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Politique

Démission de Rubirola. Retour vers le PS et fin de l’illusion du Printemps marseillais !

A Marseille, le printemps marseillais ne cesse de s'enfoncer, après l'enthousiasme provoqué par l'élection de Michèle Rubirola à la mairie, les manœuvres et affaires ont peu à peu laissé place à la désillusion. La démission de la maire remplacée par Benoit Payan, figure du Parti Socialiste, est un dernier coup au projet et à ses soutiens. Retour et bilan sur le Printemps Marseillais.

vendredi 25 décembre 2020

Crédits photos : : Archives CLEMENT MAHOUDEAU AFP

Le printemps marseillais ou un nouveau projet d’union de la gauche

L’acte de naissance du Printemps Marseillais réside dans la tribune publiée dans le journal Libération le 11 Juillet 2020, signé alors par plus de 3000 marseillais et par un panel de personnalités représentant une grande partie des forces politiques de la gauche et de l’écologie phocéenne mais aussi des associations et collectifs citoyens. Le projet est alors simple, rassembler le plus largement possible et mettre fin au très long règne politique de Jean-Claude Gaudin, maire sans partage, de Marseille depuis plus de 25 ans.

La tribune appelle alors à la « construction d’un rassemblement inédit pour conquérir la ville de Marseille et donner un avenir solidaire, démocratique et écologique à ses habitants, développant dès maintenant de nouvelles formes de pouvoir citoyen ». Appel qui aboutira le 4 juillet 2020 à une victoire d’une liste du printemps marseillais aux élections municipales autour d’une coalition entre des collectifs citoyens, le parti communiste, le parti socialiste, la France Insoumise, le Parti Radical de Gauche (PRG), Génération.s, Place Publique et Europe Ecologie Les Verts, et à l’élection de Michèle Rubirola à la mairie. Le projet est alors simple, monter une liste, composée à 50% de citoyens marseillais issus des associations et à 50% de personnalités venant de groupes politiques de la gauche, à même de remporter la mairie marseillaise.

La démission de Michèle Rubirola ou plutôt le troc entre la maire et son premier adjoint Benoît Payan, historique du parti socialiste, est le dernier signe d’un immense fiasco, émaillé par les tractations, les jeux politiques, les désillusions nombreuses et les trop grandes difficultés. Rien n’aura été simple pour le Printemps Marseillais et ce dès de sa création, dans le choix d’une liste du mouvement à présenter pour les municipales. Le 9 et 10 Janvier, les votants qui intronisaient Michèle Rubirola étaient déjà deux fois moins nombreux que les 5000 signataire du manifeste du mouvement publié sur Libération. En effet, seul 2157 marseillais sur les 5000 signataires décidaient de nommer à 96% pour, Michèle Rubirola, comme tête de liste municipale et nombreux étaient alors déjà les discours critiques et désabusés sur l’état du mouvement.

Michèle Rubirola, personnalité politique peu connue, seule alors capable de concilier les différents appareils politiques et les différentes volontés, incarnait alors plus un choix par défaut, plus qu’un véritable plébiscite tant le mouvement fut longtemps incapable de s’accorder entre les différentes volontés politiques. Benoît Payan a longtemps incarné ces difficultés à trouver une personnalité qui provoque le consensus, historique du part socialiste désireux d’incarner le projet mais forcé de laisser place après le refus catégorique de la France Insoumise et des collectifs citoyens. Sophie Camard, insoumise, relate au Monde les difficultés à mettre en place une tête de liste et les relations pour le moins froide Benoit Payan : « Je suis restée quinze jours sans nouvelles de lui et je commençais à monter ma propre liste ».

Un début de mandat particulièrement compliqué

C’est donc à la tête d’une liste inédite par sa composition que le 4 Juillet 2020 Michèle Rubirola annonce la très courte victoire du printemps marseillais dans un enthousiasme certain. Le suspense est pourtant important et ce jusqu’aux derniers instants, en effet en remportant les élections avec 13 000 voix d’avances, la majorité du printemps marseillais est particulièrement ténue et le mouvement n’a pas réussi à obtenir la majorité absolue. Avec alors 42 conseillers, la liste ne devance Martine Vassal (les Républicains) que de trois élus et l’élection du maire dans le conseil municipal reste alors complètement indécise.

C’est après de longues tractations que Michèle Rubirola finit par devancer Guy Tressier, candidat dissident Les Républicains qui remplace au dernier moment Martine Vassal tête de liste LR, dans un nouveau jeu politique rocambolesque. C’est en offrant à Sami Ghali sénatrice divers gauche, la place de maire adjointe, que Rubirola devient officiellement maire de Marseille, dans la liesse et marquant enfin pour beaucoup la fin des incertitudes et le début d’un espoir d’une politique de gauche à Marseille.

Il n’en sera rien, le début du mandat de la nouvelle maire se fait déjà sous le signe de la polémique, Michèle Rubirola s’accorde directement ou presque, quinze jours de vacances et déserte une première fois la mairie de Marseille, le 14 septembre selon Le Monde elle subit une opération chirurgicale qui l’éloigne pendant plusieurs semaines. C’est le 14 octobre, soit presque deux mois après son élection que la maire accomplit sa première visite officielle, en visitant une association dans le cadre du mois consacré au dépistage du sein.
En interne des tensions commencent déjà à apparaître entre l’ex-médecin et un Beanoit Payan omniprésent. Entre d’une part un membre du Parti socialiste qui a toujours rêvé de la mairie et qui a dû renoncer par opportunisme politique et de l’autre Michèle Rubirola qui est loin d’avoir obtenu un plébiscite dans son propre camp et présenté comme regrettant même de s’être présenté à la mairie.

Les sénatoriales : quand le projet du printemps marseillais commence à s’écrouler

La victoire du printemps marseillais qui se fait en grande pompe et est alors le terrain sur lequel s’appuie les différents partis de gauche pour semer les illusions du changement n’aura pas fait long feu, loin des déclarations triomphantes et Rubirola au soir du premier tour : « Marseille est à un tournant de son histoire. Les Marseillaises et les Marseillais l’ont dit au premier tour, ils veulent changer leur ville. Nous sommes prêts à répondre à leur appel, à changer d’équipe et de méthode pour offrir un autre avenir à tous les habitants de notre ville, La nouvelle Marseille c’est nous, c’est la Marseille ouverte, réunie, qui offre des perspectives à toutes les Marseillaises et les Marseillais. Ce qui se passe est déterminant avec ces élections, les habitants ont enfin le choix d’une liste qui défend l’intérêt général, face à une droite égoïste, engluée dans la protection de ses propres petits intérêts personnels » ou de Sébastien Barles tête de liste du mouvement écologiste : « Un nouveau récit s’ouvre pour notre cité : celui d’une ville en transition écologique et solidaire, laboratoires d’expérimentations sociales, écologiques et démocratiques. Marseille a retrouvé une boussole. Traçons ensemble le chemin de cette ville nouvelle qui prend enfin soin de ses habitants, de ses Biens communs, de son environnement, de notre santé. »

En effet, les élections sénatoriales vont révéler le jeu politique et l’opportunisme politique qui est à l’essence même du projet du printemps marseillais. Si Dimanche 27 septembre, soit un gros mois après la victoire aux municipales, le printemps marseillais propose de nouveau une unique liste pour les Bouches-du-Rhône c’est au prix de premières grandes désillusions et notamment dans les rangs de certains collectifs citoyens. Christian figure du Printemps Marseillais et représentant de Réinventer la gauche affirme alors au Monde : « Cette liste d’union a été déterminée par des accords d’états-majors, sans aucune transparence et sans que les citoyens non encartés mais actifs politiquement et certains partis aient eu leur mot à dire » , Alain Barlatier ajoute : « J’ai perçu la constitution de cette liste comme un déni de ce qu’a été notre aventure. La composante citoyenne, essentielle dans notre victoire, est niée ».

Derrière ces premières déceptions ce sont une nouvelle fois d’intenses tractations qui se jouent, entre d’une part le parti communiste et Jérémy Bacchi, entre Marie-Arlette Carlotti, ancienne ministre du parti socialiste et proche de Benoit Payan et Guy Benarroche, secrétaire régional d’EELV, qui tentent chacun de faire gagner leur paroisse. La première place de la liste est finalement attribuée dans la controverse à Jérémy Bacchi.

Rubirola laisse sa place de maire à Benoit Payan et met fin aux illusions d’une victoire de la « gauche » aux élections municipales marseillaise

Le 21 décembre dernier la mairie de Marseille a connu un nouveau rebondissement, encore un, dans la série mouvementée qui anime la ville marseillaise depuis la victoire du printemps marseillais, un nouvel épisode qui a vu Benoit Payant devenir maire et Michèle Rubirola récupérer son poste d’adjoint à la mairie, après sa démission de la mairie. Ce nouvel épisode est de façon indéniable un coup dur pour le projet du printemps marseillais et pour sa volonté de s’estampiller à gauche. Rubirola, laisse place à Benoît Payan, apparatchik socialiste et bien moins populaire que sa prédécesseure.

Il montre aussi les jeux de pouvoir qui se sont exercés au sein du Printemps Marseillais. Le départ de Rubirola trois mois après son élection laisse évidemment toute place aux interrogations tant il n’est pas loin d’être un précédent historique pour la ville de Marseille. De plus, le personnage de Benoit Payan rompt, sur la forme seulement, avec ce qui avait fait l’essence de la campagne de Rubirola. Celle d’une femme non politicienne qui conduisait une liste composée à 50% de citoyens marseillais, ce qui est pourtant faux la marseillaise étant conseillère municipale depuis 2015, Payan incarne lui le politicien professionnel, l’ambitieux.

Le choix de Payan rompt également avec le vernis de gauche que s’était donné le mouvement du printemps marseillais qui affirmait par sa tête de liste au soir du second tour : « Nous avons démontré que la gauche rassemblée dans toute sa diversité pouvait gagner ! Que l’écologie et la justice sociale pouvaient gagner. Une nouvelle génération va rentrer au conseil municipal pour incarner l’avenir, la relève, l’espoir de notre ville, je suis convaincu que la formidable énergie qui a porté le Printemps Marseillais va nous permettre de trouver des solutions pour gouverner cette ville afin qu’elle soit plus juste, plus verte, plus démocratique ». Benoit Payant c’est le parti socialiste, le parti qui a fait voter la loi travail et ce n’est évidemment pas une victoire de la gauche, pas plus que ne l’était celle de Rubirola.

Le printemps marseillais une nouvelle illustration que la gauche réformiste n’est pas une alternative

Les nombreuses manœuvres qui ont traversé l’histoire pourtant courte de ce Printemps marseillais, montrent que la gauche réformiste aussi unie soit elle n’est évidemment pas une solution ou une alternative. Pendant que Marseille ainsi que le reste du territoire doivent faire face à une crise sanitaire et économique le printemps marseillais n’a cessé de faire vivre les jeux politiques pour que tel force politique l’emporte sur l’autre.

Si le printemps marseillais a remporté la mairie marseillaise sur l’illusion d’une politique de gauche mais aussi d’une démocratie plus directe en intégrant des citoyens marseillais à ses listes et en prônant leur participation à la politique de la ville, le mouvement ne cesse de montrer qu’il n’en est rien. L’élection de Rubirola à la mairie marseillaise reposait sur l’illusion d’un changement par les urnes alimenté par un discours qui s’habillait des plus beaux habits de la gauche, dans une ville où les violences policières sont nombreuses, où la misère est grande, l’insalubrité partout comme le montre le tragique accident de Nouaille.

Le printemps Marseillais a fait la démonstration de ce que revêtent ces listes dites « citoyennes » qui revêtent en réalité une nouvelle mouture d’Union de la Gauche. Derrière le refus des étiquettes et la valse des logos, c’est en réalité le maintien du système actuel, et les apparatchiks du PS notamment de Benoit Payan formé à l’école de Jean-Noël Guérini (pilier d’un système corrompu). Contre toutes illusions d’unions de la gauche qui cherche à canaliser nos colères sur le terrain électoral, le résultat du Printemps Marseillais qui pouvait être attendu montre une fois de plus que c’est sur le terrain des mobilisations qu’il sera possible d’imposer, contre l’austérité municipale et sa corruption, notre propre issue.




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