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Derichebourg Aero. Après l’APC, les salariés n’en resteront pas là !

La direction de Derichebourg Aero maintient le cap sur la voie de la précarisation et du mépris. Vendredi, main dans la main avec le délégué syndical Force Ouvrière Jean-Marc Moreau et malgré la mobilisation des salariés, l'Accord de Performance Collective à été signé.

dimanche 14 juin

Derrière cette première attaque, un plan social déguisé

Alors que certains médias et la direction présentent l’Accord de Performance Collective (APC) comme le « moins pire » car il « préserve » les emplois, il faut bien rappeler qu’il s’agit d’un chantage a l’emploi imposé par la société Derichebourg à ses salariés. Il s’agit de baisser les salaires, en supprimant la prime kilométrique et les paniers repas. Le salarié est licencié s’il refuse ces modifications sur son contrat de travail. Alors que les salariés sont en grève depuis mercredi contre la signature de cet accord, c’est avec l’appui de la direction de la section syndicale de Force Ouvriere (FO) que la direction a fait passer son attaque contre la volonté de la majorité des travailleurs.

Alors que l’APC était défendu par la direction et les délégués syndicaux FO comme étant le seul moyen de préserver les emplois, les salariés mobilisés avaient raison de dire que cet accord n’était que le premier pas vers une offensive plus dure, aboutissant tôt ou tard à un plan de licenciements. La lettre informant de l’accord le dit clairement : la direction préserve les emplois « sous réserve de pérennisation officielle du dispositif d’activité partielle et dans les conditions d’indemnisation actuelle des salariés […] ainsi que du maintien des objectifs de production de notre principal client et d’absence de nouvel évènement de force majeure (par exemple, crise sanitaire, attentats, crise économique mondiale...) pouvant directement impacter la filière aéronautique ». La direction a pris soin de laisser la porte bien ouverte aux licenciements, car non seulement l’État compte revoir à la baisse son engagement avec le chômage partiel mais nous sommes déjà en train de subir les premiers effets d’une crise économique mondiale, seulement comparable à celle des années 1930 selon le FMI. Pour le secteur aéronautique, 90% des commandes en avions ont été annulées ou repoussées et la production a donc connu une baisse d’activité exceptionnelle dans l’histoire de la branche.

Derrière l’APC, c’est la crise qu’on fait payer aux travailleurs

Dans l’émission des Grandes Gueules du 2 juin, les éditorialistes bourgeois demandaient non sans ironie : « Êtes vous prêt à baisser vos salaires pour sauver votre entreprise ? », phrase reprise par le journal Frustration pour montrer la cruauté des APC, outil « made in Macron » pour faire payer la crise aux salariés. Les salariés sont donc forcés d’accepter des baisses de salaires, sous peine de licenciements et auront le cas échéant des indemnités minimes car les licenciements économiques sont interdits.

C’est donc un « Accord Pour Crever » qui a été signé ce vendredi, comme l’ont bien nommé les salariés. L’accord acte la suppression des indemnités forfaitaires et journalières transport et repas. En contrepartie : un ticket restaurant de 9,25e. La suppression de ces indemnités va avoir des conséquences désastreuses pour les salariés. Certains, qui vivent a plus de 100km du site, ne pourront pas revenir sur leurs frais de transports et viendront donc travailler à perte.

Les salariés ne sont pas dupes face aux mensonges de Lannette !

Le PDG de Derichebourg, Pascal Lannette continue l’arrogance et stipule que l’accord vise à « préserver l ’emploi de l’ensemble de nos collaborateurs ». En réalité, comme l’explique le document envoyé aux salariés, les mesures prises par la direction vont bien supprimer les paniers repas et les primes kilométriques, ce qui se traduit par une baisse de salaire drastique allant jusqu’à 20% pour certains travailleurs, avec en cas de refus un licenciement en bonne et due forme avec une indemnisation très faible.

Lannette signe son adresse aux salariés avec la rhétorique de « l’effort collectif ». Encore une fois, c’est cracher au visage de tous les salariés qui sont déjà dans des situation économiques et sociales très précaires. La mise en place du chômage partiel individualisé jusqu’en 2022 génère des situations instables, touchant fortement leur budget mensuel quand nombre d’entre eux arrivent déjà à peine à finir le mois.

Le président du groupe Derichebourg a également communiqué sur le sujet. Encore une fois, il parle « d’efforts réciproques ». Pourtant, il n’y a aucun « effort » fait de la part de la direction. En effet, l’actionnaire principal de Derichebourg aurait gagné près de 20 millions d’euros de dividendes l’année dernière. Chez les salariés, alors qu’ils sont en train de payer les frais de la crise sanitaire, l’accord signé va creuser la précarité encore d’avantage. Le patronat est bien déterminé à faire payer la crise aux travailleurs et ne compte faire aucun effort.

Pire encore : c’est avec l’appui sans condition du délégué de FO que la direction a pu faire passer l’APC. Alors que Lannette aime à répéter que les opposants à l’APC ne représentent qu’une minorité, les salariés ont su montrer leur opposition à l’accord et à la position conciliatrice du syndicat majoritaire. « Nous sommes la majorité », c’est ce qu’affichait une des banderoles lors du rassemblement de vendredi devant le siège. En effet, la majorité des salariés se positionne toujours contre l’APC, sans concession ni négociation. Cette situation a révélé le piège du cadre des négociations dans lequel la direction tente d’enfermer les salariés pour faire passer l’accord, en s’appuyant sur quelques délégués syndicaux qui ne représentent pas les intérêts ni les positions de la majorité des salariés. Ces derniers ont su contourner ce piège à travers l’auto-organisation, leur collectif réunissant aujourd’hui 400 salariés, et à travers la lutte.

Le rassemblement de vendredi : vers un durcissement de la lutte

Ce vendredi, suite un rassemblement réussi réunissant plus de 300 personnes, salariés et soutiens (profs, soignants, syndicalistes, gilets jaunes, étudiants...), les salariés se sont organisés en assemblée générale pour décider des suites de la mobilisation. Les travailleurs ont pu discuter des limites de leur mouvement, concluant par exemple de la nécessité de diffuser des tracts pour aller chercher les collègues manquants. La question financière commence également à devenir centrale pour que les salariés puissent poursuivre le conflit. En effet, les jours de grève en moins sur la fiche de paie venant s’ajouter aux pertes de salaires dues au chômage partiel rendent la situation encore plus précaire pour de nombreux salariés. Ils ont donc décidé de lancer une caisse de grève, pour pouvoir s’armer dans les conflits à venir.

Derichebourg est l’une des premières boites touchées par les attaques qui vont déferler sur le monde du travail. L’heure est alors à la préparation des luttes à venir, en se basant sur les leçons de cette bataille. Les salariés ont notamment discuté de la question des alliances avec d’autres secteurs comme d’un élément central à organiser et à rendre concret dans les jours à venir. Ils ont donc voté de répondre à l’appel national des soignants et de faire ensemble un à la manifestation du 16 juin.

La lutte des salariés de Derichebourg a montré la voix à suivre pour les luttes à venir. Organisés dans un collectif qui aspirait à l’unité contre les manœuvres de FO, ils ont choisi eux-mêmes le cours de leur lutte. Ils ont réussi à organiser une convergence, en invitant de nombreux soutiens lors de leur rassemblement en rappelant que la bataille contre les licenciements et les baisses de salaires est notre bataille à tous pour faconner les prochaines luttes de toute la classe ouvrière toulousaine. La lutte des salariés de Derichebourg est riche d’enseignements pour poursuivre le combat contre le plan de précarité du patronat et du gouvernement.




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