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Micro-trottoir

Décembre : tous en grève illimitée ! Cheminots, RATP, profs, étudiants... ils sont prêts au combat

A 8 jours du début de la grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites, une 3e rencontre RATP-SNCF a réuni une centaine de futurs grévistes ce mercredi soir à la Bourse du Travail de Saint-Denis (93), à l'initiative du collectif des cheminots de l'Intergare et du collectif d'agents RATP L'Union fait notre force. Des enseignants et des étudiants s'étaient joints à l'appel, ainsi que des grévistes de l'hôtel Ibis Batignolles et des membres de l'UL solidaires St Denis, pour construire la convergence pour une grève interprofessionnelle d'ampleur. Ils appellent l'ensemble du monde du travail à les rejoindre.

jeudi 28 novembre 2019

Qu’ils soient agents RATP, cheminots, enseignants ou étudiants, qu’ils aient déjà l’expérience de la grève à l’image des cheminots mobilisés en 2018 ou qu’ils se lancent dans leur première grève, tous ont une même certitude, c’est que ce n’est que par la convergence de l’ensemble du monde du travail, par une grève dure et illimitée qu’ils pourront faire ravaler à Macron son projet de réforme des retraites. C’est pourquoi ils s’organisent depuis déjà plusieurs semaines, de rencontres interprofessionnelles en diffusions de tracts, sur leurs lieux d’études et de travail ou auprès des usagers. Certains agents RATP et cheminots ont même franchi le pas des amphis étudiants, parfois pour la première fois de leur vie, pour aller motiver les jeunes à se mobiliser à leurs côtés. Alheme, enseignante au collège Roger Martin du Gard à Epinay sur Seine, est séduite par cette convergence dont elle a également fait une expérience bien concrète : « Dans mon établissement on a fait intervenir Anasse de la SNCF et Adel de la RATP sur une heure d’information syndicale, parce qu’ils étaient techniquement plus au point que nous, et ça a marché puisqu’on sera 100% de grévistes le 5 décembre ». Prêts à un mouvement reconductible, elle et ses collègues ont d’ailleurs mis en place une caisse de grève en ligne pour s’aider à tenir.

« Une préparation exceptionnelle, alors que le mouvement n’a même pas encore commencé » souligne Anasse Kazib, cheminot sur Paris Nord et militant SUD Rail, insistant : « je ne sais pas s’il y a des mouvements dans l’histoire où on s’est autant préparé en amont, pour moi ça n’a rien à voir avec 1995 par exemple. Dans un certain nombre de secteurs il y a déjà des appels à la grève illimitée, alors qu’en 1995 c’est la SNCF qui a démarré puis les autres secteurs se sont greffés après ». Un constat d’autant plus encourageant que la stratégie du gouvernement de faire passer la grève pour un mouvement corporatiste ne semble pas porter ses fruits dans l’opinion publique : « ils essayent de nous isoler, sauf que manque de pot pour eux, les derniers sondages montrent que plus de 60% de la population est en faveur de cette grève », indique Anasse, ajoutant que « pour 85% des gens, la politique du gouvernement ne change rien. Donc ça montre que la popularité est du côté des grévistes, à la différence de 1995 où le mouvement était impopulaire au début puis est devenu populaire au fur-et-à-mesure de la grève ».

L’auto-organisation fait aussi partie de leurs préoccupations centrales, comme ils le rappellent dans le communiqué adopté à l’unanimité des présents et que nous relayons ci-dessous : « la grève doit s’organiser à la base, dans les Assemblées Générales, comités de mobilisation ou de grève ou les formes que les grévistes décideront, dans nos dépôts, gares, établissements, hôpitaux, entreprises, dans nos lieux d’étude, dès le 5 décembre. Nous proposons que ces différentes Assemblées Générales communiquent ensemble lors de réunions régulières en Ile-de-France, à même de dégager des positions émanant des grévistes et de leurs cadres d’auto-organisation qui, à terme, seront les seules que le gouvernement devra écouter ! ». Le mouvement des gilets jaunes, auquel bon nombre ont participé, est mentionné dans de nombreuses interventions comme une source d’inspiration pour affronter le gouvernement sans transiger, mais également comme point d’appui pour construire un rapport de force supérieur. Torya, cheminote et gilet jaune de la première heure, est convaincue que le moment est décisif : « On appelle l’ensemble des travailleurs à s’inscrire dans cette grève à partir du 5 décembre parce qu’on est le fer de lance de l’économie, c’est nous qui remplissons les caisses de l’Etat, donc à un moment donné il faut dire stop ! Il faut qu’on bloque l’économie pour montrer à ce gouvernement et ces patrons que c’est nous qui menons la danse et pas eux ! »

Des femmes de chambre de l’hôtel Ibis, en grève depuis 135 jours, sont également présentes pour partager leur détermination qui n’a pas faibli malgré l’intransigeance de leur direction. Leurs interventions sont accueillies avec émotion et leur caisse de grève avec générosité. Dénonçant avec courage le viol de l’une de leur collègue par l’ancien directeur de l’hôtel, leur présence fait écho à la mobilisation contre les violences faites aux femmes qui a percé le mur médiatique ces derniers jours.

Des violences faites aux femmes à la précarité des étudiants, beaucoup portent un regard incisif sur une société dont ils ne veulent plus, bien au-delà de la seule question des retraites. Ainsi, Raphaël, 25 ans et chauffeur de bus RATP depuis un an, a plus d’une raison de se lancer dans sa première grève, fustigeant les inégalités sociales : « On aimerait bien partir en vacances nous aussi, il n’y a pas de raison qu’il n’y ait que la bourgeoisie qui puisse se payer des vacances ! C’est pas normal que les riches aient des salaires mirobolants alors que nous à côté on est dans la survie. Donc il faut partir en grève illimitée, un 95 mais nouvelle génération ! »

Une chose est sûre, tous sont ressortis gonflés à bloc et déterminés à élargir la mobilisation. La paralysie annoncée des transports ne les inquiète pas : « il faut convaincre nos collègues de ne pas rester chez eux mais de s’organiser pour être présents dans les dépôts, on dormira sur place s’il le faut, mais on doit rester soudés et tenir dans la durée » lance un agent RATP, acclamé par l’assemblée. Les numéros sont échangés, les groupes WhatsApp se mettent en place, des rendez-vous commencent à s’organiser pour les prochains jours. Certains proposent la mise en place d’une carte collaborative pour localiser les piquets de grève et dépôts où pourront être accueillis les grévistes quelque soit le secteur. La prochaine rencontre, qui a vocation à rassembler bien plus largement, est fixée au vendredi 6 décembre à 15h, dans un lieu à confirmer.


COMMUNIQUE DES AGENTS RATP-SNCF RÉUNIS LE 27 NOVEMBRE 2019 A LA BOURSE DU TRAVAIL DE ST DENIS

A la veille du mouvement historique qui débutera le 5 décembre contre la réforme des retraites, des salariés de la SNCF, de la RATP et d’autres secteurs professionnels tels l’éducation ou la fonction publique, des grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles et des étudiants se sont réunis à la bourse du travail de Saint-Denis.

Nous prenons position sur trois points :

1-Nous ne pourrons pas faire reculer le gouvernement sur une réforme aussi emblématique du quinquennat Macron avec une seule journée de grève, aussi forte soit elle. Nous constatons la multitude inédite des préavis qui ont été déposé pour le 5 décembre. Nous y voyons le signe d’une contestation large et unanime de la réforme des retraites portée par Delevoye, qui va diminuer les pensions de tous et toucher davantage les plus précaires d’entre nous et accentuer les inégalités hommes/femmes.

Mais bien plus de préavis reconductibles sont nécessaires ! Personne ne pourra accepter et comprendre une position syndicale autre que celle d’un appel à la grève reconductible et générale ! Tou-te-s les salarié-e-s doivent avoir la possibilité de faire entendre leur colère au-delà du 5 Décembre !

Voilà pourquoi nous interpellons les confédérations syndicales à prendre leurs responsabilités et à appeler dès aujourd’hui à une grève RECONDUCTIBLE à partir du 5 décembre pour tous les travailleurs et travailleuses de ce pays.

2- Notre mot d’ordre reste et restera le retrait pur et simple du projet de réforme. Pour l’obtenir, la grève doit s’organiser à la base, dans les Assemblées Générales, comités de mobilisation ou de grève ou les formes que les grévistes décideront, dans nos dépôts, gares, établissements, hôpitaux, entreprises, dans nos lieux d’étude, dès le 5 décembre. Nous proposons que ces différentes Assemblées Générales communiquent ensemble lors de réunions régulières en Ile-de-France, à même de dégager des positions émanant des grévistes et de leurs cadres d’auto-organisation qui, à terme, seront les seules que le gouvernement devra écouter ! Nous proposons de tenir une première réunion qui vise à mettre en place une coordination des différents cadres locaux et sectoriels en Ile-de-France le vendredi 6 décembre à 15h, lieu à confirmer, pour discuter des actions et des perspectives du mouvement ensemble.

3-Cette grève intervient dans un contexte social tendu qui ne peut-être mis de côté. La jeunesse et les gilets jaunes se battent contre la précarité. Les hospitaliers veulent les moyens de soigner la population et souffrent d’en manquer. Les enseignants veulent pouvoir éduquer nos enfants dans des bonnes conditions. Nos aînés veulent être traités avec dignité dans les EHPAD par un personnel respecté et en nombre suffisant. La jeunesse des quartiers veut arrêter d’être discriminée et réprimée. Personne ne veut regarder à côté quand les violences conjugales tuent tant de femmes dans notre pays. Enfin, tous craignent le désastre écologique qui s’annonce. Le gouvernement a répondu à ces justes revendications par la seule répression violente et la division, en cherchant à nous monter les uns contre les autres. Nous ne l’acceptons plus !

Ainsi, si le retrait de la réforme est la revendication principale qui va tous nous unir au mois de décembre, nous ne nous contenterons pas de ça. Comme le disaient les gilets jaunes : nous voulons dégager Macron et sa politique ! Nous ne voulons plus nous contenter de nous défendre contre une attaque de trop. Nous irons chercher par la force des travailleurs qui est la grève, et dans la rue par les manifestations et les blocages, un système plus juste, et en finir avec celui qui détruit la planète et ceux qui l’habitent au nom des profits d’une minorité au pouvoir.




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