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Politique

Déclarations de Macron sur l’écologie : un coup de com’ après la débâcle des municipales

Au lendemain des élections municipales qui se sont traduites par une débâcle pour LREM et une poussée d’EELV, Emmanuel Macron a reçu les 150 participants de la convention citoyenne sur le climat avec Édouard Philippe afin de leur donner sa réponse et tenter de se donner une façade verte.

mardi 30 juin

Crédits photo : AFP

Ce dimanche, la convention citoyenne a remis au gouvernement son rapport final avec 149 propositions, avec pour objectif de baisser les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici 2030. Au lendemain des élections municipales qui se sont traduites par une débâcle pour LREM et une poussée d’EELV, Emmanuel Macron a reçu les 150 participants de la convention avec Édouard Philippe afin de leur donner sa réponse et tenter de se donner une façade verte.

Certaines propositions avaient déjà été écartées. Sans grande surprise, elles étaient celles qui touchaient aux profits du grand patronat, comme la réduction du temps de travail à 28h/semaine sans réduction de salaire. Le Medef avait en effet critiqué les propositions de la convention citoyenne ; le 21 juin, on pouvait ainsi lire dans Les Échos : “Le Medef salue “le sérieux de la démarche” de la convention citoyenne, mais critique de nombreuses mesures, comme la taxe sur les dividendes ou l’interdiction des vols intérieurs. A la CPME ou à l’U2P, on regrette une vision de l’écologie “plus punitive qu’incitative”.

Plus encore, selon L’Opinion, bien qu’Emmanuel Macron ait annoncé son intention de retenir 146 des propositions, il se réserve trois “jokers”, c’est-à-dire des vetos. Le premier sur le moratoire immédiat sur le CETA, un accord économique important entre l’Union Européenne et le Canada largement critiqué par certains militants. Le deuxième sur la taxe de 4% sur les dividendes des entreprises supérieurs à 10 millions d’euros proposée par les participants pour “participer à l’effort de financement collectif de la transition écologique”. Pour Emmanuel Macron, une telle taxe reviendrait à “décourager l’investissement”. Selon lui, “il faut au contraire tirer les talents, les entreprises, les investisseurs, tous ceux qui veulent contribuer à rendre notre économie plus sobre en carbone, plus verte”. Difficile pourtant de croire à cet enthousiasme pour l’écologie de la part des groupes capitalistes quand on sait que 100 entreprises sont responsables de 71% des émissions de gaz à effet de serre. Le troisième veto, lui, concerne la proposition de limitation à 110 km/h sur l’autoroute. Craignant un Gilets jaunes bis, le président a affirmé : “je ne voudrais pas que vous connaissiez le même sort que moi, des mois de travail qui s’abîment dans une polémique”. Pour résumer, il n’est pas étonnant que les trois propositions rejetées le soient par souci économique ou politique. Une fois de plus, Macron a démontré que les profits passaient avant le climat.

Au-delà des propositions, le président a également indiqué qu’il pourrait faire recours à deux référendums. Le premier concerne la proposition de réécriture du préambule de la Constitution et montre la tentative de Macron de se racheter une caution démocratique, largement abîmée par le mouvement des Gilets Jaunes, celui sur la réforme des retraites et la crise du Covid. Pour le deuxième, le président a affirmé qu’il “laissait ouverte la possibilité” de recourir au référendum en 2021, selon l’article 11 de la Constitution, “sur un ou plusieurs textes de loi reprenant vos propositions”, “sur des sujets qui peut-être bloqueraient”. Une manière de faire pression sur les participants et la majorité.

Mais le grand coup de com des déclarations de Macron a été l’annonce de 15 millards d’euros à investir dans les entreprises pour les encourager sur la voie de la transition écologique. Reste à savoir si ces 15 milliards vont réellement être investis, et comment ils vont être utilisés. Les 20 milliards accordés aux entreprises pour les aider à affronter la crise économique qui s’annonce n’avaient, par exemple, pas empêché celles-ci de licencier massivement.

Ce n’est évidemment pas un hasard si ces déclarations surviennent le lendemain des élections municipales et de la fameuse “poussée verte”, tout comme l’annonce de la fermeture définitive de la centrale Fessenheim hier soir. Après la débâcle de LREM aux municipales, Emmanuel Macron tente de gagner à nouveau sa caution écologique, qu’il avait perdu après la démission de Nicolas Hulot, ancien ministre de l’écologie, ainsi que bien d’autres scandales écologiques qui s’étaient traduits par une mobilisation massive de la jeunesse lycéenne pendant les Marches pour le climat.

Cependant, cette façade verte ne trompe personne et la structure de la convention citoyenne, par ailleurs organisée par le gouvernement Macron, montre à quel point l’écologie a été dépolitisée, comme nous l’écrivions dans un précédent article. En effet, les 150 participants ont été répartis par groupes de travail autour de thématiques telles que “se nourrir” ou “se loger”. Un moyen de réduire la question climatique à des actions individuelles et d’occulter la responsabilité des grands groupes capitalistes dans les émissions de gaz à effet de serre.

Cette convention n’est qu’un coup de communication de plus visant à donner l’illusion que l’État s’intéresse à l’avis de la population, dans la continuité du Grand Débat organisé pendant la crise des Gilets Jaunes. Mais la crise écologique ne se règlera pas avec une convention organisée par un gouvernement qui gazait les manifestants écologistes, ou qui, il y a encore quelques mois, soutenait le projet d’exploitation minière “Montagne d’Or” en Guyane. La lutte écologiste nécessite le renversement du système capitaliste, qui repose entre autres sur le profit, la surproduction, le gaspillage d’énergies et l’agriculture intensive.




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