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Covid-19

Déclarations d’Agnès Buzyn. Vers une nouvelle crise au sommet ?

Lorsqu’elle a quitté son poste de ministre de la santé, elle savait que les municipales ne devaient pas avoir lieu ; pourtant le gouvernement a maintenu le premier tour. « Une mascarade » selon l’ex-ministre. Des propos qui pourrait déboucher sur une nouvelle enquête parlementaire, voire même une action en justice.

jeudi 19 mars

Crédit photo : Reuters /Benoit Tessier

Dans une interview donnée au Monde, Agnès Buzyn, arrivée troisième aux élections municipales à Paris, a déclaré que la tenue des élections était « une mascarade ». Elle aurait « alerté le directeur général de la santé » ainsi que le Président dès le 11 janvier. « J’ai averti Édouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. » explique-t-elle.

Des déclarations qui ont l’effet d’une bombe. A l’heure où Castaner traite d’ «  imbécile » ceux qui bravent les restrictions de circulations, le gouvernement français était donc au courant de la dangerosité du coronavirus depuis au moins le 11 janvier.

« Je savais que la vague du tsunami était devant nous. »

Si Macron était au courant dès le 11 janvier et Édouard Philippe dès le 30 janvier, cela veut dire qu’il y a eu une faute grave dans l’analyse de la situation, et, de fait, dans la gestion de la crise. Un refus d’agir dont nous payons le prix aujourd’hui. Le gouvernement avait en effet conscience de l’urgence, et a quand même maintenu les élections, n’a rien fait contre la pénurie de masques et de gel hydro-alcoolique, et a continué sa politique de casse du service public au lieu de débloquer des aides d’urgences pour l’hôpital.

De fait, se pose la question de la responsabilité collective et pénale de l’État. C’est en tout cas ce que met en avant Guillaume Drago, professeur de Droit public à l’Université Panthéon-Assas, interrogé par Le Figaroiaires-20200318]. « Il ne fait aucun doute que nous sommes au début d’un processus de responsabilité ». Agnès Buzyn reconnaît donc que le gouvernement a minimisé la possible épidémie du Coronavirus.

Le prenant comme un aveu de culpabilité, trois médecins, représentants d’un collectif de soignants, ont porté plainte jeudi contre Édouard Philippe et Agnès Buzyn, accusant le premier ministre et l’ex-ministre de la santé de s’être “abstenus” de prendre des mesures pour endiguer l’épidémie de Covid-19 à temps, a annoncé leur avocat. Selon l’AFP, les médecins considèrent que les membres du gouvernement “avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer.

Le parlement pourrait également voter une motion de censure s’il juge le gouvernement responsable. Une motion de censure qui a autant de chance de passer que les autres, même si, au fil des crises de la Macronie, sa majorité parlementaire se réduit comme peau de chagrin.

Par contre, comme le fait remarque Guillaume Drago dans le Figaro, « il serait naturel qu’une commission d’enquête ou une mission d’information parlementaire soit constituée ». Après celle sur l’affaire Benalla, Macron a droit à une nouvelle commission d’enquête. Si les commission d’enquête parlementaire sont plutôt rare, en avoir deux à mi-mandat relève de l’exceptionnel. La première n’a pas semblé inquiéter le pouvoir en place, puisque Benalla court toujours, mais la deuxième pourrait venir l’ébranler en pleine crise.

Lors de l’affaire du sang contaminé, la Cour de Justice de la République avait été saisie pour traîner des ministres devant les tribunaux. À l’époque seul Edmond Hervé, ancien secrétaire d’État à la Santé avait été condamné, notamment pour le retard dans la généralisation du dépistage. Le parallèle avec le Covid-19 semble évident. Guillaume Drago explique au Figaro qu’il serait étonné « qu’aucune association ne saisisse la Cour de Justice de la République pour homicide involontaire, comme dans l’affaire du sang contaminé ».

La fin de la pandémie ne sera sans doute que le début d’une nouvelle crise au sommet pour Macron. Avec ses habiles interventions télévisés, il avait quasiment réussi à constituer la sacro-sainte unité nationale autour de la « guerre » contre le coronavirus. Mais les révélations d’Agnès Buzyn viennent exploser à la tête du gouvernement, alors même que celui-ci est déjà en difficulté sur la gestion de la crise. C’est un véritable scandale surtout lorsque le gouvernement en appelle au civisme et à la responsabilité individuelle des citoyens pour respecter le confinement.

Si la plainte des trois médecins entraine des poursuites et un procès, il ne faudra rien en attendre comme lors de du procès du sang contaminé. Laurent Fabius alors premier ministre et Georgina Dufoix, ancienne ministre des Affaires sociales, avaient été relaxés. Cette dernière s’était défendue sur TF1 expliquant « Je me sens profondément responsable ; pour autant, je ne me sens pas coupable, parce que vraiment, à l’époque, on a pris des décisions dans un certain contexte, qui étaient pour nous des décisions qui nous paraissaient justes. ». Ce qui a été résume en « responsable mais pas coupable ». Un illogisme que validera la justice en les relaxant. La justice bourgeoise vole toujours au soutien des représentant de la bourgeoisie.




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