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Jeunesse

Précarité par temps d'épidémie

Des étudiants expulsés de leurs résidences universitaires par le Crous

La ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a déclaré ce vendredi après-midi qu'« il sera demandé aux élèves et aux étudiants de regagner le domicile de leurs parents ». Dans plusieurs régions, les établissements annoncent une fermeture totale à partir de lundi 16 mars, d'autres disent garantir un « service minimum » en termes de restauration et logement.

mardi 17 mars

Crédits photo : AFP

La gestion des résidences universitaires est à l’image de la gestion du gouvernement de la crise du coronavirus : incohérente et contradictoire.

En effet, la ministre et les autorités des établissements justifient la fermeture des centres Crous par les risques forts de contagion pour et par la jeunesse, qui peut être porteuse du virus sans les symptômes. Les étudiants concernés ont ainsi reçu des courriers leur demandant de quitter les lieux en trois jours, c’est-à-dire d’organiser un départ précipité vers le domicile de leur parents. Ainsi à l’heure où tout déplacement est déconseillé, où l’on culpabilise les français pour leur incivisme, on demande à des milliers de jeunes de se déplacer dans toute la France, et ce de manière précipitée.

C’est également une prise de risque considérable pour la santé et la sécurité de milliers d’étudiants et de leurs proches. Dans certains établissements Crous, comme celui de Poitiers, c’est 50% des étudiants qui sont étrangers, et qui ont aujourd’hui des possibilités limitées de rentrer chez eux précipitamment suite à la fermeture des frontières à l’entrée de l’Union Européenne. De plus, nombreux sont les étudiants qui n’ont pas de domicile familial, et pour qui cette décision du Crous les laisse sans logement du jour au lendemain, en pleine crise sanitaire et mesures de confinement.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup soulèvent les problèmes que cela va engendrer, et dénoncent l’irresponsabilité du Crous :

Face à cette panique, qui est totalement justifiée, vu la situation de grande précarité dans laquelle se trouvent la plupart des étudiants, le Crous a communiqué :

Mais comment ces étudiants vont-ils être pris en charge ? Aucune réponse de ce côté-là pour le moment. Si la ministre assure que les restaurants Crous vont rester ouverts, les étudiants de Paris III, de Nantes et de plusieurs villes ont reçu des informations stipulant le contraire et l’annonce de la fermeture totale des établissements et des cantines.

Les établissements Crous ne sont pas à la hauteur d’une telle crise sanitaire, aussi parce que même sans pandémie, les conditions de vie qu’offrent ces résidences sont désastreuses. Les conditions de vie dans les résidences sont souvent très précaires : tant en termes d’accès aux logements Crous, qu’au niveau de l’état des structures. Dans une cité universitaire à Toulouse, des scandales sanitaires ont été révélés l’année dernière : cafards, amiante, le bâtiment toulousain a été rebaptisé « la cité de la peur ». Le Crous est aussi l’institution devant laquelle a choisi de s’immoler Anas, le 26 octobre dernier. Un acte politique pour dénoncer qu’il est impossible de vivre avec 400 euros par mois et que les aides que lui donnait la structure étaient insuffisantes. C’est aussi dans une chambre du Crous, qu’un étudiant est mort en novembre dernier.

Actuellement, la situation de crise sanitaire met au chômage de nombreux jeunes qui occupaient des contrats précaires dans la restauration, l’animation ou encore les secteurs des services et qui ne sont pas pris en compte par les mesures de chômage partiel. C’est donc une situation de précarité préoccupante pour beaucoup de jeunes qui se retrouvent avec peu de ressources, voire plus aucunes. Les étudiants précaires, étrangers, qui ne peuvent compter sur leur domicile familial, se retrouvent ainsi mains liées aux décisions imprécises, arbitraires et insuffisantes du Crous.

Précarité, incertitude, et abandon, c’est cela qu’on promet à la jeunesse à l’heure d’une crise sanitaire sans précédent.

Si le gouvernement a annoncé le prolongement de la trêve hivernale, le Crous doit prendre ses décisions en conséquence. Aucun étudiant ne doit se retrouver sans logement, sans revenu pour vivre et les loyers doivent être suspendus.

L’incertitude, la détresse, que connaissent les étudiants confrontés à cette situation doivent être entendues. Alors que l’épidémie s’étend en France, les jeunes, travailleurs précaires, subissent brutalement les conséquences du coronavirus : il faut mettre en lumière l’absence de mesures et les injustices sur nos lieux de vies, d’études et de travail qui mettent nos vies en danger, et s’organiser pour y faire face.

Alors que l’épidémie s’étend en France et que Macron parle d’union sacrée, travailleurs, précaires, soignants, jeunes sommes confrontés de plein de fouet aux conséquences du coronavirus. Problème de logement, licenciements, manque de mesures d’hygiène, manque de moyens dans la santé, nous souhaitons recueillir les témoignages de celles et ceux qui sont en première ligne face à l’épidémie et à ses conséquences.




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