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Politique

Derrière les promesses de Philippe, une volonté d’aller plus vite dans la réforme du système de santé

Après cette période de crise sanitaire où le secteur de la santé a été mis à rude épreuve, il est l’heure pour le gouvernement de passer à la caisse concernant la revalorisation des salaires ! Pourtant, les annonces faites par le premier ministre et celui de la santé, loin de rassurer le personnel hospitalier, laissent entrevoir de nombreuses zones d’ombres.

mardi 26 mai

Sujet inévitable, s’il en est, après avoir tenté de calmer la colère qui bouillait déjà pendant le confinement et qui ne demandait qu’à éclater le « jour d’après » à travers une opération de communication reposant sur la distribution de médailles de mérite, le gouvernement a dû se rendre à l’évidence : il n’échappera pas aux revendications des personnels soignants, qui ne vont pas se satisfaire de primes ponctuelles.

Depuis plusieurs années déjà, le personnel hospitalier ne cesse de dire non au modèle de logique rentable de l’hôpital public. Là où les manifestations, mouvements spontanés, démissions collectives ou encore le plus tragique des actes de désespoir, les nombreux suicides de personnel, n’ont pas permis d’infléchir cette course, le gouvernement, par l’intermédiaire du ministre de la santé Olivier Véran, voudrait faire croire à un mea culpa. Une erreur de parcours donc, qui impliquerait un changement de cap ?

Et pourtant, à en écouter les propos d’Edouard Philippe ce 25 mai lors du Ségur de la Santé, on en est loin : « Il ne faut pas nécessairement changer de cap, mais très certainement changer de rythme  ». Ainsi, s’il promet des « changements radicaux », pas sûr que son objectif, lorsqu’il explique vouloir aller « plus vite » et « plus fort », soit de prendre en compte l’ensemble des revendications du secteur de la santé.

Si la revalorisation, après des années de gel du point d’indice, est plus que nécessaire, la crise sanitaire a mis en lumière la nécessité de se battre pas seulement pour quelques revendications partielles, mais pour un système de santé universel, gratuit, avec la nationalisation de la santé privée, etc. Aujourd’hui, ce dont on a besoin urgemment, c’est de plus de moyens humains et matériels pour l’hôpital, l’ouverture de nouveaux lits ; et de revaloriser l’ensemble des salaires et des contrats, pour que les travailleurs de l’hôpital ne soient plus en situation de précarité.

Mais ce ne sont pas encore les plans du gouvernement : celui-ci y voit un moyen d’avancer discrètement d’autres mesures, notamment un assouplissement de la durée de travail. En effet, lors de ce « Ségur de la santé » présidé par Nicole Notat (ancienne secrétaire générale de la CFDT), le gouvernement indique clairement que «  Le temps de travail n’est pas un tabou  ». 

Comme l’explique Mediapart dans son article sur le sujet, « La question des 35 heures, vieille lune à l’hôpital, est donc de nouveau sur la table. Olivier Véran s’est prononcé pour un "cadre beaucoup plus souple pour permettre à ceux qui le souhaitent" de travailler plus. Seulement, tous les établissements ont déjà renégocié leurs accords de temps de travail, contraignant le personnel à jongler avec des horaires de plus en plus flexibles. Et les heures supplémentaires non payées plombent les comptes sociaux des hôpitaux. "Il y a 1,2 millions de journées stockées sur les comptes épargne-temps, dont personne ne sait que faire", rappelle Olivier Youinou, de Sud Santé.  »

Autre sujet sensible, le statut de personnel hospitalier, que le gouvernement voudrait faire évoluer vers une forme de contractualisation qui permettrait plus de souplesse aux directeurs d’hôpitaux et impliquerait un statut plus vulnérable pour ceux concernés. 

Quand au sujet de la gouvernance de l’hôpital public, au sujet duquel de nombreux praticiens et paramédicaux se prononcent en faveur d’une autre répartition du pouvoir décisionnel (avec par exemple des comités incluant des soignants, non soignants, usagers, médecins), il est peu probable que le sujet soit abordé, ou en tout cas qu’il accouche sur du concret à l’issue de cette convention dont les axes sont déjà déterminés : « reconnaissance pour nos soignants, investissement massif, agilité retrouvée, organisation territoriale, modernisation par le numérique. »

Face à ce simulacre de convention qui, à l’image de la convention citoyenne sur l’écologie, devrait finalement proposer des mesurettes qui ne verront d’ailleurs peut être jamais le jour, il est plus que jamais nécessaire de s’organiser aux côtés des soignants. Des syndicats et collectifs appellent le 16 juin à une « journée morte » à l’hôpital. Mais d’ores et déjà fleurissent plusieurs préavis de grève, rassemblements et manifestations des hospitaliers comme à Bordeaux ce mardi où Sud Santé Sociaux a déposé un préavis de grève illimité depuis le 22 mai.

Faisons en sorte d’obtenir le rapport de force en notre faveur et de nous assurer que le service public de la santé puisse bénéficier de financements et de moyens à la hauteur des nécessités de la population et des travailleurs de la santé et ce sans être soumis à une logique de rentabilité, au même titre que l’ensemble des autres services publics et secteurs qui se sont révélés essentiels en cette période de crise.




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