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Notre classe

Débat à l’Agora

Débat à la Fête de l’Humanité : après la grève de Grandpuits, poursuivre l’alliance « rouge et verte »

Ce dimanche, Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie de Grandpuits et militant à Révolution Permanente était invité sur la scène de l’Agora à la fête de l’humanité. Aux côtés d’Alma Dufour des Amis de la Terre et d’Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, les militants ont échangé sur les perspectives offertes par l’expérience de Grandpuits et les alliances à construire entre combat écologique et lutte sociale.

lundi 13 septembre

« La reconversion de la raffinerie de Grandpuits, tout sauf un projet écologique »

En guise d’introduction, Adrien Cornet est revenu sur le projet de reconversion de l’usine de Grandpuits, à l’origine des 45 jours de grève des salariés. Si la direction diffuse l’idée selon laquelle la multinationale serait en pleine période de « transition énergétique », c’est avant tout pour justifier à large échelle sa politique de casse sociale et de destruction de l’emploi. Elle cherche progressivement à en finir avec le raffinage en France pour développer des projets plus rentables. En ce sens, plus qu’un projet vert, Grandpuits est l’un des laboratoires de la production d’agro-carburants et de recyclage de plastique. Au lieu de raffiner, les ouvriers de l’usine seront amenés à produit produire du pétrole à partir « l’huiles d’origines végétales ou usagées ».

Alma Dufour des Amis de la Terre a beaucoup insisté sur le caractère néfaste et destructeur du projet : « L’histoire de Grandpuits ce n’est pas du tout une histoire d’écologie. C’est une histoire de délocalisation ». En réalité, « Total n’a aucune intention de baisser sa production de pétrole et de gaz ». Au contraire, ils sont en train de construire d’énormes complexes polluants à l’image de « cette méga raffinerie en Arabie Saoudite, 10 fois plus rentables que celles situées en France ». Elle a également dénoncé l’installation de l’énorme projet gazier en Mozambique qui va représenter à lui seul 7 fois les émissions de gaz en France. Preuve s’il en fallait que les « reconversions » de Total ne relèvent que d’une pure politique de Greenwashing dont l’ambition est d’atténuer leur responsabilité monumentale dans la destruction de pans entiers du globe.

Enfin, sur les huiles usagées prétendument l’origine de « bio » carburant, la militante fait un constat sans appel. Non seulement la production d’huile de palme ou de soja implique la destruction des sols mais en plus, « le problème est le même que dans l’aviation. Il n’y en a pas assez en France pour couvrir la demande de Total et il faut donc importer de l’huile de palme de Belgique ! »

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Et si les ouvriers décidaient de la production ?

Dans ces circonstances, on aurait pu s’étonner que « l’alliance rouge et verte » vienne des raffineries. C’est à la construction de ce front commun que l’animatrice s’est ensuite intéressée : quand et comment s’est-il mis en place à Grandpuits ? A-t-il fait l’unanimité parmi les salariés ?

Pour répondre, Adrien Cornet est revenu sur l’histoire récente du groupe, ou plutôt sur celle des travailleurs et de leurs luttes. Déjà en 2010, la direction avait prévu la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, dans le nord du pays. A cette époque, les ouvriers avaient proposé un projet alternatif qui permettait de penser la transition énergétique sans supprimer les emplois. Dans le même sens, la CGT et les écologistes ont cherché ensemble une alternative à l’huile de palme à la Mède, ancienne raffinerie de Marseille reconvertie par Total après un PSE en machine à fabriquer du carburant à partir d’huile de palme.

Alma Dufour a insisté « il faut aussi que ça vienne de nous, des écologistes ». En effet, ces organisations ont un rôle fondamental à jour pour démasquer les intentions de ces gros industriels qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros en communication pour saturer l’espace médiatique de leurs « projets verts ».

Plus encore, Adrien Cornet est revenu sur les oppositions générées par l’expérience de Grandpuits au sein de la CGT : « il ne faut pas croire que c’est un bloc homogène. Il y a souvent des intérêts divergents entre ceux qui dirigent et la base ». Selon lui, « c’est l’auto-organisation qui a permis cette alliance. Ce sont toujours les grévistes qui ont décidé de leur mouvement, réunis en assemblée générale ».

Refuser de choisir entre fin du monde et fin du mois, un programme au cœur de la séquence électorale qui s’annonce

Enfin, l’animatrice a interrogé les intervenants sur leurs perspectives pour 2022 par le biais d’une question qui est dans toutes les têtes « urgence écologique, urgence sociale, est ce qu’on est condamnés à choisir ? ».

Sur ce point, Adrien Cornet a insisté : « Je fais partie d’une nouvelle génération, très impactée par la crise écologique, qui a des enfants en bas âge et qui les voit nager dans les rivières qui jouxtent nos usines. Moi c’est pas par plaisir que je suis allée bosser dans une raffinerie et respirer du pétrole, c’est pour m’éloigner de la précarité. Si tu dis aux ouvriers que tu leur fermes leur outil de travail du jour au lendemain pour les mettre au chômage ou les envoyer bosser en entrepôt chez Amazon, c’est sûr qu’il va y avoir des résistances. Mais c’est une question politique. Nous, ce qu’on revendique, c’est une nationalisation des entreprises industrielles et qu’elles soient mises sous contrôle ouvrier, car ce sont les travailleurs qui connaissent le mieux leur métier, les méthodes de fabrication, les machines et les façons de les transformer. Eux, ils veulent nourrir leur famille, pas faire du projet profit en détruisant la planète et en mettant en danger les travailleurs qui y vivent ».

Une nuance avec la proposition d’Aurélie Trouvé, qui revendique une nationalisation des banques mais sous contrôle des pouvoirs publics, à l’image du programme mitterrandien qui a pourtant été loin d’empêcher le tournant libéral amorcé par la suite.

Adrien Cornet a également exprimé sa solidarité avec les travailleurs du Mozambique et les milliers de familles déplacées à cause des ambitions du géant pétrolier : « Je ne défends pas la simple « relocalisation », je suis solidaire de mes frères et sœurs par-delà les frontières ». Une manière de répondre également au programme souverainiste du candidat communiste.

Aussi, au-delà des perspectives immédiates du conflit, c’est bien une alternative d’ensemble au système capitaliste que l’expérience de Grandpuits a permis de formuler. Une alternative profondément politique à l’heure où s’ouvre une séquence électorale importante qui doit voir s’imposer les voix de celles et ceux d’en bas car, pour reprendre les mots de Alma Dufour, « on ne négocie pas avec la vie sur terre ».




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