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Jeunesse

Frais d’inscription, baisse des APL…

Des gilets jaunes aux lycéens et étudiants, quelles perspectives face au coût de la vie ?

Alors que le mouvement des gilets jaunes entame sa 5ème journée de blocage et de mobilisation dans toute la France, la jeunesse est restée encore discrète, en dehors de plusieurs lycées bloqués lundi et mardi. Et ce alors même que Edouard Philippe vient d’annoncer en début de semaine l’augmentation considérable des frais d’inscription pour les étudiants étrangers.

mercredi 21 novembre 2018

Crédit photo : REUTERS/Vincent Kessler

Après la loi ORE généralisant la sélection au printemps dernier, le gouvernement franchit un pas de plus dans la destruction de l’université publique. Selon le Premier Ministre Edouard Philippe les frais d’inscription des étudiants étrangers ne venant pas de l’Union européenne vont considérablement augmenter dès la rentrée universitaire 2019, passant de 170 à 2 770 euros en Licence, et de 243 à 3 770 euros en Master. Une augmentation qui a pour objectif de rendre l’université plus compétitive à l’échelle internationale, et qui aura pour effet de trier socialement les étudiants étrangers qui sont pourtant près de 100 000 chaque année, et qui est directement reprise du programme de l’extrême droite.

Cette annonce suscite déjà une levée de bouclier auprès des principales organisations de jeunesse, et spontanément sur les réseaux sociaux. Tout le monde se sent concerné par cette attaque, d’autant qu’il ne fait de doute pour personne qu’il s’agit d’une première étape pour aller vers la destruction totale de l’accès gratuit (ou quasi gratuit) à l’université et la hausse généralisée des frais d’inscriptions. On se rappelle à ce titre du rapport Gary Bobo réalisé pour Macron et qui formulait l’objectif de frais d’inscription entre 4000 et 8000euros, tout en préconisant une méthode plus "subtile" pour éviter une mobilisation générale de la jeunesse : "Y aller doucement, mais commencer tout de suite avec les frais d’inscription". Pour combattre cette attaque d’ampleur, les étudiants et les lycéens auraient tout à gagner à joindre leurs revendications à celles des gilets jaunes qui combattent la hausse des taxes, mais plus généralement s’affrontent à la politique du gouvernement et la baisse considérable de leur pouvoir d’achat.

D’autant qu’en matière de difficultés financières et de vie chère, les étudiants ne sont pas en reste. Des rapports sont publiés [1] chaque année et montrent le portrait d’une jeunesse toujours plus précarisée, qui peine à joindre les deux bouts et à finir le mois. Ainsi par exemple plus d’un étudiant sur deux est obligé de se salarier pour vivre, ce qui a des conséquences désastreuses sur les chances de réussite (il s’agit même du premier facteur d’échec universitaire), d’autant que le droit de ces étudiants n’est en rien garanti par les universités. Plus grave encore, ces enquêtes montrent que 20% des étudiants vit sous le seuil de pauvreté, une situation dramatique qui conduit à ce que plus d’un étudiant sur trois renonce à se soigner pour des raisons financières, et que plus d’un étudiant sur quatre saute plusieurs repas dans la semaine faute de moyens. Une réalité qui fait froid dans le dos et qui peut aller jusqu’à des situations dramatiques, comme le cas de cet étudiant mahorais retrouvé mort de faim dans sa chambre universitaire.

Cette situation est la conséquence directe de l’action des différents gouvernements, et les enquêtes montrent bien en quoi l’impact de ces politiques sont responsables d’une augmentation constante du prix de la vie étudiante. Hausse des prix des transports, des loyers, baisse des aides et des APL, et maintenant hausse des frais d’inscription. Les étudiants sont également victimes de la casse généralisée des services publics (transports, hôpitaux) qui rend toujours plus compliqué l’accès aux soins par exemple, mais aussi à la contraception et à la prévention des maladies et infections sexuellement transmissibles, avec la casse des planning familiaux etc.

Alors, pourquoi ne pas se rallier à la gronde qui anime les gilets jaunes depuis plus de 5 jours un peu partout en France ? Il existe chez certains étudiants une forme d’expectative, voire de mépris à l’égard des personnes qui se mobilisent, comme si la mobilisation était uniquement le fruit de secteurs conservateurs voire réactionnaires. Il est indéniable qu’une frange de la droite et de l’extrême droite réactionnaires cherche à capitaliser la colère qu’expriment les gilets jaunes. D’autant que plusieurs actes racistes et homophobes ont été recensés ces derniers jours. Pour autant, ces actes qu’il est primordial de condamner ne reflètent pas l’ensemble de la mobilisation des gilets jaunes. En effet, le principal moteur de ceux qui se mobilisent est la question des inégalités, du coût de la vie, et au-delà la volonté de mettre en échec le gouvernement des riches. Et c’est pourquoi contre la pauvreté étudiante, contre l’augmentation des frais d’inscription et la destruction de l’université gratuite et publique, contre ce gouvernement qui prend aux plus démunis pour continuer ses cadeaux aux plus riches, les étudiants ont toutes les raisons de se mobiliser et d’apporter leurs revendications au mouvement des gilets jaunes.

Pour autant, la perspective est-elle d’enfiler son propre gilet et d’aller bloquer des ronds-points ou des autoroutes ? Pas nécessairement. D’autant que le mouvement est en pleine recherche de perspectives et d’une stratégie pour gagner en rapport de force, face à un gouvernement qui annonce ne vouloir rien céder. Dans ce contexte, le mouvement étudiant pourrait non seulement apporter ses revendications, lutter résolument contre l’extrême-droite et ses idées nauséabondes, mais également adjoindre la force de sa tradition et de ses méthodes, en cherchant à se mobiliser dans les universités. Côté lycéens, quelques établissement ont débrayés et ont été bloqués, mardi 20 novembre, et les lycéens qui se sont exprimés ont parfaitement compris qu’il était dans leur intérêt de se joindre à la colère qui existe, dans la mesure où leur avenir en dépend aussi : " On est là pour montrer que les questions des taxes et de la baisse du pouvoir d’achat nous concernent (..) La plupart des jeunes ici présents seront majeurs l’année prochaine.

C’est aussi notre avenir qui se joue." [2] En ce sens les organisations de jeunesse devraient chercher à lancer un grand appel unitaire à combattre le gouvernement, mais aussi interpeller les organisations du mouvement ouvrier pour qu’elles fassent de même, car un recul de sa part serait une victoire pour l’ensemble des secteurs qui sont aujourd’hui victimes de sa politique. Si les organisations étudiantes n’ont pas bougé pour l’instant, les syndicats lycéens ont réagi : l’Union nationale lycéenne (UNL) appelle à une journée d’actions et de blocages le vendredi 30 novembre, tandis que l’UNL-SD et la Fidl appellent à la tenue d’assemblées générales mercredi 28 novembre. Aux lycéennes et lycéens se s’en saisir sur leurs propres bases, pour se joindre et peser sur ce mouvement.




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