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Politique

Offensive sécuritaire et réactionnaire

De l’observatoire de la laïcité à une structure pour promouvoir l’islamophobie d’Etat ?

Dans le collimateur du gouvernement depuis l'automne, l'observatoire de la laïcité devrait connaître un sacré lifting au printemps. Marlène Schiappa a ainsi annoncé qu'il s'agissait de faire « évoluer » l'institution vers « une structure qui porterait la parole de l'État ». Rien de bien réjouissant, au vu de l'offensive sécuritaire et islamophobe du gouvernement.

lundi 14 décembre 2020

Crédit photo : CHARLES PLATIAU / AFP

Après son soutien indéfectible à Darmanin sur la loi séparatisme, l’ex-secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et désormais ministre déléguée chargée de la citoyenneté vient d’annoncer sur Radio J les conclusions qu’elle va rendre au Premier ministre à propos de l’Observatoire de la laïcité. Cette institution gérée par Jean-Louis Blanco et Nicolas Cadène est dans le collimateur du gouvernement depuis cet autonome en raison de la conception jugée, par le gouvernement, trop libérale et ouverte de la laïcité qu’ils promeuvent. 

Castex veut, en effet, faire « évoluer » l’Observatoire de la laïcité et « renouveler » la formule de cette institution. Dans les faits, Schiappa a annoncé une véritable refonte de fond en comble. Ainsi, l’objectif serait de « faire évoluer l’Observatoire de la laïcité, pour renforcer le rôle d’une structure, qui ne serait pas forcément un observatoire, mais une structure qui porterait la parole de l’État ». Un changement de nature donc, d’une structure au moins factuellement indépendante de l’État à une officine directe de la parole de l’Exécutif. Une volonté à peine voilée par Schiappa : « L’observatoire de la laïcité doit évoluer parce qu’on ne peut pas se contenter de publications de rapports et de guides pédagogiques pour accompagner l’action du gouvernement », a-t-elle précisé. 

Comme le souligne Matignon, le Premier ministre a la « volonté […] de renouveler une instance afin qu’elle soit davantage en phase avec la stratégie de lutte contre les séparatismes ». Dans la droite ligne de l’offensive islamophobe qui se déverse depuis septembre dernier, les services de Jean Castex affirment qu’il « doit être possible en France de défendre la laïcité sans être taxé d’islamophobie », preuve que c’est bien là le cœur du problème. La Laïcité à géométrie variable du gouvernement qui vise en priorité les musulmans doit être invisibilisée coûte que coûte, exactement comme le sont avec la Loi de sécurité globale les violences policières qui disparaîtront quand on ne pourra plus les filmer.

Pourtant, le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Blanco, avait donné toutes les garanties face au projet de loi séparatisme puisque, selon ses affirmations, « plusieurs de ses préconisations ont été reprises dans le discours du 2 octobre du Président de la République à propos du projet de loi sur le séparatisme ». Le rapporteur général, Nicolas Cadène s’était montré moins complaisent vis-à-vis de cette néo-laïcité agressive et islamophobe en défendant Maryam Pougetoux, la vice-présidente de l’UNEF, lors de son audition à l’Assemblée nationale en septembre dernier et où son voile avait fait polémique : « Dans un État de droit, on ne peut pas interdire tout ce qu’on peut désapprouver individuellement. Le cadre laïque fait que sont soumis à la neutralité uniquement ceux qui exercent une mission de service publique et, en l’occurrence, cette représentante étudiante n’exerce pas de mission de service publique et donc elle n’est pas soumise à la neutralité ». Visiblement pas suffisant aux yeux de l’Exécutif... 

Bien sûr, cette annonce forte concernant l’Observatoire de la laïcité s’inscrit dans l’offensive sécuritaire et islamophobe du gouvernement, dans la perspective de ratisser l’espace politique sur la droite. D’un statut officiellement indépendant de l’État à celui d’une structure pour promouvoir l’islamophobie de ce dernier, le « lifting » prévu de l’Observatoire de la laïcité démontre qu’il est plus que vital de lutter avec détermination, dans la continuité des mobilisations de ces dernières semaines et du week-end dernier, contre l’ensemble des lois liberticides et racistes en cours. Pour le retrait total des lois de sécurité globale et séparatisme, ainsi que pour l’abrogation de l’ensemble des lois liberticides et racistes.




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Marlène Schiappa   /    Islamophobie   /    Politique