.

Dans une toute autre mesure, sans aucunement les placer sur le même plan, la coordination contre le projet de Loi de Sécurité Globale, en condamnant elle aussi les « violences » des manifestants, fait en définitive le jeu de ce front de l’ordre ouvrant la voie à une distinction entre celles et ceux qui seraient les « mauvais manifestants » par opposition aux « bons manifestants » respectueux de l’ordre dominant. Une chose est de considérer que la stratégie des "black-blocs" ne permet pas réellement de construire le rapport de force, une autre est de dénoncer des manifestants à l’État et à sa police. Il est ainsi plus que nécessaire de ne pas émettre la moindre confusion entre ceux qui sont du bon côté de la barricade et ceux qui aujourd’hui nous répriment. Il s’agit de dénoncer l’État et sa police et de rassembler le plus largement possible pour obtenir le retrait total de cette loi - et plus encore.




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