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Politique

Islamophobie républicaine

Des maires Les Républicains partis en croisade ?

Pierre Hodel Un maire membre des Républicains (ex-UMP) déclare qu’il veut bien accueillir des réfugiés uniquement s’ils sont chrétiens. Yves Nicolin, maire de Roanne, une ville de 35 000 habitants proche de Lyon, s’est dit prêt à accueillir des réfugiés « à la condition qu’ils soient des réfugiés chrétiens » par crainte de « terroristes déguisés ».

mardi 8 septembre 2015

L’amalgame islamophobe « musulman = terroriste » n’a jamais été aussi clairement affiché dans le discours politique. Le niveau de bassesse d’une telle affirmation illustre – s’il en était besoin – à quel point la droite court après ce qu’elle pense être la clef électorale : un discours ouvertement raciste.

Il est étonnant que les mêmes qui parlent de l’importance de défendre les « institutions laïques de la République » face aux populations musulmanes, aujourd’hui fassent le tri entre les réfugiés… selon un critère religieux !

Cette discrimination religieuse élémentaire n’a pas l’air de faire énormément de vagues parmi la justice et le gouvernement. Malgré la loi et la constitution, il ne semble pas que « l’opinion » émise par ce maire pousse la justice à se saisir de l’affaire pour le démettre et le poursuivre. La même Justice qui, rappelons-le, convoquait au commissariat des jeunes, voire excluait des établissements scolaires des collégiens et lycéens pour ne pas avoir observé la minute de silence après les attentats de janvier dernier…

C’est la banalisation la plus incroyable et la plus extrême des propos racistes, à l’initiative très large de la classe politique de droite comme de gauche. On peut évoquer le premier ministre Manuel Valls qui déclarait déjà, alors qu’il était maire d’Ivry, vouloir « plus de blancos » sur le marché de sa ville pour les caméras de télévision. Ce genre de sorties sont depuis devenus communes. Alain Vidales s’est récemment illustré en prônant la discrimination au faciès dans les trains pour arrêter les « terroristes ». Ces dérives montrent le niveau de pourriture idéologique de la droite mais aussi de la soi-disant gauche gouvernementale, qui assume un discours que l’extrême droite ne peut pas renier.

C’est aussi une bonne illustration de la nécessité pour les discours réactionnaires de toujours diviser les exploités et opprimés selon la race, la religion et d’autres critères, pour mieux pouvoir les monter les uns contre les autres. Au final, il s’agit de raciser l’Autre, mais aussi soi-même, en rappelant les racines soi-disant « chrétiennes » de la France et de l’Europe. Ce n’est rien d’autre qu’une vieille stratégie de la bourgeoisie. Rappelons d’ailleurs que les textes de l’Union Européenne parlent des racines chrétiennes de l’Europe en « oubliant » au passage toutes les minorités religieuses – juives notamment mais aussi musulmanes qui vivent en Europe depuis bien avant l’Empire Ottoman.

L’émotion en France – face au drame des réfugiés – oblige la classe politique bourgeoise à des contorsions qui la font cependant revenir à ses discours habituels : « regroupez-vous derrière la bannière nationale – devenu raciale et religieuse – contre un monde hostile ». D’ailleurs, sous le masque de l’humanisme vis-à-vis des réfugiés, l’ensemble de la caste politique en profite pour exiger des lois migratoires encore plus restrictives, comme l’a fait Nathalie Kosciusko-Morizet demandant la limitation du regroupement familial.

En réalité, c’est la bourgeoisie européenne et sa politique impérialiste qui est responsable très largement de l’hostilité et de l’instabilité actuelle du monde. Les pompiers-pyromanes voudraient nous faire croire qu’ils sont les seuls à même de nous protéger, alors que ce sont eux qui créent les menaces.

Accueillir tous les réfugiés et les migrants, et ouvrir les frontières n’est pas seulement un acte charitable et humain : c’est surtout une nécessité politique pour tous les exploités et les salariés, pour créer une solidarité, arme centrale de la classe ouvrière pour défaire les plans des bourgeoisies nationales. L’internationalisme n’est pas seulement une question morale : c’est une question d’efficacité politique, réaffirmée par le mouvement ouvrier depuis sa création. Contre tous les discours racistes, islamophobes, xénophobes, crions haut et fort notre fierté d’appartenir à une classe sans frontières.




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