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Politique

Etat d’urgence

A Versailles, Hollande défend le tout sécuritaire réclamé par Sarkozy et Le Pen

Comité de Rédaction Un discours martial. « La France est en guerre », a lancé François Hollande en guise d’introduction de son discours devant les parlementaires et les sénateurs réunis en Congrès à Versailles. Une « République tout-sécuritaire ». Voilà le projet défendu par l’Elysée, avec la transformation de la République bourgeoise en état d’urgence permanent.

mardi 17 novembre 2015

Dans ses propositions sur la sécurité intérieure et la politique étrangère, Hollande n’a pas hésité un seul instant à reprendre à son compte les « solutions » avancées par la droite et même l’extrême droite de façon à tenter de maintenir le cadre fragile de l’unité nationale qui existe, tant bien que mal, depuis vendredi. C’est un peu comme si c’était les chefs de partis reçus en entretien dimanche à l’Elysée qui avaient dicté son discours.

Hollande a ainsi annoncé que le Parlement serait saisi dès mercredi d’un projet de loi « prolongeant l’état d’urgence pour trois mois », en « adaptant son contenu à l’évolution des technologies et des menaces ». Par ailleurs, la France devrait « intensifier ses opérations en Syrie » et poursuivre « les frappes au cours des semaines à venir ». L’Elysée demande également une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU « dans les meilleurs délais pour adopter une résolution marquant cette volonté commune de lutter contre le terrorisme ». Hollande, dans ce cadre, n’exclut plus une grande coalition avec la Russie et les Etats-Unis pour combattre l’Etat Islamique. Il souhaite, enfin, réviser la Constitution pour « agir contre le terrorisme de guerre » et rendre possible la déchéance de nationalité pour les binationaux.

Hollande a également annoncé le renforcement substantiel des moyens dont disposent la justice et les forces de sécurité. « Les peines seront significativement alourdies », a ainsi déclaré Hollande, qui a également annoncé le réexamen des conditions dans lesquelles les policiers pourront faire usage de leur arme à feu en légitime défense. En conséquent, 5.000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes devraient être créés d’ici à 2017, la fin du quinquennat. Le ministère de la Justice se verra également renforcé de 2.500 postes et les douanes de 1.000. Ces nouveaux effectifs seront financés dans la loi de finance 2016 car, pour le président, « le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ». On comprend, dans ce cadre, que la fameuse inversion de la courbe du chômage soit renvoyée, plus que jamais, aux calendes grecques.

La modification de la Constitution proposée, de même que l’ensemble des mesures avancées, visent à « normaliser » l’état d’exception à l’œuvre qui s’accompagne d’une restriction sans précédent des libertés. Aucune de ces mesures, bien entendu, ne réglera les questions de chômage, de détresse, de misère sociale et d’absence d’horizon dans les quartiers qui font le lit de la radicalisation de certains jeunes et mène à leur embrigadement au sein de Daech ou d’autres organisation, avec les conséquences funestes que l’on sait. Les axes défendus par Hollande renforcent par ailleurs l’escalade impérialiste à laquelle se livre la France en Afrique et au Moyen-Orient qui ne peut que conduire à la prolongation des guerres dans lesquelles Hollande et la droite de Sarkozy nous ont embarqués.

En conclusion de son discours, Hollande a filé la métaphore guerrière, prenant des accents à la George W Bush : « Les barbares qui attaquent [la France] voudraient la défigurer, ils ne parviendront pas à la faire changer de visage ».

La dérive autoritaire, militariste et liberticide conduite par Hollande est des plus dangereuses pour la population et c’est en ce sens que les organisations du monde du travail se doivent de la freiner. Une chose est sure : les nouvelles lois que les parlementaires s’apprêtent à voter seront aussi inefficaces que les précédentes (adoptées après les massacres de Charlie Hebdo et de l’Hyper-Cacher de Vincennes ou à la suite des tueries de Mohamed Merah) pour mettre un terme aux menaces terroristes. Elles serviront, à l’inverse, contre les migrants, contre nos camarades travailleurs sans-papiers, contre tous les militants syndicaux, associatifs, écologistes, contre les partis d’extrême gauche, contre tou-te-s celles et ceux qui contesteraient le tour-de-vis autoritaire du gouvernement.




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