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Politique

Déconfinement le 11 mai : des études scientifiques s’inquiètent d’une deuxième vague

Ce jeudi, Édouard Philippe était attendu pour détailler le plan de déconfinement. Il est désormais certain que le confinement prendra fin le 11 mai pour toute la France, hormis Mayotte. Pourtant, la stratégie de déconfinement prévue par le gouvernement est irresponsable et insuffisante pour éviter une deuxième vague.

samedi 9 mai

Le premier ministre Edouard Philippe a détaillé ce jeudi le plan de déconfinement. Toute la France sera donc bien déconfinée le 11 mai -à l’exception de Mayotte. Pourtant, jusqu’au dernier moment, l’Ile-de-France faisait l’objet d’un énorme doute. Le département, dans lequel le nombre de patients en réanimation est encore trop élevé, est passé à deux doigts d’un prolongement de confinement, ce qui aurait été probablement plus raisonnable. Le virus circule énormément dans cette zone, et malgré les inquiétudes, le gouvernement fait quand même le choix de déconfiner, Encore une fois, on voit à quel point le gouvernement veut forcer le retour à la normale à tout prix. Pour se donner quand même « bonne conscience », des mesures spécifiques à l’Ile-de-France ont été prises : les transports en communs en heures de pointes ne seront accessibles que sur attestation, les parcs et les jardins seront fermés.,. Mais ces mesures sont clairement insuffisantes. Sans une stratégie de déconfinement adéquate, la deuxième vague risque de repartir très vite et de manière exponentielle.

La communauté scientifique s’inquiète d’une deuxième vague

Dans les circonstances actuelles, il semble y avoir un consensus autour d’un risque fort de deuxième vague, s’il n’y a pas des mesures plus adaptées à la réalité du virus et des systèmes de santé, et non pas adaptées aux intérêts du patronat. Tel qu’il est prévu aujourd’hui, le déconfinement en France sera un échec.

Une étude réalisée par l’Inserm et l’Université de la Sorbonne s’appuie sur l’impact du virus sur le système de santé en Ile-de-France (là où l’épidémie est la plus forte) ; et en fait la déduction qu’une deuxième vague est inévitable si les mesures de distanciation sociale ne sont pas prises (le minimum prévu par le gouvernement), mais aussi sans des dépistages massifs, et l’isolement des personnes porteurs du virus ainsi que leur contact. Or, le gouvernement ne prévoit aucune stratégie sanitaire en dehors de la distanciation. Selon Vittoria Colizza, co-réalistarice de l’étude : « Si 25 % seulement sont identifiés, nous aurions à affronter une seconde vague plus intense que la première, débutant fin juin avec des capacités de réanimation dépassées jusqu’en août. »

Une deuxième étude vient confirmer cette analyse selon laquelle une deuxième vague est inévitable dans ces termes. Publiée par Public Health Expertise ce mercredi, l’étude recrée la circulation du virus au sein d’une population fictive de 500 000 personnes, avec la possibilité de modifier et d’ajuster plusieurs paramètres, pour voir quels seraient les impacts du virus selon les mesures prises. Avec les seules mesures prises par le gouvernement -la distanciation sociale et le port du masque généralisé, le résultat est sans appel. Même si ces deux mesures permettront en effet de réduire de 75 % le risque de contamination, le nombre de cas graves serait tellement élevé, que les capacités en service de réanimation seraient saturées à nouveau dès juillet, et un nouveau confinement serait inévitable.

L’étude suggère alors, toujours selon sa simulation, quelles mesures il faudrait ajouter pour éviter un scénario catastrophe d’une deuxième vague et d’un deuxième confinement. Il faudrait prolonger le confinement pour toutes les personnes à risque ou âgées de plus de 65 ans jusqu’à la fin de l’année, mais aussi retarder la réouvertures des établissements scolaires au mieux à la rentrée de septembre, sinon au moins au 8 juin, et évidemment un plan de dépistage massif qui permettrait d’isoler et de localiser le virus. Ces suggestions ne sont pas nouvelles, ont déjà fait leurs preuves dans d’autres pays, et devraient être le minimum syndical pour éviter une nouvelle vague. Pourtant, malgré la connaissance de ce risque, le gouvernement ne semble pas déterminé à faire une croix sur son illusoire « retour à la normale ».

Face à un gouvernement qui fait passer l’économie devant nos santés : imposons des mesures d’urgences

Que ça soit en France ou dans le monde entier, l’ingérence de la crise par les différents chefs d’États est frappante. La bourgeoisie est dans l’incapacité totale de prendre des mesures adéquates et radicales d’endiguement. Cette crise est celle des capitalistes. Il est hors de question que ça soit aux plus précaires de la payer. Avec la stratégie de déconfinement actuel, la reprise du travail va être dure, les travailleurs vont être réquisitionnés cet été pour faire un « effort de guerre », pour relancer l’économie en étant encore plus exploités que d’habitude. Les écoles qui ouvrent sont le risque de multiplier des foyers de contaminations. Le manque de mesures sanitaires ne va faire qu’accroître la circulation du virus, surtout dans le cas de reprise des écoles et des usines. Dans le cas d’une deuxième vague, c’est tout le personnel hospitalier qui va être plus bas que terre. Le manque de moyens et de lits dans les hôpitaux fait vraiment redouter une deuxième vague qui pourrait être fatale. Selon le chef de servie en réanimation Alexandre Demoule : « Nous sommes comme une équipe de foot qui vient de gagner un match et à qui on demanderait de rejouer le lendemain ».

Le gouvernement ne réglera pas cette crise. C’est à nous d’imposer des mesures d’urgences, et d’incarner un programme pour la classe ouvrière et tous les opprimés dans cette crise du Covid19. Nous avons besoin de masques gratuits pour toutes et tous. Ce n’est pas possible de risquer une amende de 135 euros pour non port du masque, sans assurer derrière que tout le monde puisse s’en procurer un. Nous demandons également la fermeture de tous les établissements scolaires jusqu’à la rentrée de septembre minimum. Car les équipes pédagogiques ne sont pas et ne seront pas la garderie du MEDEF, nous demandons des tests et des dépistages massifs, gratuits, et accessibles pour toutes et tous. Nous n’allons pas attendre que le gouvernement gère cette crise de manière catastrophique ; c’est en ce sens que Révolution Permanente propose 12 mesures d’urgences pour que ça soit aux capitalistes de payer leur crise.

Crédit photo : Ludovic MARIN pour France 3




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