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Politique

« On ne peut pas paralyser la vie de la nation »

Derrière les hommages sournois, Macron veut imposer la reprise aux enseignants !

Depuis Poissy, où il était en visite dans une école, Macron s'est exprimé ce 5 mai. Hommages appuyés, mais sournois, aux enseignants et aux maires, qui cache mal la ligne dure du gouvernement - imposer la reprise scolaire pour renvoyer les travailleurs à l'usine – et sa crainte sur l’hostilité des parents et des enseignants.

mardi 5 mai

En direct depuis une école de Poissy, dans les Yvelines, Emmanuel Macron s’est exprimé à la mi-journée, ce 5 mai. Le président a fait part de sa prudence, mettant en avant un bilan qu’il juge positif concernant le confinement, tout en s’affichant ferme sur les objectifs du déconfinement.

La rentrée sera progressive, Macron annonçant préférer « une bonne rentrée plutôt qu’une rentrée en nombre ». Le déconfinement scolaire sera donc progressif, prioritairement dans les écoles maternelles et primaires, renvoyant la question des collèges à la carte des départements et des lycées à la fin mai. Mobilisant les arguments larmoyants, Macron a estimé qu’un confinement de deux mois était « traumatisant pour les enfants ».

Un hommage, et rien de concret pour les enseignants

Emmanuel Macron a commencé a abordé la question du déconfinement scolaire par un hommage appuyé aux enseignants, mobilisé en télétravail ou dans les écoles pour la garde d’enfants des personnels soignants. Très vite, le discours est toutefois devenu plus ferme, renvoyant les dispositifs concrets de reprises à l’échelon local, en particulier auprès des maires, sous l’argument d’une volonté de souplesse dans la reprise scolaire.

Mais c’est surtout sur la volonté de voir une reprise effective, pour « ne pas paralyser la vie de la nation », que Macron a affiché sa fermeté. Ainsi, le président a mis en avant les recommandations strictes à remplir pour rouvrir les établissements scolaires, tout en affirmant qu’il était impensable de forcer un enseignant à reprendre le travail « si les conditions ne sont pas remplies ». Toutefois, Macron a appelé à la mobilisation générale, affirmant que la reprise se fera « dans le dialogue, calmement ». En d’autres termes, le chef de l’Etat cherche à couper l’herbe sous le pied aux enseignants désireux d’exercer leur droit de retraits, tandis qu’aucune annonce concrète sur le suivi et le contrôle de ces fameuses conditions nécessaires à la reprise n’ont été formulées !

Ainsi, derrière le discours tout aussi habile que sournois, Macron entend mettre au pas la colère des enseignants qui dénoncent depuis de longue semaine leur conditions de travail lors du confinement et la mise en danger directe de leur vie et de celles de leurs élèves lors de la reprise !

Renvoyer les prolos au boulot : L’objectif affiché de Macron

Plus encore, Macron a tout autant fait preuve de sournoiserie quant aux critères de reprise de l’école, qu’il veut progressive. Ainsi, il s’agit de « privilégié les enfants les plus décrocheurs, issus de familles défavorisés » et surtout les enfants de « ceux qui doivent aller travailler ».

Ainsi donc, sous couvert d’une problématique réelle qui est celle du creusement des inégalités sociales à l’école, Macron entend renvoyer en priorité les enfants de prolos à l’école pour renvoyer leur parent à l’usine ! A ce titre, si le président a vanté le système du chômage partiel français comme « le plus généreux au monde », il n’a pas manqué de préciser qu’au vu de la situation actuelle, « il y aura des licenciements ». La pression est donc directement mise sur les parents à remettre en masse leur enfants à l’école, pour reprendre le travail sous peine de devoir faire face aux affres du chômage.

Une volonté encore plus clairement affichée quand Macron a mis en avant les dispositifs à mettre en place au sein des entreprises pour les cas exceptionnels, où les salariés ne pourront pas renvoyer les enfants à l’école. Ici, le président s’est contenté d’en appeler à la bonne générosité des patrons, déclarant qu’« il faudra la compréhension des employeurs ». Une prise de position plus que cynique, tant le grand patronat à montrer qu’il entendait à tout prix maintenir son activité durant les premiers mois de la pandémie, et quand les TPE et PME se retrouvent déjà asphyxiées et laissées à l’abandon par le gouvernement.

Le mouvement ouvrier doit imposer une alternative au déconfinement voulu par Macron !

Macron l’a répété, le 11 mai ne signifiera pas « un retour à la vie normale ». La question des vacances d’été a été renvoyée à début juin tandis que le président a martelé vouloir éviter les « grands brassages » de population. Pour le dire autrement, Macron a annoncé vouloir « continuer à gérer l’épidémie tout en permettant au pays de vivre », c’est à dire en relançant l’économie le plus largement possible, au mépris de la vie des salariés et des plus précaires.

Dans cette situation, la question d’un plan de déconfinement alternatif à celui de Macron, porté par l’ensemble du mouvement ouvrier, devient une question vitale. Alors que, dans les transports, dans l’Education Nationale ou bien encore dans la santé, les voix s’élèvent pour dénoncer la gestion catastrophique de la pandémie par le gouvernement, la question d’un plan de bataille pour le 11 mai et ses suites devient cruciale.

A ce titre, le silence assourdissant des directions syndicales, quand elles ne collaborent pas directement avec le patronat comme c’est le cas de la CFDT, est un véritable frein. C’est à la base, dans des comités de travailleurs et d’usagers, qu’il s’agit de s’organiser pour exiger des mesures sanitaires indispensables au déconfinement de l’ensemble de la population, tout en refusant et se battant contre toute forme de chantage au licenciement voulu par les grandes entreprises.




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