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Politique

Réforme des retraites

Des députés macronistes et alliés prêts à ne pas voter la réforme : premières fissures en macronie

Secoués par le rejet massif de la réforme des retraites, certaines voix dans la majorité et chez Les Républicains menacent de ne pas voter le texte. Ces premières divisions pourraient se résorber, mais elles témoignent de la fragilité de l’exécutif.

lundi 23 janvier

Crédits photo : Stephane de Sakutin/AFP

Le rejet large de la réforme des retraites qui s’est illustré lors de la manifestation massive de jeudi 19 janvier commence à faire douter certaines composantes de la majorité, au point que des députés avancent qu’ils ne voteront pas le texte. Dans le contexte de majorité relative où chaque voix compte pour faire passer une loi, cette perspective est particulièrement inquiétante pour l’exécutif.

Premières défections à l’Assemblée : le camp macroniste déjà divisé

Plusieurs députés de la coalition de Macron ont en effet déclaré dans les médias que, en l’état, ils ne voteront pas la réforme des retraites. C’est notamment le cas d’un groupe de députés Renaissance anciennement issus du PS ou d’EELV, regroupé autour de Barbara Pompili et son micro parti « En commun ». Cette ancienne ministre de l’Écologie, figure de premier plan de la Macronie déclarait déjà la semaine dernière : « Si je devais voter maintenant, je ne pourrais pas voter pour », évoquant des « injustices sociales » dans le projet de loi, la trop faible prise en compte des inégalités hommes-femme et l’emploi des séniors.

Elle devrait être suivie par quatre autres députés Renaissance. Tout en restant plus discrète, une autre frange de la majorité issue du Parti socialiste, la « Fédération progressiste », menace de « se tourner vers l’abstention et même le vote contre ». Elle pourrait entrainer dans son giron une quinzaine d’élus.

Du côté des partenaires de coalition de Renaissance, le Modem et Horizon, des voix discordantes se font également entendre. Si le nombre de députés s’opposant au texte est plus limité, avec seulement deux élus officiellement réfractaires, beaucoup évoquent la nécessité d’aménager le texte, en raison de la forte hostilité qu’il rencontre dans l’opinion. Soucieux de trouver des alternatives pour financer la réforme le Modem a par exemple proposé d’allonger le temps de travail de 35 heures à 35,5 heures, afin d’augmenter le montant des cotisations. Une énorme attaque anti-ouvrière, accueille froidement par le porte-parole du gouvernement Olivier Véran, contraignant le Modem à reculer dans la journée, mais qui témoigne des tensions existant déjà au sein du camp macroniste.

Des divisions également du côté de l’allié des Républicains

Chez Les Républicains, avec lesquels Emmanuel Macron a réussi à s’accorder pour qu’ils soutiennent sa réforme des retraites, un nombre significatif de député est également réticent à l’idée de s’aligner avec l’exécutif. L’accord obtenu par Eric Ciotti bouscule un parti qui, faute d’espace politique, veut se démarquer d’Emmanuel Macron.

D’après le JDD, au moins 13 députes seraient ainsi prêts à ne pas voter la réforme. Regroupés autour d’Aurélien Pradié, les dissidents veulent amender la réforme à la marge, notamment au sujet du minimum vieillesse. La probable utilisation de l’article 47-1 de la Constitution, qui prévoit de raccourcir les débats à 50 jours seulement, cristallise le mécontentement. Avec seulement 20 jours de discussion à l’Assemblée et 15 au Sénat, les éventuels désaccords entre LR et macronistes devraient être discutés en quelques jours de Commission Mixte Paritaire, un délai trop court pour Aurélien Pradié

Alors que la majorité relative du gouvernement est composée de 249 députés (membres et apparentés), le soutien des 62 élus des Républicains est crucial pour obtenir les 289 voix nécessaires à la majorité. Or, si l’on additionne tous les potentiels frondeurs, près de 40 députés disent prévoir de s’opposer ou de s’abstenir sur la loi, menaçant l’exécutif de ne pas trouver de majorité sur sa réforme des retraites. De plus, le gouvernement ne pourra pas non plus compter sur le groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT), autre force centriste à l’Assemblé nationale et appoint régulier du gouvernement pour obtenir des majorités, qui a déclaré son opposition à la réforme.

Derrière le consensus sur l’âge, des doutes persistent sur la méthode pour rendre la réforme acceptable

Ces nombreuses dissensions au sein du camp macroniste ont de quoi étonner : ces députés réfractaires ont tous soutenus Emmanuel Macron, et ont porté l’allongement du temps de travail lors de la campagne précédente. De la même façon, repousser l’âge de la retraite est une obsession ancienne chez les Républicains, et figurait dans le programme de Valérie Pécresse.

En réalité, ces tensions au sein du camp macroniste et de la droite expriment la crainte d’une explosion sociale face à une réforme très impopulaire, et à la contestation massive qui s’est exprimée dans la rue jeudi dernier. Dans ce cadre, ces députés visent d’abord et avant tout à trouver des aménagements pour rendre la réforme acceptable, alors que les mesures d’accompagnements proposés par l’exécutif, de la prise en charge de la pénibilité à celle des carrières longues, n’ont en rien réduit l’opposition à la réforme. De fait, ces aménagements prévus dans ces mesures sont très limités, ne concernent qu’un nombre très restreint de personnes, et surtout ne compensent pas le principal effet de la réforme, à savoir le report de l’âge légal à 64 ans avec 43 années de cotisations obligatoires.

Sans renoncer à l’essentiel et le report à 64 ans, l’action des frondeurs macronistes vise essentiellement à ce stade à trouver des mesures pour faire accepter la réforme. A cet égard, le député Renaissance de l’Hérault Patrick Vignal, déclare au sujet de ceux qui ont plus de 60 ans et seront impacté sous peu par la réforme : « on pourrait leur proposer un bonus sur ces trimestres supplémentaires, ce qui augmenterait un peu leur pension ». Pas de retour sur le report à 64 ans donc, seules quelques aides supplémentaires sont proposées chez ces voix marginales dans la Macronie.

Pris dans la crise politique, Macron est fragile : battons-nous pour le faire reculer !

Les divisions du camp macroniste sont à prendre au sérieux, et témoignent de la la façon dont les fragilités induites par crise politique s’expriment face à la contestation sociale massive contre le gouvernement. Pour autant, elles pourraient se résorber à force de tractations auprès des députés réticents. De la même façon, les désaccord exprimées par Aurélien Pradié pourraient être mis en sourdine maintenant que ce dernier, fraichement nommé Vice-Président du parti, bénéficie d’une place de choix dans l’appareil des Républicains.

Par ailleurs, le gouvernement compte s’appuyer sur tous les mécanismes anti-démocratiques de la Constitution, à commencer par l’article 47-1 qui pourrait être utilisé pour faire passer la loi sans débat à l’Assemblée. Dans ce cadre, pour le faire reculer, c’est un rapport de forces énorme qu’il faudra imposer, qui passe par la construction d’une grève reconductible large.

Après la mobilisation massive du 19 janvier dernier, il y a urgence à travailler dans cette direction, en s’appuyant sur les appels à la grève reconductible des raffineurs ou des électriciens et gaziers, et en préparant une mobilisation massive le 31 janvier à la base, sur les lieux de travail et d’étude, qui soit un point d’appui pour un départ en reconductible au mois de février aux côtés des raffineurs !



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