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Notre classe

Toujours plus exploités, les livreurs sont toujours plus mobilisés

Deliveroo. Les livreurs en grève contre la chute de leurs salaires

Ça en deviendrait presque un marronnier. C'est la troisième année que Deliveroo profite de l'été pour réduire les tarifications des courses. En effet, durant la période estivale de nombreux livreurs partent en vacances et sont remplacés par des saisonniers, que les patrons espèrent moins à même de se mobiliser. Cependant, c'est aussi le troisième été que les livreurs se rassemblent et se mettent en grève pour défendre leurs conditions de travail et leur rémunération.

mardi 6 août

Livreur durant deux ans, j’ai moi-même participé aux rassemblements des années passées et force est de constater que la colère ne faiblit pas et qu’elle s’accroît même d’année en année. Après l’annonce de la suppression des tarifs minimums par Deliveroo fin juillet (qui étaient de 4, 70 €) la colère est réelle et palpable chez les coursiers. Il faut dire que la baisse est significative de 30 % à 50 % du chiffre d’affaire par course. Rappelons que les livreurs, parce qu’ils sont employés au statut d’auto-entrepreneurs, ne gagnent pas un salaire mais un chiffre d’affaire, auquel il faut retirer les cotisations de 25 %, l’entretien du scooter/vélo, le forfait du téléphone, etc. et qu’ils n’ont pas le droit aux cotisations chômage, retraites, aux congés payés, etc. qu’il faut également retirer du CA pour comparer les rémunérations avec les autres salariés. Autrement dit la baisse du chiffre d’affaire par course entraîne une baisse directe de ce que gagne un livreur, dont la rémunération est déjà faible.

Les livreurs ont, dans de nombreuses villes de France telles que Tours, Besançon et Toulouse, Nice, Gre-noble, Limoges, arrêtés spontanément le travail début août. D’autres villes ont suivi comme Nantes ou Paris où le rassemblement était très important (entre 100 et 150 coursiers se sont retrouvés place de la République). Mais conscients qu’un rassemblement ne suffirait pas, les coursiers ont participé à une grève active. Ils se sont rendus devant les restaurants samedi soir pour demander aux restaurateurs de couper l’application, ce qu’un bon nombre a fait par solidarité. Lorsque les restaurateurs refusaient les livreurs klaxonnaient et faisaient un maximum de bruit dans une ambiance bon enfant devant le resto jusqu’à ce que celui-ci accepte d’éteindre la tablette. Les livreurs repartaient alors vers un autre restau-rant. Résultat il n’était plus possible de commander dans de nombreuses zones de Paris : Belleville, PO (Paris Ouest) et PCN (Paris centre Nord) pour ne citer qu’elles.

Cette démonstration montre qu’au-delà des poncifs sur la fin du prolétariat ou le dépassement de la grève il est possible pour les travailleurs, même atomisés, de construire des mouvements et des solidari-tés. Il est possible pour les travailleurs de relever la tête face à l’exploitation. Certes, ce n’est jamais simple, mais les livreurs montrent qu’avec de l’organisation, une stratégie et de l’imagination on peut s’opposer à des multinationales telles que Deliveroo.

La startup anglaise qui a récemment réalisé une levée de fonds de 575 millions d’euros (qui marque l’entrée d’Amazon au capital) fait jusqu’à présent la sourde oreille. Habituée aux mensonges elle affirme que la majorité des livreurs sont satisfaits du changement de tarification et se refuse à commenter la grève jouant le pourrissement de la situation et attendant que les livreurs, précaires, retournent au travail pour survivre. Les livreurs, bien que le mouvement actuel soit le plus important que l’on ait connu en France, ont cependant encore de nombreuses étapes à franchir avant d’espérer une victoire. Ils doivent se coordonner au niveau national dans un premier temps pour se mobiliser au même moment dans toutes les villes et au niveau européen dans un second temps avec tous les pays touchés par cette exploitation spécifique, construire des collectifs pérennes qui permettent de dépasser d’atomisation et le turn over, mais doivent également se lier à d’autres secteurs précaires de notre classe pour des actions communes. Enfin, il serait illusoire de penser que la question des rémunérations se gagnera uniquement sur le plan syndical, elle est également politique puisque c’est le statut d’auto entrepreneur qui permet à la multinationale de changer les tarifications de manière unilatérale. Ce statut, crée par Sarkozy en 2008, protégé par le PS et adoubé par LREM permet de se passer des acquis sociaux qui protègent les travailleurs. L’Etat français est donc également responsable de la situation, mais comme à son habitude il préfère défendre les intérêts des multinationales que ceux des travailleurs.

Quoi qu’il en soit, la mobilisation n’est pas finie avec des rassemblements prévus mercredi et samedi dans plusieurs villes, des actions "surprises" sont également à prévoir, de quoi appuyer le rapport de force en faveur des livreurs. C’est donc avec ma double casquette d’ancien livreur et de militant communiste que je regarde ce mouvement et souhaite tout le courage et la réussite aux coursiers mobilisés : vous êtes un exemple pour notre classe !

Crédits photo : CLAP




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