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Jeunesse

Crise de l’Université

Décès d’une étudiante à Tours : le manque de moyens à l’université tue

Ce mercredi 14 octobre, une étudiante de l’université de Tours, est décédée à la suite d’un malaise cardiaque sur le site universitaire de Fromont. A l’arrivée des secours, le portail était fermé, la direction injoignable, l’ascenseur trop exigu pour le brancard et le défibrillateur absent.

samedi 17 octobre

Des étudiants, laissés à eux même face au drame.

Kadidia était étudiante en master de sociologie sur le site de Fromont, rattaché à l’Université de Tours. Ce mercredi, c’est lors de la pause matinale que celle-ci a ressenti une douleur dans le dos avant de s’effondrer dans la salle de cours. Les étudiants autour d’elle se sont relayés pour pratiquer un massage cardiaque, sans trouver de défibrillateur.
Les pompiers, retardés par un portail dont l’ouverture nécessitait un badge et un ascenseur trop petit pour le brancard, sont restés une heure sur place pour tenter de réanimer la jeune femme. Malgré l’intervention des pompiers et son transfert à l’hôpital, l’étudiante n’a pas survécu. L’université n’a elle, pas était joignable pendant une heure ce matin-là malgré les appels des étudiants. 

Ses camarades aujourd’hui se disent partager entre tristesse et colère. Pourquoi les pompiers n’ont-ils pas pu accéder à la salle plus rapidement ? Où était le défibrillateur ? 
Le site universitaire de Fromont, est un établissement public regroupant plus de 500 personnes, il est donc tenu par un décret entré en vigueur le 1er janvier 2020 de disposer de défibrillateur automatisé externe.
Dans un communiqué écrit par les élèves à l’attention des médias, ils décrivent un « site totalement laissé à l’abandon, et les étudiant.es et enseignant.es, seul.es, laissé.es à eux-mêmes dans les moments les plus critiques  ».
Si la direction a reconnu par la suite que les défibrillateurs n’avaient jamais été installé, elle ne semble dans ses premières communications ne pas se sentir responsable et réouvert le site dès le lendemain :

Un drame inacceptable, révélateur d’une politique de casse l’université publique.

Une université injoignable, un ascenseur trop petit, pas de défibrillateur et un site laissé à l’abandon.
Si aujourd’hui les étudiants sont en colère, le drame ne peut laisser indifférent et révèle malheureusement la forme que peuvent prendre les conséquences désastreuses de la casse de l’université publique. 
L’histoire de Kadidia même si elle exceptionnelle, ne fait que mettre en lumière un problème structurel qu’est le manque de moyens dans les universités, qui dégradée par les coupes budgétaires ne peut plus assumer l’exceptionnel.

L’absence de ressources pour l’établissement a eu poir conséquences directes la responsabilisation des élèves. Le communiqué des étudiants de Tours posant la question : « Est-ce normal au sein d’un établissement public, nous devions compter sur la bonne volonté individuelle, l’éventuelle formation de secourisme de chacun, et qu’aucune prise en charge médicale d’urgence ne soit prévue en cas de problème au sein du site ?  »

Si les étudiants aujourd’hui sont en colère, il en devient urgent de ne plus laisser la possibilité à de tel drame de se reproduire en réclamant plus de moyens pour les universités dont bien sûr celle de Tours ne saurait être la seule à ne pas être aux normes. La mobilisation des étudiants qui se sont d’ores et déjà rassemblés et organisés ce vendredi pour exiger des changements est un premier pas en ce sens. Ce qui a certainement pesé sur le lancement d’une enquête interne à l’université de Tours pour y déterminer les dysfonctionnements. Mais il est impératif de dénoncer la responsabilité du gouvernement dans la casse des établissements publics qui est aujourd’hui coupable de ce décès, mais aussi de la précarité des étudiants qui elle tue également, comme le récent drame de Doona à Montpellier

Enfin, c’est actuellement la gestion de la crise sanitaire qui démontre les problèmes de fond que traverse l’enseignement supérieur. Aucun plan sanitaire conséquent n’est mis en place dans les universités, alors que les principaux clusters sont déclarés dans les lieux d’enseignement, situation qui met en danger les vies de l’ensemble des personnes réunies sur les campus, mais qui tend aussi vers des fermetures d’établissements. De plus, les solutions hybrides ou le tout en ligne déjà existant (et qui risque de se généraliser) sont des solutions catastrophiques d’un point de vue des inégalités sociales déjà existante. C’est bien faute de moyen que nous n’avons pas de masques gratuits, mais aussi que nous ne pouvons pas aménager les enseignements, avec plus d’enseignants et de structures pour maintenir les cours en présentiel.

Crédit photo : Luc Pérot / France télévision




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