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Politique

Gestion répressive de la pandémie

Déconfinement. Des caméras intelligentes dans les transports en commun

A l'occasion du déconfinement, 2 000 policiers sont déployés dans les transports en commun, tandis qu'à Paris des caméras intelligentes sont utilisées pour détecter le nombre de voyageurs ne portant pas de masques.

mardi 12 mai

Crédit Photo : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Officiellement, pendant trois mois et à titre expérimental, la station de métro Châtelet à Paris sera équipée d’un dispositif permettant d’évaluer le nombre de personnes se pliant au port du masque. Dans un premier lieu, ce sont six caméras dites intelligentes qui seront installées dans des endroits stratégiques de la station. Si les voyageurs seront avertis de leur existence par des affiches, ils ne seront pas avertis de leur localisation et à terme, ce ne seront pas moins de 12 caméras qui seront installées dans l’une des stations les plus fréquentées d’Europe. Mis en place dans un but officiellement statistique, ce dispositif visant à déterminer quel pourcentage de personnes portent un masque, devrait aiguiller les politiques de sensibilisation et à terme, « améliorer le port du masque dans les transports ».

Cette expérimentation, menée par la RATP et la start-up française d’intelligence artificielle Datakalab, spécialisée dans le développement d’algorithme et d’analyse de l’image, utilise une technique d’analyse faciale et non de reconnaissance faciale, affirme Raphaël Grably, rédacteur en chef de BFM tech sur BFMTV. Pas d’inquiétude donc, puisque selon lui et d’après la start-up elle-même, aucune image ne sera stockée, collectée ou diffusée, tout sera entièrement anonyme et ce dispositif n’aurait pas de fin de verbalisation, du moins pour le moment. Car si la RATP insiste sur le caractère temporaire de ce qui n’est qu’une expérimentation, Xavier Fischer, cofondateur de la société qui s’est illustré dans le neuromarketing et qui semble reconvertir ses activités pendant la pandémie, estime que, si les résultats sont jugés satisfaisants, « si c’est utile et qu’on en a besoin sociétalement », le dispositif pourrait être maintenu.

En plus de ces caméras intelligentes, le gouvernement a annoncé le déploiement dans les transports en commun de 2 000 policiers pour « dissuader les mauvais comportements » selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. C’est-à-dire imposer les mesures sanitaires par la répression sur les quais et dans les rames métros et RER bondés, à l’heure où le gouvernement refuse toujours la gratuité des masques, ne se résout pas à mettre en place des tests de dépistage massifs, et déconfine le pays à marche forcée contre l’avis du corps médical, avec comme principal objectif la relance de la machine économique et de la pompe à profit qui va avec pour le patronat, au mépris des risques sanitaires pour la population. Les usagers du métro, forcés de retourner travailler souvent la boule au ventre de peur de se faire contaminer dans les transports en commun, devront en plus s’accommoder à la présence croissante de policiers, de l’usage des caméras de surveillance intelligentes, ainsi qu’à la possibilité de se faire verbaliser à hauteur de 135€ pour non-port du masque ou non-respect des mesures de distanciations sociales.

Par ailleurs, le groupe Technopolice dénonçait déjà à la fin du mois de février, les expérimentations en termes de vidéosurveillance intelligente menées dans le métro parisien. Selon eux, la RATP serait « régulièrement sollicitée par les industriels pour participer à des programmes de recherche-action visant à perfectionner la technicité des algorithmes ». En effet, toujours à Chatelêt, la RATP avait déjà expérimenté des algorithmes visant à détecter certaines situations, de maraudage notamment mais les résultats obtenus avaient été mitigés. Il semblerait donc qu’un tel dispositif soit remis au goût du jour, cette fois au service de le gestion policière de la crise sanitaire par le gouvernement.

Sur son site internet, Datakalab présente son procédé comme « pédagogique et bienveillant plutôt que coercitif » en distribuant et promouvant le port du masque dans les lieux publics mais aussi en ce qu’il s’agit de « rassurer et garantir la sécurité́ sanitaire du personnel et du public ». Déjà en place dans trois marchés de la ville de Cannes depuis le 23 avril, ce dispositif s’étend donc désormais au métro parisien. Et si la méthode « fait ses preuves », il est tout à fait envisageable que le gouvernement décide d’instaurer de nouvelles mesures répressives via la reconnaissance faciale dans un futur plus ou moins proche, pour mettre des amendes à ceux qui ne porteraient pas de masque et que ces caméras intelligentes détecteraient. La reconnaissance faciale a fait ses premiers pas en France dans la ville de Nice, après 2016 dans le sillage de l’Etat d’urgence et des politiques autoritaires et anti-pauvres du maire Les Républicains Christian Estrosi.

Face à la pandémie, la réponse du gouvernement est essentiellement répressive, et profite de la crise sanitaire pour s’en prendre aux droits démocratiques en renforçant la présence et la surveillance policière. Une stratégie loin d’être à la hauteur de la situation, qui s’attaque à la population et non au virus, à l’heure où le gouvernement refusent la gratuité des masques, et ne met toujours pas en place de campagne de dépistage massive, pourtant seule solution pour venir à bout de la pandémie.




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