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Yves Veyrier doit choisir !

Derichebourg Aero. Yves Veyrier de FO soutient-il l’accord qui va baisser les salaires ?

À Derichebourg Aéro, le délégué syndical FO affirme être soutenu par Yves Veyrier pour signer l’accord qui va baisser les salaires. Yves Veyrier déclare pourtant dans tous les médias être opposé à ce genre d’accords et aux faux choix entre licenciements et baisses de salaire. Qu’en est-il vraiment ?

jeudi 11 juin

Crédits photo : REUTERS/Philippe Wojazer

Au tout début du mois de mai, les salariés de Derichebourg Aeronautics Service (DAS), sous-traitant aéronautique, ont reçu un choc après les annonces de la direction. Ils ont d’abord appris la possibilité d’un plan de suppressions de 700 postes sur les environ 1600 de l’entreprise. Finalement, la direction a présenté un Accord de Performance Collective (APC) comprenant des attaques sur les primes et les acquis comme un « moindre mal » pour éviter les licenciements.

Les APC sont une nouvelle forme d’accord permis par les ordonnances Macron « Loi Travail XXL » de 2017. Ils permettent à partir d’un accord collectif de modifier l’ensemble des contrats de travail (individuels) des salariés ! L’aspect « collectif » de l’accord est assez limité. Pour le mettre en place, il suffit de la signature du syndicat majoritaire s’il y en a un qui a recueilli plus de 50 % des voix aux élections professionnelles (c’est le cas de FO chez Derichebourg Aeronautics Service, laissant le délégué syndical Jean-Marc Moreau seul maître à bord). Les APC peuvent revenir sur le salaire, sur le temps de travail, sur la mobilité, sur les acquis comme les primes, sans contrepartie ! Tout salarié qui le refuse a un mois pour se signaler, il sera alors licencié pour une cause réelle et sérieuse. Un processus que les salariés de Derichebourg connaissent bien, ils le tournent en boucle dans leur tête depuis les annonces de la direction. Mourir de faim ou du virus, choisir entre la misère ou le chômage. D’autant que l’APC prévoit le maintien du chômage partiel jusqu’en 2022, une situation qui coûte déjà leurs primes (dont certaines seront tout simplement supprimées par l’APC) aux salariés qui peuvent perdre autour de 500 euros par mois !

« Force Ouvrière fera tout son possible, y compris par la voie judiciaire, pour empêcher la pérennisation de ce type d’accord, notamment eu égard au risque de prolifération de ce type d’accord dans le contexte actuel de crise économique engendrée par le covid-19. »

C’est sur la base de cet article de FO qu’un salarié de Derichebourg aero a demandé, mercredi après-midi, au délégué syndical FO Jean-Marc Moreau pourquoi il s’opposait aux positions nationales de son syndicat, et s’obstinait à signer l’APC malgré le désaccord des salariés et l’opposition des deux autres syndicats (UNSA et CFE-CGC).

Surprise ! La situation n’a « rien à voir », le secrétaire général de FO que Moreau a eu au téléphone (« J’ai eu Yves Veyrier au téléphone […] il est en phase avec moi ») serait donc d’accord avec le délégué syndical pour trancher en faveur de la misère. Pour Moreau, si le patron a une bonne excuse, c’est d’accord pour les sacrifices ! Mais les patrons ont toujours des bonnes excuses !

De son côté, Yves Veyrier fait le tour des plateaux télé et des radios pour prendre position contre le chantage à l’emploi quand les licenciements servent de menace pour faire baisser les salaires, exactement la situation de Derichebourg aero !

Le 10 juin au matin, quelques heures avant que Moreau rencontre les salariés, Yves Veyrier était sur France Inter. Il a insisté sur la nécessité de « s’assurer qu’à la clé [du maintien de l’activité partielle], il n’y a pas de suppression d’emploi, ni de serrage de ceinture sur les salaires ».

« Se serrer la ceinture », « faire des efforts » on a beaucoup entendu ces mots dans la bouche de Lannette. Une philosophie partagée par les syndicalistes FO, qui se sont faits les avocats de l’APC en insistant, comme Lannette, sur la situation de l’entreprise apparemment désastreuse, et sur le fait que l’APC était le seul moyen de sauver les emplois et d’éviter un PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi).

La semaine dernière on pouvait lire des déclarations d’Yves Veyrier qui alertait à propos « des exemples passés où on a contraint les salariés, par le biais d’une forme de chantage à l’emploi, à accepter des baisses de salaires […] pour au final que des emplois soient malgré tout supprimés ». A raison ! Rappelons les cas de Continental en 2009 (1200 licenciements après avoir accepté de travailler 40 heures par semaine), de Mahle Behr en 2013 (gel des salaires, moins de congés, suivi de trois plans sociaux en 2013, 2016 et le dernier en 2019) ou encore le cas de Smart à Hambach en 2015 (un référendum le couteau sous la gorge, 39 heures payées 37 ou fermeture de l’usine et aujourd’hui l’arrêt de Smart avec une restructuration par Mercedes « a priori » sans licenciements...).

« Il faut bien comprendre que souvent, on ne donne comme alternative aux syndicats qu’un PSE ou des plans de départs, ce sont des négociations dos au mur où il faut choisir entre des licenciements massifs ou un APC » poursuivait Yves Veyrier. Face à cela pour le secrétaire général, « la réponse doit être globale et pas au niveau de chaque entreprise » (cité par Les Echos le 4 juin). Dans l’aéronautique, cela prend tout son sens puisque de nombreuses entreprises du secteur vont procéder à des PSE ou des APC dans les prochaines semaines. Une idée que les salariés ont évidemment eu, eux qui ont des proches, des connaissances dans tout le secteur aéro et voient la nécessité de lutter ensemble vue la structure du secteur : beaucoup de sous-traitants dépendant des commandes de quelques gros donneurs d’ordre.

« Pourquoi vous avez pas appelé toutes les entreprises du secteur aéronautique [...] normalement un syndicat il appuie, il appelle à la grève, il appelle à la manifestation, au débrayage même quand c’est nécessaire. Et là je pense que c’est nécessaire en ce moment. » demande un salarié à Jean-Marc Moreau. Rappelons que FO est largement majoritaire dans de nombreuses entreprises de l’aéronautique (notamment chez Airbus, et ici à Derichebourg). « Il faut appeler tout le monde sous la même bannière, non à l’APC, non à leurs PSE de merde ! C’est pas à nous de payer la crise sanitaire qui a eu lieu en France ! Déjà c’est le cas en ce moment, déjà on est tous dans la merde ! »

« C’est ton point de vue » se défend Moreau. Le point de vue de centaines de salariés en réalité ! Le point de vue de 400 salariés qui ont monté un collectif et appelé à la grève. Mais à la fin c’est le seul point de vue de Moreau et de Lannette qui est pris en compte pour signer l’APC ! Pourtant, le point de vue de ce salarié, c’est aussi le point de vue de Veyrier... quand il passe dans les médias !

A Ryanair (menace de licenciement pour une vingtaine de personnes si FO n’accepte pas des baisses de salaires), le SNPNC-FO qui dénonce l’APC comme un « chantage à l’emploi » a d’ailleurs reçu le soutien de Veyrier.

Sur LCI, le 4 juin, Veyrier affirmait encore en effet que c’était une « erreur » de s’en prendre aux salaires sur fond de crise économique. Il insistait surtout : « les salariés n’y sont pour rien quand même dans cette crise ».

Moreau affirme avoir voulu négocier avant d’appeler à la grève « pour voir si on pouvait trouver des solutions ». Il n’a toujours pas appelé à la grève et est prêt l’APC ce 12 juin, il faut croire que les solutions qu’il juge « les moins pires » sont en fait les bonnes. Un avis auquel se rangerait, selon lui, Yves Veyrier, seul à seul au téléphone.

Nous demandons donc à Yves Veyrier s’il est prêt à prendre position publiquement pour l’APC à Derichebourg et pour son délégué syndical qui affirme avoir eu son assentiment, ou bien s’il se range, en cohérence avec toutes ses déclarations publiques, du côté des grévistes qui refusent le moindre licenciement et toute baisse de salaire ! L’accord doit être signé vendredi 12 juin : Yves Veyrier doit se positionner !




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