^

Politique

Débat des Républicains : trois nuances de xénophobie et d’attaques anti-sociales

Le débat en vue du Congrès des Républicains a opposé Eric Ciotti, Bruno Retailleau et Aurélien Pradié. Marqué par les thématiques conservatrices, le débat a donné à voir trois profils sans dessiner de stratégie claire pour une droite réactionnaire, prise en étau entre Macron et Le Pen.

mardi 22 novembre

Ce lundi était diffusé sur LCI un débat opposant les trois candidats à la présidence des Républicains, Eric Ciotti, Bruno Retailleau et Aurélien Pradié, en vue du congrès du parti qui se tiendra du 1er au 4 décembre prochain. Un débat unique entre le député des Alpes-Maritime, le sénateur de Vendée et le député du Lot, avant que les 91 000 adhérents tranchent sur le nouveau leader du parti, et sur la stratégie à adopter pour la suite du quinquennat. 

Pour les protagonistes, les enjeux sont lourds : après l’humiliation à la présidentielle et les 4,78 % de Valérie Pécresse, la droite traditionnelle veut se reconstruire au risque de disparaître. Alors que le camouflet de l’exécutif aux élections législatives leur permet d’exister comme force d’appoint pour les macronistes, LR est tiraillé entre la nécessité d’incarner une opposition respectable et la volonté de ne pas se dissoudre dans le macronisme pour tenter de retourner au pouvoir a minima en 2027.

Eric Ciotti est favori et incarne l’aile droite, exprimant sa sympathie pour Zemmour à plusieurs reprises et sa virulente xénophobie. Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, a mené une campagne conservatrice, plus centrée sur la lutte contre le « wokisme » et la défense de la famille, suggérant que l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution est importé « par l’extrême gauche américaine ». Aurélien Pradié, l’outsider, veut incarner une droite « populaire », capable de parler d’autre chose que des thèmes fondamentaux du parti - la rigueur budgétaire, la sécurité et l’immigration

L’immigration au coeur des débats : variations sur un même thème identitaire

Malgré ces différences de profil, les candidats ont offert ce lundi un chœur de propositions réactionnaires. Dans la continuité de l’offensive xénophobe autour de l’Ocean Viking, la thématique de l’immigration a en effet occupé une place centrale dans le débat. Présentant le nécessaire « combat de civilisation contre l’islamisme », Bruno Retailleau a insisté sur le « mode de vie attaqué » pour appeler à la criminalisation des femmes voilées, demandant à ce qu’on enlève les droits sociaux des femmes arrêtées plusieurs fois pour port de burka.

Dans la même veine, avec un style plus agressif, Ciotti a vociféré : « Aucun droit pour les clandestins, aucun logement, aucune école ! », défendant le retour de la double peine : « la prison et l’avion ! ». Sur la laïcité, il a expliqué que les élèves portant des abayas devaient être exclues et, afin se démarquer des propositions très proches de son concurrent, a mis les bouchées double sur la démagogie, cherchant à faire oublier sa condamnation des propos racistes de Grégoire de Fournas qui lui a été reproché à droite. Dans une surenchère raciste, le député a par exemple déclaré que « 25 % des détenus [étaient] étrangers » avant de rajouter « sans compter ceux d’origine étrangère ». 

Moins connu, Aurélien Pradié a d’abord cherché à faire ressortir son profil personnel « d’élu local » et des origines pseudo-populaires de fils de petits patrons en évoquant son « jeune frère boulanger », avant de se concentrer comme ses concurrents sur les questions d’immigration. Tout en collant sur le fond aux propositions racistes de ses concurrents, le secrétaire général de LR a également cherché à se distinguer par des propositions pseudo-originales, proposant de mettre en place « un crime de passeurs » qui sera jugé devant la Cour pénale internationale ou évoquant le rétablissement de l’uniforme y compris à l’université pour lutter contre les « entraves à la laïcité »…

Retraites, déficits, IVG : au mieux des différences de profil

 

Sur les autres questions c’est là encore l’homogénéité politique qui prime par-delà les divergences minimes. Ainsi, sur les retraites, tous veulent exploiter les travailleurs plus longtemps. Mais Aurélien Pradié refuse le report de l’âge légal et préfére passer à 45 années de cotisation (au lieu de 43 ans actuellement), pour que « (ceux qui commencent tôt, partent tôt ». Sur ce plan, Pradié ne souhaite pas voter la réforme des retraites de Macron, contrairement à ses concurrents.

Au sujet des déficits et de la dette publique, Ciotti a expliqué préférer baisser les impôts avant de réduire les dépenses, alors que ses concurrents préconisent l’inverse. Là encore, il s’est surtout fait remarquer par son style outrancier, souhaitant mettre fin à l’impôt sur les successions décrit à plusieurs reprises comme un « impôt sur la mort ».

Enfin, sur l’avortement Bruno Retailleau a rappelé son profil d’ultra-conservateur en s’opposant à la constitutionnalisation de l’IVG, signe selon lui de « l’américanisation de la société ». Sur ce plan, le sénateur qui avait jusque-là globalement dominé les débats a été pris en défaut par ses concurrents, Eric Ciotti jugeant cette position « ringarde » et Aurélien Pradié présentant la Loi Veil comme une loi de droite qu’il faut défendre.

De manière générale, Ciotti et Retailleau ont surtout cherché à s’adresser aux retraités, qui composent l’essentiel des militants de LR qui voteront pour choisir le chef du parti. Ciotti a ainsi dessiné le profil type de l’ennemi de Macron « l’automobiliste, retraité, propriétaire », quand Retailleau a défendu le pouvoir d’achat des retraités lors d’une rare incursion du notable sur le terrain social.

Et Macron et Le Pen ? Des démarcations floues, la stratégie des Républicains toujours dans l’impasse

L’arrière-plan fondamental de la discussion était évidemment le positionnement de LR, pris en étau depuis 2017 entre Macron et Le Pen. Sur ce plan, les députés Ciotti et Pradié ont pris à parti le chef des sénateurs Retailleau sur l’attitude des LR au Sénat, jugés trop complaisante avec le gouvernement. Une critique hypocrite, tant les stratégies d’appui au gouvernement mâtinées de critiques à la marge se ressemblent dans les deux chambres.

Ainsi, interrogés sur leur position sur telle ou telle loi proposée par le gouvernement - sur les carburants, la loi de programmation militaire, les retraites – les différents débatteurs ont confirmé que, en général, ils voteraient avec le gouvernement. Sur la réforme des retraites notamment, les favoris Ciotti et Retailleau n’ont pas caché qu’ils voteront le projet pour ne pas créer de blocage. De fait, pour les attaques contre les travailleurs, contre les immigrés ou pour les offensives sécuritaires, LR parle le même langage que Macron.

Si l’acceptation du rôle d’appui au gouvernement était claire, la divergence avec l’extrême droite était également difficile à percevoir dans le débat. Eric Ciotti a déclaré que souligner ses différences avec le RN ne l’intéressait pas, quand Retailleau a seulement ciblé son programme économique « qui la rapproche de Mélenchon », avouant qu’il n’y avait pas d’incompatibilité sur l’immigration. 

En clair, par-delà les débats, c’est la continuité de la stratégie actuelle de LR qui devrait prévaloir à l’issue du Congrès : soutenir la macronie tout en cherchant à se reconstruire comme une force d’opposition à la droite du gouvernement. De ce point de vue, seuls les calendriers et les options tactiques différencient les deux favoris. Alors que Ciotti veut faire de Laurent Wauquiez le futur candidat présidentiable de LR, Retailleau voudrait une primaire à l’issue des élections européennes.

D’ici là, des secteurs du partis pourraient continuer à se détacher, absorbés dans l’orbite de la macronie – Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse a par exemple annoncé quitter le parti début novembre – ou dans des projets d’extrême-droite, du côté de Marine Le Pen ou de Zemmour. Dans tous les cas le projet réaffirmé est celui d’une large offensive contre le monde du travail et contre les étrangers, qui concordent avec celle du gouvernement, et qu’il faut se préparer à combattre !



Mots-clés

Eric Ciotti   /    Les Républicains   /    Politique