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Débrayage à Airbus Helicopters : « Tous les salariés vont perdre des acquis »

Des salariés d'Airbus Helicopters ont fait un premier débrayage sur plusieurs sites ce jeudi 17 novembre pour s'opposer au projet « Reload ». Ce dernier prévoit la mise en place de nouveaux accords d'entreprises qui vise à détruire les conditions de travail et de rémunération.

samedi 19 novembre

Crédits photos : Piquet de grève à Paris-Le Bourget, CGT Airbus Helicopters

Ce jeudi 17 novembre, des salariés d’Airbus Helicopters de plusieurs sites comme celui de Nantes, Saint Nazaire ou encore Paris-Le Bourget, se sont mis en grève à l’appel de la CGT. Les grévistes se sont mobilisés pour dénoncer une renégociation des accords d’entreprise qui menace de se transformer en projet de casse sociale.

En effet, suite à un nouvel accord de branche dans la métallurgie début 2022, des négociations pour de nouveaux accords d’entreprises ont actuellement lieu dans l’ensemble des filiales du géant Airbus. Un projet d’ampleur nommé « Reload » (« recharger » en français) qui annonce surtout une remise en cause des conditions de travail avec un nivellement par le bas pour les différentes filiales du groupe. Ainsi, avec le projet « Reload », le groupe Airbus compte passer de 56 accords d’entreprises pour ses différentes filiales à 11 d’ici la fin d’année, en alignant à la baisse les conditions de travail.

Arnaud Aubin, délégué syndical CGT du site de Paris–Le-Bourget, alerte sur ce qui menace les salariés : « Il y a un problème sur quatre piliers : la rémunération, les congés, le temps de travail et la classification où la direction cherche à faire des économies sur notre dos ». Comme l’indique l’appel de la CGT à la mobilisation : « tous les salariés vont perdre des acquis, pour les nouveaux embauchés ça serait encore pire »

Pour exemple, sur la classification, Arnaud Aubin dénonce un « changement profond de logique : ce n’est plus le salarié qui va être classifié, mais l’emploi qu’il occupe. Cela va permettre de déclasser des salariés et d’en finir avec la reconnaissance des diplômes ». De plus, les salariés risquent de perdre 5 jours de congés, mais aussi de perdre en rémunération avec une baisse de la prime d’ancienneté. Une perte de revenu qui passe mal, d’autant plus dans un contexte d’explosion des prix avec une inflation qui dépasse les 6 % sur l’année 2022.

En effet, le projet « Reload » intervient dans un contexte d’un climat social tendu chez le géant aéronautique. Avant même l’ouverture des négociations, le problème des salaires était déjà au cœur des préoccupations. Sur le site de Paris-Le Bourget cela s’est notamment incarné avec « plus de 50 salariés qui avaient demandé des explications sur la question des salaires. On a des anciens qui sont là depuis 10 ans mais qui sont payés 2105 euros, soit 100 euros de plus que les nouveaux arrivants. A la fin ils n’ont meme pas été recus par la RH, la direction a littéralement méprisé leurs demandes » nous raconte le syndicaliste CGT.

À l’échelle du groupe Airbus, les derniers mois ont été marqués par différentes grèves inédites sur les salaires. C’était le cas sur la FAL (chaîne d’assemblage) A320 à Toulouse où les salariés revendiquaient 10 % d’augmentation, mais aussi à Airbus Defense and Space ou encore en Espagne avec huit sites Airbus mobilisés simultanéement.

Face à ces mobilisations inédites, le groupe a tenté de calmer la colère en cédant une maigre prime de 1500 euros. Arnaud le résume très bien : « la grève de jeudi mettait en avant la casse des conditions de travail, mais il y a un vrai problème sur les salaires. Avec la prime de 1500 euros, la direction a cherché à calmer les mouvements, tout ça dans un contexte où il y avait la grève des raffineurs, avant chez Dassault, puis après la chaîne A320 etc. Mais le problème reste entier, une prime ne suffit pas, ce qu’il faut c’est des augmentations de salaire à minima à hauteur de l’inflation ».

Pourtant, le groupe Airbus se porte extrêmement bien. Malgré la crise sanitaire, la multinationale aéronautique se retrouve aujourd’hui avec un carnet de commandes rempli sur plus d’une décennie et des bénéfices au zénith avec 667 millions d’euros, en hausse de 65 %, au deuxième trimestre 2022. À l’inverse de la logique du projet « Reload » qui vise à faire des économies sur le dos des travailleurs, il y a clairement l’argent pour niveler vers le haut les conditions de travail et augmenter les salaires. Seulement pour stopper à la casse sociale actuelle et obtenir des avancées, il faudra se mobiliser par la grève - comme ont commencé à le faire les salariés de Airbus Helicopters mais aussi d’autres entités du groupe - et se coordonner entre les différentes filiales Airbus mais aussi avec les différents sous traitants du secteur aéronautique.



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