^

Politique

"Vous ne confinerez pas notre colère"

De Villeneuve-la-Garenne à Toulouse, les quartiers se révoltent face aux violences policières

Dans la nuit du 19 avril à Villeneuve, Mouldi a été grièvement blessé par la police. Pour de nombreux quartiers populaires en première ligne face au Covid-19 mais aussi face au racisme d'Etat et aux violences policières, c'est la fois de trop. Le même soir, c'est à Toulouse qu'une voiture de police a foncé sur un automobiliste mettant ainsi le feu aux allumettes. Des braises que la police a attisées une nouvelle fois, ce vendredi même, en frappant à coup de muselières un homme immobilisés au sol dans le quartier de Purpan à Toulouse.

dimanche 26 avril

Comme le dit le rappeur Medine dans son album "Prose Élite" : « Quand t’allumes un feu, ne dis pas c’est la faute aux allumettes » avant de reprendre : « Ils ont ouvert le feu, ils ont pris une centaine de nos âmes humaines ». Un refrain tristement réel qui résonne dans les quartiers comme un mantra.

Le racisme d’État et la bonapartisation de ce dernier s’exprime d’une manière exacerbée en cette période de confinement à travers sa police qui jouit d’une impunité totale. Ce sont 13,5 millions de contrôles, plus de 750 000 verbalisations ainsi que 1733 gardes à vues et peines de prison en à peine un mois de confinement. Sans compter les 5 personnes qui ont perdu la vie des suites d’une intervention policière et des dizaines d’autres grièvement blessées qui s’ajoutent à ce tragique bilan.

Les humiliations et les violences que vivent ces populations souvent racisées et précaires sont quant à elles quotidiennes. En plus d’être le plus souvent obligées d’aller bosser pour survivre, s’exposant au virus dans des transports publics surchargés et sur des lieux de travail avec des mesures de protections quasiment nulles voire inexistantes, ces derniers subissent en effet les violences et le harcèlement quotidien de la police. Une double peine pour ces travailleurs des quartiers populaires que le système capitaliste et son acharnement répressif qui opprime, et parfois tue.

Ce mercredi encore, à Gennevilliers une autre personne à été victime de la police, bras armé de l’Etat.

Des violences qui font clairement écho aux récents événements survenus lors de la nuit du 19 avril. Mouldi 30 ans a été fauché par la portière d’une voiture de flics créant ainsi des révoltes urbaines dans de nombreuses villes (Lille, Roubaix, plusieurs communes en Seine-Saint-Denis, dans les Yvelines ou encore à Lyon, à Strasbourg etc.) . Nombre d’habitants de quartiers populaires ont décidé de se soulever face à cette nouvelle violence policière. La même nuit, à Toulouse, dans le quartier de Bellefontaine, un automobiliste a été percuté par la police de plein fouet. Le lendemain, à la Reynerie dans un quartier voisin c’est un jeune homme qui s’est faittabasser par la police, le laissant ainsi au sol avec le visage ensanglanté. Ainsi, à Toulouse, plusieurs affrontements ont eu lieu ces derniers jours entre les habitants de ces quartiers et la police. Le dernier en date, ce vendredi soir, dans le quartier du Mirail.
Samedi, dans la nuit de vendredi à Toulouse, de nouvelles braises ont été semées par la police avec des violences policières terribles dans le quartier Purpan où un homme au sol a été frappé à la nuque à coups de muselière par un policier pendant que d’autres l’immobilisaient. Des violences policières insoutenables.

Pendant ce temps les médias du mauvais côté de la barricade tentent d’expliquer et d’invisibiliser les causes profondes des révoltes des quartiers de Toulouse sous le prétexte de "l’incessante lutte des forces de l’ordre contre le trafic de stupéfiants". Un traitement médiatique qui vise à invisibiliser la réalité et à stigmatiser les classes les plus précaires et qui n’hésite pas à parler de "contrôle qui dérape" quand les policiers empêchent les habitants de Bellefontaine de se retrouver dans un parc afin de respirer un instant et ainsi de leur permettre de sortir des logements exigus dans lesquels ils vivent, bien souvent à plusieurs. Résultat ? Plusieurs courses poursuites et une personne tazée qui écopera de 6 mois de prison en pleine période de pandémie mondiale et alors que les bagnes modernes sont des foyers de contaminations aux bords de la rupture et que des mesures de désengorgement urgentes sont vitales pour les détenus.

Ce n’est pas la première fois que les jeunes des quartiers du Mirail et des alentours, Reynerie, Bellefontaine, Bagatelle, se révoltent contre le racisme d’État et la répression quotidienne qu’ils subissent. La dernière révolte date de 2018, il y a pratiquement deux ans jours pour jours. Les causes ? La mort de Jaouad à la prison de Seysses et les violences policières constantes. Ce fût une nouvelle fois l’occasion pour l’État d’exercer sa violence judiciaire avec de très fortes condamnations qui illustrèrent encore une fois la réalité d’une justice de classe à deux vitesses.
 
Par ailleurs, le maire actuel Jean-Luc Moudenc n’a pas hésité dès le début du mois d’avril à interroger le préfet sur un éventuel couvre-feu. Une mesure qui a pour seul mérite de ne pas dévier de la trajectoire politique ultra-sécuritaire et répressive mise en place depuis que Moudenc siège au Capitole. Une mesure qui a pour finalité d’aggraver la stigmatisation des populations les plus précaires et qui tend à accentuer les inégalités de classes comme à Nice où les habitants des neufs quartiers populaires doivent s’enfermer chez eux deux heures avant le reste de la ville. Même si le couvre-feu ne semble plus être d’actualité, d’autres initiatives marquantes comme la montée drastique du nombre de caméras de surveillances, la mise en place de drones, l’application d’un hélicoptère qui survole la ville ou alors l’augmentation du salaire des policiers de 18% témoignent de la volonté du maire de permettre à l’État d’exercer son oppression de classe plus efficacement.

Parmi les mesures autoritaires citées ci-dessus, nous pouvons ajouter l’armement de la municipale 24/24, le cadeau de nouvelles armes létales offertes à la police... Tout autant de mesures qui se font ressentir chez les toulousains les plus précaires et de ce fait, accroissent leur ressentiment légitime envers l’Etat et ses représentants. Sans surprise, le maire n’a pas hésité une seule seconde avant de montrer son soutien envers les "forces de l’ordre" sur les réseaux sociaux. Plus surprenant encore, le candidat à la municipalité Antoine Maurice n’a pas tardé à afficher à son tour son soutien aux policiers qui seraient selon lui : "là pour nous protéger". Une prise de position qui laisse un goût amer à leurs potentiels électeurs et qui met à nu les limites de cette liste électorale et conciliatrice.

Que ce soit quotidiennement dans les quartiers toulousains qui au mieux subissent multiples provocations des forces de répression, au pire se font passer à tabac. Que ce soit dans prisons avec la dramatique affaire de Jaouad à Seysses ou lors des samedi après-midi avec les marches des Gilets Jaunes, la répression est la même : celle du système capitaliste qui écrase sa brutalité sur les personnes les plus précaires et celles qui osent relever la tête. Que ce soit dans nos lieux d’études, nos lieux de vies, lors de nos grèves et bien lors des piquets que nous osons tenir dans nos entreprises, la police n’opère aucune distinction : elle violente, humilie cela envers les mêmes personnes, les travailleurs, les précaires, les personnes racisé.e.s, en sommes envers les prolétaires.

Les classes dominantes et leurs chiens de garde ont depuis bien longtemps identifié leur ennemi de classe. À notre tour de ne pas tomber dans les pièges tendus par les capitalistes et les patrons. Face aux violences policières et au racisme d’Etat, nous ne devons pas détourner les yeux. Il faut que l’ensemble de la jeunesse, du monde du travail, ainsi que leurs organisations prennent positions. A l’instar du communiqué de la CGT RATP : « Nous, agents RATP disons stop aux violences policières dans nos banlieues »

Plusieurs sites sont à dispositions afin d’aider les habitants de Toulouse dans leur démarche pour contester leurs amendes.

Si tu fais face à la répression policière ou judiciaire, au quotidien du confinement, au travail, envoie nous ton témoignage écrit, vidéo, audio ou photo, par mail à : [email protected]




Mots-clés

Villeneuve-la-Garenne   /    Etat d’urgence sanitaire   /    Anti-racisme   /    Quartiers populaires   /    Moudenc   /    Prisons   /    Racisme   /    Toulouse   /    Violences policières   /    Politique