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Politique

Farandou et Edouard Philippe vont être déçus

« Des Noël, il y en aura plein d’autres ; la retraite, on en a qu’une » : les cheminots refusent toute trêve

Alors que le gouvernement et le président de la SNCF font tout pour essayer de convaincre les grévistes de faire une « trêve de Noël », nous sommes allés interroger les grévistes sur cette demande du gouvernement, d’abord à la gare d’Austerlitz, puis dans la manifestation de ce jeudi. Et le résultat est sans appel : tous les cheminots refusent toute trêve.

jeudi 19 décembre 2019

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Au quinzième jour de grève, la grève continue sur Austerlitz à des niveaux historiques : aujourd’hui, le plan de transport, c’est à dire le nombre de trains censé circuler sur le RER C, était au niveau « S1 » (entre 15% et 30%), après quatorze jours en « S0 » (entre 0% et 15%), le niveau le plus bas de circulation. Si quelques grévistes ont repris une journée pour éviter que leurs congés ne soient pas payés, durant l’Assemblée Générale des grévistes, un cheminot rappelle un fait simple : « en 2018, on a réussi qu’une seule fois à être en S0 sur le RER C. Aujourd’hui, ça fait quatorze jours que le service est au minimum !  ». A la veille des vacances, tous les cheminots se préparent à continuer la grève pendant les vacances scolaires et les fêtes, parfois même malgré les congés qu’ils avaient posé : « j’étais censé être en Bretagne, mais je reste à Paris nous confie Servan, un des animateurs de la grève à Austerlitz, originaire de Brest. Ma famille me dit : tu as bien raison de rester, il ne faut rien lâcher, vous êtes une des locomotives de la grève, mais vous avez bien raison de pas faire de trêve. »

Il faut dire que pour les cheminots, les fêtes de fin d’années ne sont pas vécues comme tout le monde : beaucoup sont d’astreinte d’habitude, et travaillent le soir du réveillon, sont parfois à 500km de leur domicile. Grégory, un habitué des manifestation explique que « officiellement, la SNCF « essaye » d’accorder une fête sur deux aux salariés, mais il y a des années où tu n’as rien. L’entreprise marche 365 jours sur 365, et il faut assurer le service. Les fêtes entre amis, on les rate souvent, mais cette année, grâce à Emmanuel Macron, ce sera pas le cas ». Pour beaucoup de grévistes, qui auraient du travailler le soir de Noël, la grève sera aussi synonyme d’une fête avec leurs camarades et leur famille au moment où ils auraient du conduire un train ou actionner des aiguilles. « C’est un plus beau Noël que d’habitude ! Ce Noël, j’étais censé travailler de soirée, donc effectivement je passerai une partie de la journée avec les camarades grévistes, mais le soir, pour une fois, je pourrai peut-être passer les fêtes en famille » lâche celui que tout le monde surnomme Greg avant de partir en manifestation vers Gare de Lyon.

Si la grève permettra à certains cheminots de profiter plus des fêtes, les grévistes gardent cependant le retrait de la réforme des retraites en tête : « s’il y a une manifestation, je serai dans la rue pour Noël », nous dit dans un grand sourire David, agent au commercial à Massy-Palaiseau, qui rejette l’idée de trêve. Un prétexte, pour lui : « aujourd’hui, c’est Noël, demain ce sera le jour de l’An, voir la Saint-Valentin ! Ils trouveront toujours un prétexte pour demander d’arrêter la grève. Aujourd’hui, si on s’arrête, on perd tout ce qu’on a construit depuis le 5 décembre ». A tout ceux à qui l’on demande « que faudrait-il pour une trêve ? », la réponse est unanime : le retrait de la réforme. Pareil pour Christophe, aiguilleur, qui a fait son choix depuis longtemps, et qui entame son quinzième jour de grève : « sacrifier un Noël pour garder nos acquis et les améliorer, ça vaut le coup ! Je n’aurai pas les moyens d’acheter de cadeaux à Noël, ce sera ça mon cadeau pour ma famille » nous dit-il en riant.

Au moment où Philippe Martinez appelle à une journée de mobilisation seulement le 9 janvier, décrétant de fait une « trêve » dans les manifestations pendant près de deux semaines et demi, nombreux sont les cheminots pour lesquels la lutte va continuer pendant les vacances, coûte que coûte. « Des Noël, il y en aura plein d’autres, la retraite, on en a qu’une, et on y tient » finit par nous dire Jimmy, un des plus jeunes d’Austerlitz, qui, avec ses 21 ans, vient donner un avertissement à sa direction : la jeune génération est aussi déterminée que ceux qui ont vécu la victoire de 1995.




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