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Politique

Discrimination à l'embauche

Déferlante islamophobe dans les grands médias après qu’une femme voilée se soit vue refuser son CV par Etam

Une jeune femme affirme, sur une vidéo de Twitter, qu’on lui a refusé son CV dans une boutique d’Etam à Montpellier par la seule raison de porter un voile. L’affaire déclenche une grande déferlante dans la presse et les réseaux sociaux qui révèle l’omniprésence de l’islamophobie dans les grands médias.

Ce lundi 11 mars une jeune femme publie une vidéo sur sa page Twitter dénonçant la discrimination dont elle a été victime chez une boutique d’Etam et fait appel au boycott de l’entreprise. Elle explique avoir voulu déposer son CV et sa lettre de motivation dans la boutique où l’employée responsable, en voyant son voile, refuse de prendre sa candidature en affirmant qu’elle n’acceptait pas de “voilées” : « J’ai parlé avec une dame, c’était la responsable. Elle était souriante au début et là, j’ai demandé s’il était possible de déposer mon CV et ma lettre de motivation. Là, elle me regarde et me dit : ’Non mais c’est une blague ? J’espère que vous n’êtes pas sérieuse. Vous êtes voilée et vous me demandez un travail ? En plus, il y a deux jours, c’était la journée de la femme’ ». En effet, la responsable du magasin affirme ne pas accepter sa candidature non pas par “racisme” mais pas “féminisme”, sous-entendant que son entreprise défend les droits des femmes alors que ses affiches publicitaires véhiculent un prototype de femme sexiste et malsain. La marque française a présenté ses excuses par Twitter expliquant que l’attitude de l’employée était « contraire aux valeurs » d’Etam.

D’un point de vue juridique, le Code de travail déclare que tout travailleur a le droit d’exposer ses croyances mais affirme en même temps que les signes distinctifs d’un employé ne doivent pas perturber la relation de service entre l’entreprise et ses clients. La loi El Khomri autorise donc aux entreprises à avoir leur propre règlement intérieur concernant l’autorisation de manifester les croyances religieuses, pour le cas d’Etam, sa politique de “neutralité” interdit le port du voile. La Cour de justice européenne (CJUE) déclare « qu’une règle interne d’une entreprise interdisant le port visible de tout signe politique, philosophique ou religieux ne constitue pas une discrimination directe ».

Si la discrimination au travail est donc autorisée, il est en revanche tout autrement de la discrimination à l’embauche : nul ne peut théoriquement se voir refuser l’accès à un emploi pour ses convictions religieuses ou politiques. C’est même Macron en personne qui le rappelait, interpellé par une femme voilée lors du Grand Débat : « Si parce que vous portez un foulard vous n’êtes pas embauchée, c’est une discrimination à l’embauche ».

Pourtant, cela n’a pas empêché une surenchère dans les grands médias et les réseaux sociaux particulièrement nauséabonde.

Robert Ménard, co-fondateur de l’association Reporters sans frontières et actuellement maire de Béziers a posté sur Facebook : « Venir chercher un job en arrivant voilée chez Etam, il fallait oser. La société française ne doit pas céder. L’islamisme tente de s’infiltrer partout au risque de disloquer notre nation… ».

On peut aussi mentionner le sous-titre du Figaro, le journal affirme que le licenciement d’une employée accusée témoignerait de « notre faiblesse face à l’islamisme qui cherche à imposer sa loi ».

Mais la palme d’or revient surement à cet article publié sur Causeur.fr : « Le hijab, la « French Liberté » des femmes d’Etam » où l’auteur accuse l’entreprise Etam de « s’incliner devant l’Islam politique » et d’être « plus attaché à sa clientèle islamo-gaucho-militante qu’aux droits des femmes » et suggère qu’accepter une employée qui porte un voile signifie s’éloigner « de la décence, de la raison et de l’éthique ». Le journal critique le slogan de l’entreprise « 100 ans d’audace, de légèreté, de sexiness à la française » et propose un nouveau slogan : « 100 ans de soumission, de pesanteur, et de dissimulation honteuse du corps des femmes ». L’auteure en vient même à comparer le voile à un t-shirt de propagande du KuKluxKlan : « Le hijab est comme un t-shirt politique. Une femme en hijab est comme un afro-américain qui porterait l’emblème du KuKluxKlan ». L’article soi-disant « féministe » se gardant évidemment bien les campagnes de faire une quelconque critique aux campagnes sexistes organisées régulièrement par la marque de sous-vêtements.

Cette affaire montre, qu’à rebours de ce qu’essaye de démontrer les réactionnaires à l’affût, l’islam est très loin de disposer d’un régime de faveur en France. Outre le fait que le droit prévoit un certain nombre de dispositions islamophobes, à l’image de la loi sur l’interdiction du foulard intégral, les déclarations suscitées montrent la très large permissivité quand il est question d’islam. Il leur semble ainsi tout à fait normal de défendre un cas de discrimination à l’embauche, censé pourtant être pénalement répréhensible en théorie. Dans le cas de Causeur.fr, il s’agit même d’un appel à la haine déguisé en comparant le voile à un emblème du KuKluxKlan.

Cette surenchère islamophobe, quasi-systématique dans une bonne partie des grands médias quand il s’agit de l’islam, alimente une haine constante à l’égard des musulmans. Une haine qui apporte son lot de violences, à l’image des actes islamophobes qui se multiplient ces dernières années. Une haine qui a tué au moins 49 personnes lors d’un attentat islamophobe en Nouvelle-Zélande, une nouvelle qui est tombée au moment même où nos chroniqueurs agitaient leurs venins sur leurs plateaux télé et dans leurs colonnes.




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