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Débâcle en Afghanistan : la première grande crise de Biden

Dans son discours de ce lundi, Biden a dû reconnaître la vérité que dévoilaient les images dramatiques de Kaboul : la défaite de la « guerre contre le terrorisme », dernier projet hégémonique de l’impérialisme américain.

mardi 17 août

Ce lundi, Joe Biden prononçait un discours, pour justifier sa décision de retirer les forces armées états-uniennes d’Afghanistan, mettant fin au conflit militaire le plus long de l’histoire des Etats-Unis.

Biden face aux conséquences du retrait américain

Cette décision s’est faite au milieu de vives critiques provenant des deux côtés de l’échiquier politique. Alliés comme opposants politiques à Biden ont dénoncé la décision comme un coup dur pour la crédibilité et le pouvoir états-uniens à l’échelle mondiale.

En effet, depuis vendredi, des dizaines de vidéos montrant les scènes de chaos à l’aéroport de Kaboul circulent, sur lesquelles on voit ce dernier pris d’assaut par la population qui tente tant bien que mal de fuir le pays. Ces images dramatiques ont choqué l’opinion publique internationale, qui a vu avec stupéfaction les talibans prendre le contrôle de la capitale en moins d’une semaine, un mois à peine après que Biden ait déclaré à des journalistes qu’il était « improbable » que les talibans prennent le contrôle du pays.

Malgré tout, le président a maintenu fermement sa décision de mettre fin à la guerre, affirmant avoir été confronté à un choix : ou poursuivre le retrait, ou « envoyer des milliers de soldats américains supplémentaires au combat, s’engageant dans la troisième décennie de conflit ».

Biden a également dû s’exprimer sur la lutte frénétique pour évacuer l’ambassade états-unienne avant l’arrivée des combattants talibans, qui a suscité de sombres analogies avec le retrait de Saïgon en 1975, dans les dernières heures de la guerre du Vietnam.

Cependant, Biden s’est justifié déclarant que la Maison Blanche avait prévu une éventuelle prise de contrôle rapide par les talibans, et s’est dit fier du fait que les diplomates et autres américains aient pu être évacués. Il a ainsi déclaré que, si la situation devait s’aggraver, l’aéroport était sécurisé par plusieurs milliers de soldats américains.

Retour des talibans : quand Biden tente de masquer le bilan américain

Le retrait précipité et la chute rapide de Kaboul signent la défaite de la « guerre contre le terrorisme », le dernier projet hégémonique de l’impérialisme américain lancé en 2001 à la suite des attentats du 11 septembre, de la main du républicain George W. Bush.

Annonçant l’opération « Enduring Freedom » (ou « Liberté immuable »), le président d’alors avait promis que plus que de lutter contre les terroristes, les Américains fourniraient des aliments, des médicaments et des provisions, déclarant que « le peuple opprimé d’Afghanistan » pouvait compter sur la générosité des États-Unis.

Mais le discours de Biden, défendant l’idée que le plan n’a jamais été de « construire une nation », sape cette fiction selon laquelle l’invasion de l’Afghanistan visait à mettre fin au terrorisme et à « apporter la démocratie ». Cela est d’autant plus grave que Biden avait voté en 2001 pour la proposition qui a permis à Bush d’envahir le pays. Même Obama, qui avait été élu sur la promesse de mettre fin à la guerre en Irak et en Afghanistan, et dont Biden était le vice-président, a augmenté les déploiements des troupes au Moyen-Orient afin de réprimer l’insurrection des talibans et de renforcer les institutions afghanes.

En ce sens, la partie la plus choquante du discours fut peut-être le moment où Biden a rejeté la responsabilité de la prise de pouvoir des talibans sur l’incapacité des leaders militaires et politiques afghans à se défendre seuls. « Les leaders politiques afghans se sont rendus et ont fuit le pays » a-t-il ainsi dénoncé, avant d’accuser les militaires d’avoir déposé les armes après deux décennies d’entraînement américain ainsi que des centaines de milliards de dollars d’équipement et de ressources « offerts » par les États-Unis.

Or, il faut être lucide sur la situation : les États-Unis ont été vaincus et humiliés par les talibans, et le monde a vu cette défaite en « temps réel », au cours des cinq jours qui ont semblé condensé la tragédie du peuple afghan qui dure depuis deux décennies.

Une continuité de la politique de Trump

L’impact politique de l’effondrement du gouvernement afghan - un gouvernement fantoche des Etats-Unis et peu légitime - semble avoir pris de court la Maison Blanche, qui a réagi tardivement aux critiques des Démocrates, des Républicains et de Donald Trump lui-même.

Le sénateur Mitch McConnell, chef de file de la minorité républicaine au Sénat, a qualifié les événements en Afghanistan d’« effondrement monumental » et a déclaré que la responsabilité reposait entièrement sur les épaules du président actuel. Seth Moulton, député démocrate et ancien capitaine des Marines, a déclaré que l’administration avait fait « non seulement une erreur de sécurité nationale, mais aussi une erreur politique ».

« Cela fait des mois que je demande à l’administration un plan d’évacuation des réfugiés » a-t-il déclaré ajoutant : « J’ai été très explicite : "Nous avons besoin d’un plan ". Nous avons besoin d’un responsable. Honnêtement, nous n’avons pas encore vu le plan. »

De son côté, Donald Trump, qui a orchestré la négociation avec les talibans pour le retrait des troupes, a déclaré : « La situation en Afghanistan, y compris le retrait, aurait été totalement différent si l’administration Trump avait été aux commandes : à qui ou à quoi Joe Biden va-t-il se rendre maintenant ? Quelqu’un devrait lui demander, s’il peut le trouver. »

Or, quelle que soit la manière dont Trump, les Républicains et Biden capitalisent l’impact politique de la crise créée par la situation en Afghanistan (qui semble aujourd’hui défavorable au président), la réalité est que Biden n’a rien fait de plus que d’exécuter le programme de Trump.

Le discours d’hier, qui a insisté des dizaines de fois sur le fait que rester en Afghanistan n’est pas dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis et qu’il ne demandera pas aux Américains de mourir pour combattre les guerres civiles des autres, aurait pu être prononcé par Donald Trump lui-même, mais avec beaucoup plus de « piquant ».

Ce que Républicains et Démocrates taisent tous, c’est qu’après 20 ans d’occupation impérialiste avec un soutien bipartisan, ils ont laissé derrière eux un pays dévasté qui est maintenant sous le contrôle de la terreur talibane. C’est l’État américain qui porte la responsabilité principale des crimes de guerre commis au cours de ces 20 années. En avançant, M. Biden a reconnu en quelques brèves lignes les raisons stratégiques de cette réaffirmation : rester en Afghanistan signifiait détourner des ressources de son intérêt plus stratégique, à savoir la confrontation croissante avec la Chine.

Ainsi, rien ne semble très stable pour la situation géopolitique du gouvernement américain à l’avenir.




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