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Politique

Conflit d’intérêts

Député-actionnaire d’AXA. Jacques Maire blanchi par la déontologue qui a blanchi de Rugy et Le Gendre

Pas de problème à détenir près de 400.000 euros d’actions AXA et être co-rapporteur sur la réforme des retraites pour la déontologie bourgeoise. Qui est ce co-rapporteur qui possède de nombreuses expériences dans l’ouverture de nouveaux marchés ?

vendredi 28 février

« Il aurait été souhaitable » de signaler la possession d’actions (déclarées pour 358.000 euros mais réévaluées à près de 400.000 selon le Monde) AXA, une assurance qui gagne des centaines de millions d’euros sur l’épargne-retraite, lorsqu’on est co-rapporteur sur le projet de loi des retraites. Une simple remarque, même pas une remontrance. Voilà tout ce qu’a trouvé à redire la déontologue de l’Assemblée nationale, Agnès Troblot-Roizier, qui a été nommé en 2017 sur proposition de l’intègre et bon vivant François de Rugy, alors Président de l’Assemblée. Pas de surprise du côté du co-rapporteur Jacques Maire, député LREM des Hauts-de-Seine (92), qui a travaillé dix ans chez Axa dont le fondateur avait soutenu Macron et s’y connaît en retraite par capitalisation, le recours à la déontologue est une formalité pour couper court à toute critique. Mais la démocratie des riches et des puissants, veut que ce soient précisément ceux qui possèdent les actions, qui dirigent les entreprises et la vie économique, pas ceux qui la font tourner réellement qui prennent les décisions dans ce pays et dans le monde entier. Une autre réponse aurait été étonnante. « Ça veut dire que les parlementaires ne doivent plus avoir d’actions ? Tout ça n’a pas de fin, les parlementaires viennent à l’Assemblée nationale pour partager leur expérience de la vie. » s’insurge celui qui plaide « l’erreur matérielle », en réponse aux questions du Monde. Sacrée expérience de vie que celle qui permet de gagner plus que le SMIC (13.000 euros par an), sans bouger le petit doigt, simplement avec ce bouquet d’action. A cela il faudrait rajouter toutes les autres prises d’action, puisque l’ancien directeur-général d’AXA Hongrie participe au capital de près de 27 structures !

Une grande qualité dans ce milieu « moralisé », comme le souhaitait le candidat Macron, reste bien entendu celle de nier la vérité, celle de la présence évidente d’un conflit d’intérêts majeur, avec la plus grande des assurances : « Il ne me paraît donc pas nécessaire que vous renonciez, pour l’avenir, à l’exercice de ces fonctions. » Tout va bien en effet puisque la loi ne porte « ni sur un système de retraite par capitalisation, ni sur les dispositifs d’épargne-retraite ». Parfois, pour arriver à ses fins, il vaut mieux prendre les gens pour des imbéciles, voire prendre le risque de passer pour en être un. Le gouvernement n’a évidemment pas annoncé sa réforme des retraites comme étant un pas vers la privatisation du système de retraite, comme la destruction minutieuse et progressive des télécoms, de l’hôpital, de l’énergie, des transports, de l’école publique n’a pas été annoncé comme ouvrant la voie à un management qui pousserait au burn-out et au suicide de nombreux travailleurs, comme la dégradation de l’accueil des usagers : sous le vernis d’une « école de la confiance », d’une loi « relative à l’orientation et la réussite des étudiants », en passant par un « nouveau pacte ferroviaire, moderne et fiable » jusqu’à la « retraite universelle, pour la justice sociale », un long travail de sape pour ouvrir des marchés jusque-là en partie interdits à la spéculation et au profit des capitalistes.

D’ailleurs en ouverture de marché, Jacques Maire s’y connaît. Il dirige les stratégies de développement international chez AXA (et participe notamment à celui des filiales en Algérie et en Hongrie), met son expérience de « senior advisor » au service de Capgemini consulting, directeur de la stratégie de développement également chez Vigéo (devenu Vigéo Eiris après que Maire ait participé à l’absorption de cette deuxième entité), société de notation peu scrupuleuse, comme le dénonçait le Canard Enchaîné en 2018 : « Vigeo, c’est pas compliqué, il suffit de payer : tu files 200 000 ou 300 000 balles, on certifie que ta boite est écolo et sociale, et te voilà peinard ». Vigeo dont le recrutement se fait aussi au copinage, puisqu’il s’agit de l’entreprise fondée en 2002 par Nicole Notat, alors sur le départ du secrétariat général de la CFDT après avoir acté le tournant assumé de l’auto-vers la co-gestion et du dialogue social en appui aux contre-réforme des gouvernements. Jacques Maire connaît bien la CFDT, son père, Edmond Maire, l’a dirigé de 1971 à 1988, marquant lui aussi déjà une inclinaison vers la droite au cours de cette période. Jacques qui a milité dans le syndicalisme étudiant, aux côtés de Nicole Notat, dans le mouvement « Pour un syndicalisme autogestionnaire » (mouvement soutenu et financé par papa) a lui aussi très vite abandonné ses convictions adolescentes pour rentrer à l’ENA et devenir un de ces produits de la bourgeoisie impérialiste française, naviguant entre le privé et le public, à des postes plus ou moins publicisés qui jouent un rôle important dans la domination de pays étrangers par le capital (français.

Entré au Quai d’Orsay sous la Présidence Hollande alors que le ministère des affaires étrangères est dirigé par Fabius, Jacques Maire prend la tête du pôle entreprises et économie internationale. Il s’agit de la direction d’opérations diplomatiques pour fusionner plus profondément relations diplomatiques et ouverture de marchés pour les entreprises françaises, au-delà des plus gros contrats du CAC40, en élargissant aux entreprises dites « intermédiaires », comprendre le SBF120, c’est-à-dire les entreprises qui suivent immédiatement celles du CAC40. Derrière l’hypocrisie de l’aide au développement impérialiste qui ne sert qu’à resserrer les chaînes autour de pays pillés par le (néo-) colonialisme, des bureaux entiers réfléchissent aux moyens de maximiser les frais engagés.

« L’Afrique nous a coûté des dizaines de milliards d’aide publique au développement pendant 40 ans. Maintenant qu’elle est au seuil de la solvabilité, on ne peut envisager d’y réduire la voilure. Au seul Mozambique, la France a injecté 2 milliards en 2 décennies. Il n’est pas question de se replier alors que ce pays vient de découvrir du gaz ! » confie-t-il à Slate en 2014. Plus loin, « les fonds des pays du Golfe souhaitent contribuer à financer de la présence française en Afrique, notamment en Afrique musulmane, dans le but de stabiliser les pays du printemps arabe. Ils font confiance à notre approche de long terme dans la région. »

Une mission comparable à celle d’anciennement Ubifrance, devenue Business France sous la direction d’une certaine Murielle Pénicaud.

Ainsi ce Jacques Maire que certains médias décrivent comme une « voix sociale » de la LREM est-il plus qu’un « ambassadeur retraites », un ambassadeur de l’impérialisme français au service des marchands de canons, des entreprises qui monopolisent l’eau, les énergies dans les pays dominés. Un seul objectif, augmenter les exportations. Une tâche qui demande une étroite liaison entre services militaires, intelligence économique, grand patronat, diplomatie.

C’est toute cette « expérience de vie » que défend à l’assemblée Jacques Maire

Pas besoin pour lui de vendre ses actions (ce que son entourage affirmait à Libé être déjà fait), celui dont l’ancienne entreprise a déjà commencé à faire de la pub en prévision de l’application de la loi n’aura fait que remplir sa tâche, celle de l’assemblée et du gouvernement, celle du conflit d’intérêts permanent : gouverner pour les besoins des capitalistes et désigner sa politique comme étant celle qui améliorera la vie des classes populaires et des travailleurs. Qu’il s’agisse de l’intervention extérieure, qui laisse place derrière les tanks aux camions de Total et des grands noms du BTP, ou de la réforme des retraites qui derrière la baisse des pensions pousse les gens dans les bras des fonds de pension vautour.

Crédits-photo : Stéphane De Sakutin. AFP




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