Rien de virtuel

Del Caño, le trotskyste préféré des jeunes

Julien Anchaing

Ophelia Raggio

Del Caño, le trotskyste préféré des jeunes

Julien Anchaing

Ophelia Raggio

Il a le vent en poupe sur les réseaux sociaux, il a défrayé la chronique lors des deux débats télévisés, il est invité par les youtubeurs les plus connus. Mais Nicolás del Caño n’est pas seulement le candidat le plus suivi, virtuellement. Sa campagne, militante, s’adresse à la jeunesse qui l’écoute avec particulièrement d’attention.

Rebelle ou précarisée, vie et avenir de la jeunesse au temps du FMI. Il ne s’agit pas d’un roman posthume de Gabriel García Márquez, mais bien du livre que le candidat à la présidentielle pour le Front de Gauche et des Travailleurs (FI-U) a publié, fin juillet, pour accompagner sa campagne. Cet ouvrage qui propose une histoire de la précarité et de la jeunesse, depuis les années les plus dures des contre-réformes néolibérales jusqu’à la présidence de Macri, s’adresse tout particulièrement aux plus jeunes, car c’est de leurs problèmes, de leurs préoccupations, de leurs inquiétudes mais également de leurs combats et de leurs résistances qu’il est tiré. L’ouvrage, petit succès en librairie, présente quelques-unes des propositions du candidat pour la jeunesse,« une force absolument fondamentale pour donner corps à un projet révolutionnaire qui vaille la peine d’être défendu », selon Del Caño.

Arrivé en quatrième position lors des élections primaires du mois d’août, Del Caño a littéralement crevé l’écran lors des deux débats télévisés organisés avant le premier tour, les 6 et 20 octobre. Aucun des autres candidats ne s’attendait à sa percée, encore moins le président sortant, Mauricio Macri, ni le favori du scrutin, le péroniste Alberto Fernández. Et tout en étant très dialoguant avec celles et ceux qui pensent devoir « voter utile » pour sortir la droite, au pouvoir depuis 2015, Del Caño n’a pas épargné Fernández tout en étant très dur à l’égard du bilan de Macri. Quand les journalistes lui posent la question « Venezuela », il n’hésite pas à traiter le président de « lèche-bottes de Trump » pour son appui à l’interventionnisme et son soutien à Guaidó, tout en prenant sur son temps de parole pour réaliser une minute de silence en hommage aux manifestants et aux manifestantes d’Equateur qui ont fait reculer le gouvernement pro-FMI de Moreno, question que Fernández s’est bien gardé d’évoquer. Et pour cause, lui-même n’entend pas remettre en cause la mainmise du Fonds sur l’économie du pays. Dans la capitale, le FIT-U a par ailleurs choisi de conclure sa campagne par une mobilisation et un meeting devant le Consulat chilien de Buenos Aires, en solidarité avec l’insurrection contre l’ordre néolibéral dans le pays voisin.

En fin d’émission, lors du premier débat, alors que les deux principaux candidats se refusent encore aujourd’hui de se prononcer sur la question de l’IVG, Del Caño montre le foulard vert, symbole du mouvement des femmes et du mouvement pro-IVG en Argentine, qu’il porte à son poignet.

Sur la question des drogues, dans un pays qui est l’une des plaques tournantes du trafic dans lequel les forces de répression ont partie liée avec les pires mafias, il n’a pas hésité à se prononcer clairement pour la légalisation sous contrôle de l’Etat comme la meilleure réponse en termes de prévention et de santé publique, une façon également de dénoncer une police qui mène une guerre extrêmement violente contre la jeunesse populaire au nom de la lutte contre les trafics alors qu’elle en est l’un des principaux acteurs.

En écho aux grandes mobilisations internationales de la jeunesse sur les questions climatiques, mais également en lien avec les luttes, locales, en Argentine, contre l’agrobusiness, la déforestation au profit de la culture intensive du soja transgénique, de l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste au détriment de la protection de l’environnement et souvent en violation de la défense de l’intégrité territoriale des communautés autochtones, Del Caño et les candidats du FIT-U ont été très clairs, dans leurs propositions, en lien avec une écologie de combat, anticapitaliste.

On comprend mieux, dans ce cadre, sa popularité, auprès des jeunes, sur les réseaux sociaux, auprès des youtubeurs les plus suivis en Argentine, le soutien que lui ont apporté des personnalités du mouvement féministe, des artistes, mais également le morceau de trap réalisé en son honneur par un anonyme et qui a fait plus de 2,7 des millions de vue.

La campagne de Del Caño, donc, a été en prise avec les préoccupations de la jeunesse, notamment de la jeunesse travailleuse, en lien avec les questions de précarité, de travail au noir, de temps partiel imposé, de chômage et de pauvreté dont les premières victimes sont, précisément, les plus jeunes. Pas étonnant, dans ce cadre, que Del Caño ait conforté sa place sur l’échiquier politique argentin, notamment auprès des plus jeunes. Le pari et la gageure, maintenant, est de transformer cette sympathie et ces soutiens non seulement en termes de voix, au premier tour, mais également en termes d’organisation, au quotidien, sur les lieux d’étude, dans les quartiers et dans les entreprises.

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