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Politique

A un appel à la grève générale ?

Débat avec Laurent Brun : « Pas de trêve de Noël » ou appeler à la grève générale ?

Une grève des trains jusqu’à Noël ? Le titre fait le tour des médias depuis que Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, a évoqué le spectre d’une grève qui perdurerait pendant les vacances en cas de refus du gouvernement. Si pour faire plier Macron et sa réforme des retraites, il ne peut être question de « trêve » de toute sorte, il va bien falloir cependant que les directions syndicales passent à la vitesse supérieure en appelant réellement à la grève générale.

vendredi 13 décembre 2019

Crédits photos : Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP

Le secrétaire général de la CGT-Cheminots Laurent Brun a déclaré jeudi qu’il n’y aurait « pas de trêve pour Noël, sauf si le gouvernement revient à la raison » en retirant son projet. Mais la question cependant reste entière : Face à un gouvernement qui compte passer en force, quel plan de bataille pour non seulement résister mais pour passer à une étape supérieure dans le rapport de forces ?

Pour Laurent Brun, les cheminots doivent tenir bon

La déclaration ne laisse aucun doute sur ses intentions : pour la direction de la CGT, il suffirait de tenir la grève dans la durée pour maintenir le rapport de forces déjà construit. En somme, les cheminots font leur part du boulot, la balle serait désormais dans le camp du gouvernement.

Et pour cause, le rapport de forces aujourd’hui construit par la grève reconductible dans le secteur des transports au sein de la SNCF comme de la RATP est fondamental pour la mobilisation contre Macron et sa réforme des retraites. En ce sens, on ne peut que se féliciter que la CGT-Cheminots réemprunte finalement la voie de la grève reconductible, laissant de côté la stratégie de la « grève perlée » qui a mené à la défaite. C’est ce que concédait Laurent Brun : « Si on reproduit le même schéma [de la grève perlée], le résultat risque d’être le même », explique-t-il au journal l’Humanité. « Notre problème, c’est à la fois de remobiliser et de remobiliser différemment de 2018 », ajoute-t-il.

Mais, si la grève reconductible est indispensable pour construire le rapport de forces, il va bien falloir passer à sa généralisation pour construire la grève générale.

Face à la radicalisation du gouvernement …

Face au mouvement d’opposition à la grève des retraites, le gouvernement cherche la voie du pourrissement du conflit et fait le pari que le mouvement de grève reconductible s’isole et s’essouffle.

Pour cela, le gouvernement use de toutes les ficelles. Chantage à la trêve de Noel et comme par habitude la matraque. Pour diminuer l’impact de la grève, il s’attaque aux blocages, aux grévistes et à ses soutiens. C’est ce qu’illustrent les interventions policières musclées pour déloger les blocages qui se multiplient dans les dépôts RATP, comme à celui de Pleyel, du Barrage à Saint-Denis ou encore d’Aubervilliers. Côté SNCF, la direction a annoncé son intention d’envoyer des courriers au personnel gréviste, mais aussi de généraliser une nouvelle procédure de départ des trains, désormais sous la responsabilité du seul conducteur, au mépris des règles élémentaires de sécurité. Le gouvernement durcit le conflit, il s’agit désormais aux grévistes de faire de même en cherchant à étendre la grève et à multiplier les actions de blocage pour rendre une victoire possible contre Macron.

…appeler réellement à la grève générale !

La détermination du camp d’en face à en finir avec le mouvement doit appeler la nécessité nous aussi de passer un cran au-dessus. En ce sens, on ne peut rester que dubitatif sur les réels effets des appels « à renforcer le mouvement » de la CGT-Cheminot. Pour passer à l’étape supérieure du rapport du force, il faudrait que les directions syndicales soient décidées à passer à l’étape d’après en appelant à la grève générale !

Et cela est d’autant plus possible qu’un rebond du mouvement est posé sur la table avec la journée du 17 décembre. Mardi, la démonstration de force du mouvement ouvrier pourrait être encore supérieure à celle du 5 décembre. Encore faudrait-il que les directions syndicales s’attellent à le construire, en appelant à généraliser la grève, en appelant réellement à la grève générale, en faisant de cette journée, une grève générale dans tout le pays. En ce sens, placer le débat sur la trêve de Noel est largement en deçà des enjeux. Et cela d’autant plus que la CGT-Cheminot a aujourd’hui une responsabilité particulière de par sa place centrale, comme l’aile marchante du mouvement.

Par ailleurs, ces déclarations ne sont pas sans rappeler celles que faisaient déjà la direction de la CGT durant la bataille du rail en 2018, évoquant le spectre d’une grève qui dure tout l’été, pour mieux faire oublier la stratégie de la grève perlée – à raison de deux jours sur cinq - qui avait mené le mouvement dans le mur. Une déclaration qui n’avait été suivie d’aucun effet, la stratégie de la défaite ayant épuisé petit à petit le moral des troupes grévistes.

Au contraire de cette logique, les déclarations sur la grève jusqu’à Noël ont surtout bénéficié au gouvernement lui-même. Saisissant la balle au bond, plusieurs membres de l’exécutif se sont empressés de lancer la polémique pour essayer de discréditer le mouvement. Que ce soit Elisabeth Borne jugeant que « ce n’est pas ce qu’on peut attendre de syndicalistes qui disent défendre le service public » ou Sibeth N’Diaye qui estime « qu’il faut quand même avoir un petit peu d’empathie pour nos compatriotes », la grève jusqu’à Noël est un argument donné sur un plateau d’argent au gouvernement qui va user de la ficelle pour tenter de faire basculer l’opinion publique qui soutient à plus des 2/3 le mouvement de grève. Dans la même veine, les représentants du gouvernement tentent de diviser le front syndical encore fragile en perspective du 17 décembre, en saluant la responsabilité de la CFDT qui se refuse à continuer pendant les vacances.

Pour avoir le retrait de la réforme comme cadeau de Noël, il n’y aurait donc pas de raccourci : il s’agit de construire réellement la grève générale illimitée en se servant du tremplin de la date du 17 décembre pour faire rebondir les taux de grévistes et généraliser la grève, y compris à des secteurs du privé. La question de l’auto-organisation et d’une grève contrôlée à la base, avec des AGs démocratiques et des coordinations est également clé. C’est ce type de coordinations, capable d’impulser une orientation distincte des directions syndicales, où la reconductible était voté jour après jour, qui avait permis en 1986 de faire durer le conflit et de mettre un coup d’arrêt au gouvernement. Il s’agit d’ailleurs, non sans hasard, de la dernière grève de la SNCF qui ait réussi à passer l’épreuve difficile des vacances de Noël.

Pour cela, il faut aussi en finir avec les appels du pied à négocier avec le gouvernement que ce soit sur des problématiques sectorielles comme sur la question des retraites. Il n’y en effet rien à négocier hormis le retrait de la réforme ! Pour vaincre Macron, il faut que les directions syndicales - et au premier titre, la CGT-cheminots - appelle à la grève générale !




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