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Politique

Après l'affaire Sarkozy

Délinquance en col blanc. Le patron de l’UDI en garde à vue pour détention d’armes

Le président et député de l'UDI Jean-Christophe Lagarde a été placé en garde à vue ce jeudi après une intervention de la police à son domicile pour un « différend familial », avant d'être libéré dans la soirée. L'ancien maire de Drancy détiendrait des armes non-déclarées. Une enquête préliminaire est ouverte.

jeudi 11 mars

Ce jeudi 11 mars, la police est intervenue au domicile du président et député UDI (Union des Démocrates et Indépendants), Jean-Christophe Lagarde. Son avocat, Me Yvon Goutal a déclaré à la presse, concernant les raisons de cette intervention policière très tôt dans la matinée : « Ce qui se dessine c’est un différend familial sans gravité ». Selon une source de l’AFP, c’est la famille de Jean-Christophe Lagarde qui a appelé la police pour le « protéger de lui-même », sans donner plus d’informations.

Les motifs de sa mise en garde à vue aux alentours de 5 heures du matin en revanche, sont liés à la présence de plusieurs armes au domicile de cet ancien maire de Drancy. Son avocat et le porte-parole de l’UDI se sont empressés de le défendre. Me Goutal déclarait notamment à la presse qu’il n’y a eu « absolument aucune violence d’aucune sorte, simplement les services de police ont peut-être pris peur en trouvant au domicile des armes qui sont régulièrement détenues dans le cadre de la pratique du tir sportif ». Et Pascal Brindeau, porte-parole de l’UDI et également député, a décrété : « Les armes sont déclarées, ce sont des carabines de catégorie B, car Jean-Christophe Lagarde est membre d’un club sportif. Il n’y a pas eu d’acte de violence ni contre lui-même, ni contre d’autres ».

Mais le récit des journalistes de France Télévision diffère quelque peu de la version donnée par les proches du députe : « La police a été appelée à son domicile vers 1 heure du matin et en arrivant sur place, les policiers ont entendu un tir. Un tir qui n’a pas fait de blessé mais en pénétrant dans le pavillon, ils ont découvert des armes ». Europe 1 ajoute dans ce sens : « Mais dans un coffre, l’élu stockait aussi d’autres armes non déclarées. » Dans la journée qui a suivi, des vérifications auraient été effectuées pour déterminer la légalité de cette détention d’armes, mais à l’heure actuelle, le parquet n’a pas donné plus d’informations. La garde à vue a été levée dans la soirée et une enquête préliminaire a été ouverte.

Jean-Christophe Lagarde n’est pas novice en matière de scandales et de polémiques. En effet, depuis que l’UDI a pris la mairie de Bobigny en 2014, lui-même ancien maire de Drancy s’est trouvé au cœur d’accusations graves – qui ne semblent toutefois pas avoir de rapport direct avec sa garde à vue actuelle.

Le « système Lagarde » est analysé dans un article de StreetPress intitulé « Clientélisme, emplois fictifs et rémunérations indues : de lourds soupçons pèsent sur la mairie de Bobigny ».

En 2012 et 2013 il avait été poursuivi pour des affaires qui se sont déroulées durant son mandat de maire. Un article du Parisien de l’époque, relate ainsi : « Il a par ailleurs été condamné fin décembre à 5 000 € d’amende pour attribution illégale de marché public, dans le cadre confidentiel d’une procédure de plaider-coupable à Paris. Enfin, Jean-Christophe Lagarde a dû discrètement rembourser (51 712 €) à la municipalité de Drancy les frais qu’elle avait indûment engagés au profit de l’association politique du maire. »

En 2017, un conseiller municipal de l’opposition à Drancy avait également porté plainte pour détournement de fonds publics sur fond de soupçons d’emploi fictif en ce qui concerne Aude Lavail-Lagarde, assistante parlementaire, entre 2002 et 2014.

Cette nouvelle affaire, impliquant la mise en garde à vue de Jean-Christophe Lagarde, comporte encore bien des zones d’ombre. Mais après le soutien et la complaisance de la caste politique à Sarkozy malgré sa condamnation pour corruption et trafic d’influence, après la relaxe de Balladur dans l’affaire Karachi malgré l’accusation d’abus de bien sociaux, il y a fort à parier que le patron de l’UDI bénéficiera de la même impunité que ses pairs quand il s’agit de couvrir les délinquants en col blanc.