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Politique

Départ de Thomas Guénolé : nouvel épisode de crise à La France Insoumise ?

Thomas Guénolé, politologue et candidat insoumis aux européennes, a publié un communiqué ce jeudi matin dans lequel il dénonce l’absence de démocratie interne au sein du mouvement. Très rapidement, le comité électoral de LFI a répliqué en mettant en exergue l'existence d'une enquête pour « harcèlement sexuel » ouverte en interne, une procédure d’exclusion était en cours.

jeudi 18 avril

A quelques encablures des élections européennes, c’est un nouvel épisode d’une crise au long cours qui secoue La France Insoumise. Tôt ce jeudi matin, une double affaire vient perturber le début de campagne européenne de LFI.

Et pour cause, Thomas Guénolé, coresponsable de l’école de formation politique de LFI et candidat aux européennes a fustigé « la démocratie interne à La France insoumise » qu’il décrit comme « un simulacre » dépeignant Jean-Luc Mélenchon en « autocrate » à la tête de LFI. Dans son communiqué, Thomas Guénolé assène que : « L’appareil de la France insoumise trahit nos valeurs et se rit des militants ». « Comment peuvent-ils plaider sans relâche pour une vraie démocratie en France, eux qui organisent La France insoumise comme une dictature ? Jean-Luc Mélenchon, lui, gouverne La France insoumise en autocrate » continue-t-il.

Dans la foulée du communiqué, le comité électoral de La France insoumise a répliqué par un communiqué expliquant avoir « reçu un signalement d’une jeune femme dénonçant des faits pouvant s’apparenter à du harcèlement sexuel de la part de Thomas Guénolé ». Le comité électoral affirme avoir « saisi le Pôle d’écoute et de vigilance contre les violences sexistes et sexuelles » et découvrir « avec stupeur le communiqué de Thomas Guénolé qui instrumentalise des prétextes politiques pour sa défense ». Jean-Luc Mélenchon a réagi sur Twitter. « J’ignore tout de cette affaire. Je n’ai ni été informé de l’existence d’une procédure ni de ses évolutions » affirme-t-il. Il rappelle avoir toujours eu de bonne relation avec Thomas Guénolé puis conclue que rien ne lui « sera épargné. »

Depuis, chacun des camps accuse l’autre d’instrumentalisation et de manipulation ouvrant un nouvel épisode de crise au sein de La France Insoumise.

Des accusations sur le régime de démocratie interne qui ne sont pas nouvelles

Ces accusations ne sont pas sans rappeler le torrent de critiques sur le terrain de la démocratie interne révélées notamment par une lettre interne en date du 9 janvier. Plusieurs cadres du mouvement dont Charlotte Girard, coresponsable du programme LFI, avaient dénoncé les dérives autocratiques des dirigeants de LFI. Une prise de position qui faisait suite au « bannissement » de François Cocq dans un tweet de Jean-Luc Mélenchon. D’autres critiques quant au régime de démocratie interne avaient précédé des départs comme ceux de Liêm Hoang-Ngoc ou encore de Djordje Kuzmanovic, proche d’une ligne souverainiste.

Le communiqué affirme que le retrait des européennes de Charlotte Girard, pressentie comme tête de liste, serait lié au retour de Sophia Chikirou dans la campagne LFI. A l’automne dernier, Charlotte Girard avait appris cette arrivée par la presse alors que Sophia Chikirou était empêtrée dans des affaires au sein du Media. « Sophia Chikirou, de par sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon en même temps qu’elle est prestataire de campagnes électorales passées et actuelles de La France insoumise via [son entreprise] Mediascop, risque objectivement une condamnation judiciaire. La maintenir prestataire de campagnes électorales de La France insoumise, c’est donc faire peser sur le mouvement un risque judiciaire extrêmement grave », est-il ainsi indiqué dans le communiqué de Thomas Guénolé.

Des accusations de « harcèlement sexuel » contre Thomas Guénolé

Un peu plus tard La France Insoumise a précisé dans un communiqué le cadre de la procédure interne visant Thomas Guénolé. « Le pôle de vigilance et d’écoute de la France insoumise contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes a été saisie le 3 mars par une femme d’un signalement à l’encontre de Thomas Guénolé d’actes pouvant s’apparenter à du harcèlement sexuel. (...) Le pôle a auditionné la personne en question le 14 mars 2019. A la suite de cette rencontre, il a rendu un rapport au comité électoral le 15 mars, tout en respectant la confidentialité » explique le texte.

Selon Médiapart, « il s’agit d’une étudiante de Sciences Po, que Thomas Guénolé a eue en cours entre 2015 et 2017, sur le campus de Reims où il enseignait à l’époque ». La jeune femme a dénoncé un comportement qu’elle juge « inapproprié ». « Petit à petit, j’ai trouvé ses regards gênants et ses mails bizarres », explique l’étudiante. Toujours selon Médiapart, la jeune femme « parle également de compliments sur sa voix ou sa présence ». Selon le journal, dans un mail d’avril 2017, Guénolé lui a écrit : « Si je peux me permettre, le rouge vous va très bien. :) »

L’avocat de Thomas Guénolé, Jérémy Afane-Jacquart, a répondu à Médiapart sur la remarque sur la tenue de l’étudiante : « C’était une blague, il la félicitait d’avoir été convertie à ses idées politiques, indique, joint par Mediapart. Parce qu’elle était verte [Émilie était engagée dans Sciences Po environnement – ndlr], et que lui était rouge ». L’avocat précise ensuite que s’il « ne nie jamais le ressenti d’une personne, il faut pouvoir s’appuyer sur des éléments objectifs » : « Il n’y a aucun élément relevant d’une qualification pénale ». L’avocat envisagerait une plainte en dénonciation calomnieuse contre l’étudiante.

Toujours selon Médiapart, si « le dossier était en cours d’instruction », le « Pôle de vigilance et d’écoute contre les violences faites aux femmes » de La France insoumise avait émis un avis « unanime » et proposait « l’exclusion de Thomas Guénolé » au comité électoral, habilité à trancher.

Approfondissement de la crise : vers une bataille judiciaire ?

La suite de ces deux affaires pourrait bien se solder en bataille judiciaire. Thomas Guénolé a chargé son avocat de « prendre toutes les mesures judiciaires nécessaires contre l’appareil central du mouvement ».

Si la liste LFI menée par Manon Aubry avait entamé une très petite remontée dans les sondages après un début difficile, cette crise vient percuter de plein fouet La France Insoumise. Cette crise tombe très mal et se combine à la crise de gouvernance au sein du journal Le Média aboutissant à l’éviction d’Aude Lancelin, soutien de Thomas Guénolé. A quelques semaines des élections européennes, cette nouvelle crise pourrait bien laisser des traces profondes.