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Politique

Conférence Nationale du Nouveau Parti Anticapitaliste

Débat avec l’ancienne majorité du NPA à propos de la « nouvelle représentation politique des exploité-e-s et opprimé-e-s »

Les débats de la Conférence Nationale du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) qui aura lieu fin mars portent à première vue sur une question immédiate, celle de présence du NPA lors des prochaines élections présidentielles et du contenu de sa campagne. Force est de constater néanmoins que les enjeux vont au-delà. D’une part car chacun sait que l’absence du NPA lors de cette échéance centrale ne serait pas sans conséquences pour l’avenir du parti, mais aussi car derrière ce débat sur les présidentielles se cache un autre, plus stratégique, qui est celui des hypothèses de construction de parti après l’échec du projet initial du NPA.

jeudi 28 janvier 2016

Ce n’est donc pas anodin si les camarades de l’ancienne majorité du NPA (regroupée au sein de la plateforme C) relient leur proposition de démarche unitaire pour les présidentielles à l’idée d’une « nouvelle représentation politique des exploité-e-s et opprimé-e-s ». Le constat de départ est largement partagé : après la métamorphose définitive du PS en parti des classes dominantes et le recul de l’influence du PCF dans les milieux ouvriers, un vide s’est créé en termes d’expression du mouvement ouvrier sur le terrain politique, l’extrême-gauche étant aujourd’hui bien trop faible. C’est ce qui explique la progression de l’influence du FN dans une frange de notre classe autour d’une démagogie pseudo-populaire.

Dans ce contexte, pour les camarades de la Plateforme C, il s’agirait sinon d’impulser au moins de « rester disponibles » au surgissement en France de phénomènes type Syriza ou Podemos qui incarneraient cette « nouvelle représentation ». A partir de là plusieurs problèmes se posent. Le premier est que précisément le bilan de Syriza et Podemos attire l’attention sur la rapidité avec laquelle ces organisations ont renoncé à leur propre programme au fur et à mesure que la gestion des institutions devenait une perspective réelle.

Après la capitulation de Tsipras, à Podemos l’heure des renoncements majeurs semble être arrivée. Après avoir incarné pendant des nombreux mois le rejet de ce qu’ils appellent la « caste » et dont le PSOE est un de piliers, voilà que Pablo Iglesias vient de lancer la proposition de constitution d’un gouvernement … avec le PSOE et dont il serait le vice-président. Une belle illustration de comment les soi-disant « nouvelles représentations », faute d’être réellement contrôlées par les exploité-e-s eux-mêmes et en absence d’une stratégie d’indépendance de classe et anticapitaliste, finissent par se retourner très vite contre les intérêts qu’ils étaient censés représenter.

Par ailleurs, aussi bien pour Syriza que pour Podemos, les liens existants entre ces organisations et la classe ouvrière sont plus que distendus. Dans le cas de Syriza ces liens passaient centralement par la voie électorale et par le rapport avec certaines directions syndicales. Dans le cas de Podemos il y a eu dès le départ une volonté de diluer le mouvement ouvrier - qui pourtant a mené des luttes importantes ces dernières années - dans la masse de « ceux d’en bas », des « citoyens », des « indignés » en général. Tout cela n’a pas beaucoup à voir avec des expériences d’émergence d’un « parti de la classe » que nous avons connues dans le passé, comme celle du PT brésilien, né des grandes grèves de la métallurgie de 1978-1981.

De plus, nous ne sommes pas aujourd’hui en France, et les camarades de la plateforme C sont souvent les premiers à le rappeler, dans une situation de poussée de la lutte de classes. Nous n’avons ni les indignés, ni les grèves de la banlieue de São Paulo. Dans ce contexte, la politique de ces camarades de faire de la campagne présidentielle une première expression de la perspective de « nouvelle représentation », en s’adressant à la gauche de la gauche et aux mouvements sociaux, ne peut avoir comme conséquence que le type d’épisode dramatique de la participation de camarades de cette plateforme, sans l’accord du Comité Exécutif d NPA, à une réunion avec Pierre Laurent et Mélenchon pour discuter d’une candidature pour 2017.

Plutôt que de continuer à fantasmer sur le surgissement d’un Podemos à la française, notre parti aurait intérêt à contribuer dès maintenant à un regroupement des anticapitalistes et des révolutionnaires sur des bases stratégiques claires, à reconstruire une extrême-gauche audible et implantée dans la classe et d’œuvrer, lorsque celle-ci reprendra l’offensive, à la construction d’une véritable « représentation politique », non seulement des exploité-e-s, mais pour les intérêts de ceux-ci.




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