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Du Pain et des Roses

Droits des femmes

Déferlante islamophobe : pour un féminisme anti-raciste, internationaliste, qui lutte contre toutes les violences !

Un communiqué des militantes de Du Pain et des Roses pour dénoncer la déferlante islamophobe actuelle, et en défense d'un féminisme révolutionnaire, anti-raciste, internationaliste contre un féminisme civilisationnel, bourgeois, républicain et raciste !

jeudi 17 octobre

[Communiqué]

Ces derniers jours ont été marqués par une déferlante islamophobe. Une surenchère déclenchée par le gouvernement et l’extrême droite, avec les déclarations de Macron et de Castaner pour encourager des pratiques de délation au prétexte de la lutte contre le terrorisme, celles de Blanquer pour l’interdiction des sorties scolaires pour les mères accompagnatrices portant le voile, et l’agression sexiste et islamophobe d’une femme musulmane par un élu RN.

Si l’on parle de surenchère et d’offensive islamophobe c’est bien pour souligner que l’islamophobie, le racisme d’Etat est au cœur de l’Etat et de la République française depuis toujours. L’agression d’une femme qui portait le voile alors qu’elle accompagnait une sortie scolaire par un élu du RN s’inscrit dans la continuité des politiques gouvernementales et d’une idéologie raciste, islamophobe, sexiste distillé depuis des années par les différentes forces politiques et relayée par les médias. Une idéologie qui vise au nom de la laïcité et des principes de la République à stigmatiser, violenter, exclure, persécuter la population musulmane.

Comme le rappelait Françoise Vergès dans un post Facebook en réaction à l’interdiction du voile pour les accompagnatrices scolaires, le « dévoilement » des femmes musulmanes est à l’origine un geste militaire colonial utilisé sur les territoires colonisés par la France.

C’est au nom des droits des femmes et des valeurs civilisatrices de la nation française, qu’hier l’Etat français a persécuté ces femmes dans les pays qu’il a colonisé. Aujourd’hui, c’est au nom de ces mêmes principes, de la « libération » des femmes musulmanes, qu’il perpétue cette persécution sur le territoire français, tout en continuant de piller, d’exploiter les anciens pays colonisés.

Suite aux déclarations de Castaner et de Blanquer, il y a un cap qui a été franchi dans l’islamophobie et le racisme. Ainsi, ce n’est plus seulement le voile qui serait signe de « radicalisation islamique » et susceptible de sanctions, mais tout un ensemble de signes physiques, de pratiques culturelles et religieuses qui devraient être « signalées ». En réalité, ce à quoi l’on assiste depuis de nombreuses années c’est la volonté, au nom des principes de laïcité et de neutralité, d’étendre l’interdiction du port du voile dans les services publics à l’ensemble de la société et de contrôler, traquer, condamner toute personne musulmane.

Cette véritable incitation à la haine des musulmans et à leur traque, ne peut qu’avoir des conséquences terribles sur la vie quotidienne de toute une partie de la population. Les femmes musulmanes sont depuis des années, et aujourd’hui plus encore, victimes d’exclusion, d’humiliation, d’agressions, de licenciements à cause des lois promulguées sur l’interdiction du port du voile à l’école, et du niqab et de la burqa dans l’espace public. Ce à quoi s’ajoute une propagande continue sur le fait qu’elles seraient des femmes soumises, sous le joug de leurs pères et maris, qui ne travaillent pas, refusent de s’intégrer et sont maintenant considérés comme de potentiels terroristes.

Tout ceci a pour conséquence de les discriminer dans leur vie personnelle, leurs études, leur recherche d’emploi voire de faire peser sur elles la menace d’un licenciement au motif qu’elles portent le voile et refusent de l’enlever. Pour ces cas de licenciement pour refus d’enlever le voile sur leur lieu de travail, la justice estime que « les restrictions à la liberté religieuse doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir ». Au prétexte de la nature de la profession et d’un « principe de neutralité » qui contraindrait les employés que sont autorisés et justifiés juridiquement les licenciements dans les entreprises publiques. La justice recommande depuis aux entreprises privées d’inclure ce principe de neutralité dans leur règlement pour pouvoir mieux justifier des licenciements. Il s’agit d’une exclusion raciste (fondée sur des arguments juridiques) des femmes musulmanes de tout un ensemble de métiers en les orientant consciemment vers certains postes où elles seront « invisibles », ou à les conduire directement vers le chômage.

L’hypocrisie sans nom de tout cela est que le port du voile et les croyances ne dérangent pas l’Etat et les employeurs quand il s’agit de trouver de la main d’œuvre (payée une misère) dans le secteur du nettoyage, du soin à la personne, ou encore de l’éducation. Le voile ne dérangeait d’ailleurs pas non plus Blanquer et l’éducation nationale jusqu’à récemment, quand il s’agissait de trouver des accompagnatrices pour les sorties scolaires qui font ce travail d’accompagnement et d’encadrement gratuitement.

Les propos d’une femme et mère musulmane interrogée suite à l’agression de Fatima E. par le député RN illustre parfaitement cela : « Ces sorties, c’est quelque chose qu’on peut faire avec nos enfants, vu qu’on n’a pas le droit de travailler avec un voile... Moi je suis technicienne en informatique et personne n’a voulu m’embaucher avec mon voile. D’un côté, on dit qu’on n’est pas investie et quand on veut s’investir, ils nous en empêchent parce qu’on est voilées... ». Le gouvernement n’a que faire de l’oppression des femmes et des femmes musulmanes, la seule chose qu’il fait c’est de contribuer au contraire à leur exclusion, leur précarité, leur isolement, et à les exposer à de multiples violences.

« Le problème de l’école, c’est pas les femmes voilées, c’est les effectifs » a ainsi déclaré hier une femme musulmane sur France Inter.

En effet, alors qu’une grande majorité de la population alerte et exige des changements dans la situation sociale, le gouvernement a choisi de jouer la carte du racisme et de l’islamophobie en agitant « l’hydre islamique ». Pendant que les professeurs demandent des comptes après le suicide de Christine Renon, le Ministre Blanquer polarise et veut diviser en parlant des accompagnatrices voilées ou encore en incitant à aller jusqu’à « signaler » des enfants. C’est ce que pointe de manière très juste cette femme.

En tant que féministes, marxistes, révolutionnaires nous dénonçons l’hypocrisie des gouvernements, de tous les ministres dont Marlène Schiappa, mais aussi le silence, quand ce n’est pas le soutien, à des lois ou des politiques islamophobes, des organisations et collectifs politiques de gauche qui prétendent lutter contre toutes les violences faites aux femmes et en réalité cautionnent le racisme d’Etat. Celui-ci contribue à diviser et affaiblir les femmes de notre camp.

L’islamophobie et le racisme sont des violences faites aux femmes musulmanes. Ce racisme d’Etat persécute les personnes musulmanes en France et sert à justifier des interventions militaires meurtrières pour des centaines de milliers de femmes dans le monde. C’est pourquoi la lutte pour l’émancipation des femmes est une lutte politique contre ceux, et celles aussi, les capitalistes, sexistes, racistes et impérialistes qui dirigent, commandent la société d’aujourd’hui. Celles et ceux qui sont responsables de l’exploitation et de l’oppression de la majorité des femmes et de la population dans le monde.

C’est dans ce sens que nous exigeons l’abrogation de toutes les lois islamophobes et racistes, l’ouverture des frontières et la liberté de circulation, ainsi que le droit des femmes à disposer de leur corps, à choisir librement leur tenue, leur croyance (ou non), leur vie et leur sexualité. Et tout ceci en toute indépendance de l’Etat impérialiste et de ses institutions !




Mots-clés

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