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Politique

Scène de guerre dans le 93

Opération antiterroriste à St-Denis. La peur s’installe, la police et l’armée aussi

C’est en plein centre de Saint-Denis, à quelques pas de la Basilique et de l’Hôtel de Ville, que s’est joué le dernier épisode en date de la traque aux terroristes liés à Daech. C’est avant l’aube qu’a commencée l’opération menée par 110 membres des forces spéciales de la police, du Raid et de la BRI, avec un important déploiement de moyens militaires, contre une planque de djihadistes. « Ces actions nous confirment que nous sommes en guerre », s’est empressé de déclarer François Hollande.

mercredi 18 novembre 2015

Jean-Patrick Clech (18/11/15, 13h)

Une opération de guerre

La sous-direction antiterroriste, le Raid et la BRI ont mené l’assaut ce matin, à partir de 4h20, à Saint-Denis, contre un appartement de la rue Cornillon où aurait pu se cacher Abdelhamid Abaaoud, responsable opérationnel des attentats du 13 novembre de Paris et du Stade de France Les échanges de tirs en plein centre-ville ont duré pendant près de trois heures, l’opération ayant été officiellement conclue à 11h40. Le bilan de la matinée est lourd, avec deux djihadistes, voire trois, qui auraient été tué, dont un kamikaze, et cinq policiers blessés. Sept personnes auraient été interpelées, parmi elles trois combattants présents dans l’appartement où un ou une kamikaze se serait fait exploser avec un gilet explosif, ainsi que le loueur de l’appartement et une de ses connaissances. Ni Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, ni le responsable de l’enquête, le juge Molins, qui se sont rendus sur place en fin de matinée, n’ont confirmé si Abaaoud avait été tué ou interpelé au cours de l’opération.

Une aubaine pour contraindre l’opposition à l’unité nationale

Pour le gouvernement, l’opération de ce matin est une aubaine après les vives polémiques qui ont émaillé le débat parlementaire mardi. Après l’unanimisme du Congrès, réuni à Versailles, lundi, la discussion au Palais Bourbon s’est avérée plus compliquée que prévu pour une majorité qi tente de contraindre l’opposition à un pacte indéfectible d’unité nationale au nom de la lutte contre Daech… et ce à quelques semaines des élections régionales.
Hollande, qui a enfilé ses rangers et se présente plus que jamais comme le commandant des armées, a complètement repris la main. IL se prévaut aujourd’hui d’une opinion publique qui estime, à 73% selon les derniers sondages, qu’il est « à la hauteur » dans sa gestion de la crise. Après l’opération policière, il a réitéré sa volonté de constituer une large coalition pour « anéantir Daech ». Au niveau intérieur, il renouvelle son appel à « préserver dans chaque commune l’unité qui fait notre force », tout en entretenant le climat de peur vis-à-vis duquel seul l’état d’urgence permanent serait un rempart : les « actions [de Saint-Denis] nous confirment que nous sommes en guerre ».

A Saint-Denis, après la peur, les méthodes de l’occupation coloniale

Côté dionysien, les choses vont autrement. La population de Saint-Denis est bien entendu sous le choc après avoir découvert qu’une cellule de djihadistes armés se cachait dans un appartement du centre-ville mais également après l’assaut de ce matin. Mais l’inquiétude a bientôt repris le dessus, après la fin de l’assaut. Si le périmètre de sécurité est levé progressivement, c’est l’armée qui a pris la relève, dès l’aube, avec le déploiement de 50 hommes d’un régiment d’infanterie. Tout au long de la matinée, des habitants et des passants ont été mis en joue. A plusieurs endroits, l’armée et la police ont ordonné à de jeunes hommes de s’arrêter, de s’agenouiller et de soulever leur parka ou survêtement pour montrer qu’ils ne portaient pas de ceinture d’explosif, comme à proximité de n’importe quel check point de l’armée israélienne en Palestine occupée. Plus que jamais, en réalité, dans ce climat tout-sécuritaire, les forces de répression se comportent comme une armée d’occupation coloniale dans les quartiers et les villes populaires.

Hollande-Le Pen-Guy Mollet, même combat

Par delà les déclarations pour la galerie de Hollande qui affirme que c’est la France et ses habitants, indépendamment de leurs origines, qui ont été visés, l’opération de ce matin, sa couverture médiatique et, surtout, l’occupation policière et militaire de Saint-Denis censée permettre de vérifier qu’aucun terroriste ne se cache parmi la population, sont autant de portes-ouvertes officielles à tous les raccourcis et à tous les amalgames.
C’est ici l’un des objectifs politiques non déclaré du climat de terreur qu’instaure l’état d’exception permanente voulu par Hollande et qui va passer comme une lettre à la poste devant les parlementaires jeudi avant d’être validé par le Sénat le lendemain. Entretemps, il vient de demander très officiellement que la police et les polices municipales soient mieux armés. C’est comme si c’était Christian Estrosi, Marine Le Pen voire Jean-Marie Le Pen qui continuaient à lui écrire ses discours. Le Pen père a une certaine expérience. Ancien para en Algérie. Quand à Hollande, au bout du compte, ce n’est jamais qu’un descendant de Guy Mollet.



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