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« Début de vacances raté » : le scandaleux reportage sur la mort de 83 réfugiés

Alors que 80 réfugiés ont à nouveau perdu la vie suite au naufrage d'une embarcation partie de Libye, une chaine Belge a choisi de mettre en exergue les « vacances ratés » d'une belge, qui a découvert plusieurs cadavres sur la plage en Tunisie, ainsi que sur la réaction de son tour operator...

mardi 16 juillet

« Un début de vacances raté pour Charlotte. La Liégeoise venait d’arriver à Zarzis, en Tunisie, et elle a découvert un cadavre sur la plage ». C’est ainsi que la présentatrice de RTL Info, Salima Belabbas, introduit l’histoire du naufrage d’une embarcation partie de Libye, qui comptait 86 personnes à bord.

Du même acabit, le reportage de la chaîne ne s’attardera pas beaucoup plus sur le drame des 83 noyés sur la route migratoire meurtrière. Au contraire, c’est l’inquiétude des touristes face à la quarantaine de corps repêchés par les garde-côtes que la chaîne a choisi de mettre en avant. « Nous comprenons évidemment que ces vacanciers aient été choqués. Ce n’est pas ce qu’on imagine quand on réserve des vacances », explique ainsi la porte-parole de l’agence de voyage TUI, qui promet d’assurer l’accompagnement psychologique des touristes ainsi que le changement des hôtels pour ceux qui avaient demandé.

L’ensemble constitue un reportage quasi surréaliste où la mort de 83 personnes est présentée comme un incident ayant heurté la sensibilité de consommateurs venus d’Europe. La vidéo a suscité l’indignation et donné lieu à une tribune relayée par Le Vif avec comme titre « "Ces migrants qui gâchent nos vacances" : l’indécence à son comble ». Les auteurs notent ainsi : « Dans cette séquence, l’indécence et l’inhumanité prédominent. Plutôt que de s’attarder sur l’essentiel - des vies humaines ont été arrachées au cours d’une tragédie en mer -, tout est pensé pour focaliser l’attention des téléspectateurs sur la réaction d’une touriste belge parce que les corps ont échoué précisément sur la plage où elle passait ses vacances. Cette profonde dérive du sens éthique — qui amène à voir les vacances de nos compatriotes comme plus importantes que le droit inaliénable de tous à une vie digne — rend ce traitement de l’information inacceptable et contraire au code de déontologie journalistique. ».

Pourtant, si ce reportage est particulièrement choquant, il convient de rappeler que ce n’est pas la première fois que la « déontologie journalistique » est interrogée à la lumière du traitement de la question migratoire. Depuis 2015, de nombreux chercheurs se sont ainsi interrogés sur le rôle des médias dans la construction de la perception du fait migratoire, interrogeant le choix de mots tels que « crise migratoire », utilisé même après 2015, mais aussi celui de « migrant » plutôt que « réfugié ».

Outre le choix des mots, c’est la question du cadrage des sujets qui est évidemment en cause, les médias épousant généralement le discours officiel qui invisibilise les causes des « crises » migratoires, et la responsabilité centrale de l’impérialisme européen dans l’exil de nombreux réfugiés, fuyant la guerre ou la misère. A ce titre, le reportage de RTL Info ne fait que montrer de façon particulièrement crue et caricaturale les effets du traitement journalistique sur la production de l’information. Un traitement qui, loin du manque d’éthique professionnel, vise bien souvent à stigmatiser et à déshumaniser les réfugiés.




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