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Politique

Mépris républicain

"Débutant accepté", "contractuel". Une annonce pour enseigner dans le collège de Samuel Paty suscite l’indignation

Dimanche, une annonce Pôle Emploi proposait un poste d'histoire-géographie dans le collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, celui-là même où enseignait Samuel Paty. Le rectorat de l'académie de Versailles cherchait à y pourvoir un contractuel débutant chargé de « surveiller le comportement des élèves » et habitué à la « gestion du stress ». Le mépris ouvert de cette annonce n'a pas tardé à soulever l'indignation chez les enseignants.

mardi 1er décembre 2020

« Maladresse de nos services », « annonce inappropriée »... voilà comment le rectorat de l’académie de Versailles tente de couvrir sa gestion calamiteuse du recrutement des professeurs d’histoire-géographie dans le collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, où enseignait Samuel Paty avant d’être assassiné le 16 octobre dernier. L’annonce, postée sur le site de Pôle Emploi a très vite attiré l’œil des enseignants, choqués de voir que le rectorat en soit réduit à ce moyen pour pourvoir des postes dans ce collègue encore meurtri. Dans l’après-midi du dimanche, l’annonce était retirée sous le coup du tollé médiatique provoqué sur les réseaux sociaux.

L’association de professeurs d’histoire et de géographie les Clionautes a, la première, alerté sur cette annonce pour le moins malvenue. En effet, la fiche de poste met en avant tout un ensemble de « savoirs et savoir-faire » pour le moins problématique : « surveiller le comportement des élèves », « gestion du stress », « débutant accepté »... et met en quatrième position des compétences requises « enseigner une discipline à un groupe de personne ». Toute une vision du métier se dégage de cette petite annonce qui laisse à penser qu’un mois et demi après le drame tout est revenu à la normale et que l’Éducation nationale peut reprendre son cours habituel, à base de précarisation de l’enseignement, comme si de rien n’était. L’émotion est passée, Blanquer s’est fait bien voir, Castex nous a « choyé », on peut reprendre la casse sans que personne ne s’indigne !

Bruno Modica, porte-parole des Clionautes dénonce : « Dans un établissement qui a vécu une chose pareille, comment peut-on envisager de balancer un contractuel recruté en dix minutes, en précisant débutant accepté ? ». Il fustige des « services « hors-sol », déconnectés de la réalité du terrain », une « technostructure sans âme » et l’« inhumanité en matière de gestion des ressources humaines » qui explique qu’on en vienne à se « contenter d’un « débutant accepté » au détour d’une annonce sur pôle emploi » pour remplacer un collège dans un établissement aussi meurtri. Fort heureusement, il ne s’agissait pas du poste de Samuel Paty qui était ainsi mis sur le marché de l’emploi mais celui d’un de ses collègue d’histoire-géographie en arrêt, d’après le rectorat.

Il n’en demeure pas moins vrai que cette annonce « insupportable », comme la qualifie le SNES-FSU de Versailles, reflète la cruelle réalité de l’Éducation nationale. Sophie Venetitay, secrétaire du SNES-FSU pour l’académie de Versailles, explique pourquoi l’émotion du corps enseignant a été si grande à la vue de cette annonce Pôle Emploi : « il y a d’abord le cas très particulier d’un collège en deuil, qui ne se remet pas de ce qu’il a vécu. Et, d’un autre côté, on touche à une réalité de l’éducation nationale, contrainte de passer par Pôle emploi pour faire face à ses besoins ». Le recours accru aux contractuels, mal payés, enchaînant les contrats courts sans aucune stabilité, précarisant le métier, les statut et entérinant la gestion de plus en plus managériale de l’Éducation nationale, c’est aussi ça que cette annonce met en lumière. L’union sacrée dans laquelle le gouvernement voulait enfermer les enseignants apparaît pour ce qu’elle est : une énième tentative d’enfumage pour glorifier les héros d’un jour qui n’ajourne en aucune manière la casse systématique des services publics. Plus que de « maladresse », c’est de mépris pour les enseignants qu’il faut parler ici.




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