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Répression syndicale

« Des méthodes antiterroristes contre des ex-grévistes » : 4 salariés de RTE arrêtés par la DGSI

Quatre salariés et syndicalistes CGT de RTE ont été arrêtés à leur domicile et placés en garde à vue par la DGSI mardi matin. Leur tort ? Avoir participé à un mouvement de grève pour les salaires au printemps dernier.

mercredi 5 octobre

Photo : FRED TANNEAU / AFP

Mardi 4 octobre au matin : quatre syndicalistes CGT et ex grévistes de RTE (Réseau de Transport d’Electricité), filiale d’EDF chargée du transport d’électricité, sont interpellés à leur domicile et placés en garde à vue au siège de la DGSI à Levallois-Perret. Dans un communiqué publié ce mercredi, la CGT dénonce une « une répression délirante ».

Qualifiés « de cybercriminels en bande organisé » par le policier qui les a arrêtés devant leurs familles, ils sont accusés de « dégradation majeures sur le réseau électrique ayant entrainé des coupures de courant ». Selon Street Press, cette arrestation fait suite à une plainte déposée par la direction de la RTE suite à un mouvement de grève, notamment pour revendiquer une augmentation des salaires, dans l’entreprise. Les ex-grévistes sont poursuivis pour « entrave à un système de traitement de données, sabotage informatique, accès et maintien frauduleux dans un système de traitement automatisé de données, introduction, modification et suppression de données d’un tel système ».

Des ex-grévistes poursuivis pour… faits de grèves

Pour Francis Casanova, délégué syndical central de la CGT RTE que nous avons interrogé, ces accusations sont « mensongères ». « Ces deux accusations sont fausses : rien n’a été dégradé et il n’y a pas eu de coupure d’électricité. » s’insurge-t-il. A l’origine de ces accusations, des faits de grèves survenus entre janvier et juin dernier dans le cadre d’un mouvement pour les salaires.

« Il y a eu un mouvement de grève face à une direction qui faisait 27% de bénéfices supplémentaires en 2021 et 661 millions en résultats nets et qui refusait d’augmenter les bas salaires » nous explique Francis Casanova.

« Ce qu’on leur reproche c’est d’avoir basculé les postes électriques en local. En d’autres termes, c’est une manœuvre qui permet simplement de pouvoir contrôler les postes localement en coupant le contrôle à distance » dénonce le délégué CGT. « C’est une action symbolique qui est sans conséquence, puisqu’aucun disjoncteur n’est ouvert et aucun appareil mis à l’arrêt, c’est simplement pour signifier que nous sommes prêts à reprendre le contrôle de notre outil de travail ».

Pendant, le mouvement de grève qui a duré environ quatre mois, 24 postes sur 369 ont été passés en local. Soit 6,5% du réseau. Apparemment trop pour la direction de la RTE qui a cherché depuis à faire payer les grévistes, laissant croire à une attaque criminelle.

Des méthodes de la répression « antiterroriste »

Pour l’heure, les quatre syndicalistes sont maintenus en garde à vue au siège de la DGSI, pour un maximum 96 heures d’après les informations à la disposition de la CGT RTE. Une procédure « choquante qui correspond au maximum de ce qui est permis par la loi et qui normalement est utilisé pour des cas de terrorisme présumé » dénonce Francis Casanova. Et de poursuivre : « en l’occurrence, ce sont des simples grévistes pour lesquels on met en place des mesures d’exception pour un non évènement. Ils n’ont rien à faire à la DGSI ni même dans un commissariat. ».

Cette répression hors norme n’est pas un cas isolé. Pour Francis Casanova, elle s’inscrit dans la droite lignée des pratiques employées par la direction de RTE depuis des mois pour faire pourrir le mouvement.« Déjà durant les grèves, la RTE avait fait appel à l’Etat pour réprimer le mouvement et envoyer des CRS sur plusieurs sites pour déloger les grévistes. ».

Ce nouveau saut dans la répression syndicale et l’appel aux services anti-terroristes de l’Etat doit interpeller largement pour Francis Casanova. Dans un contexte social tendu, le syndicaliste s’interroge sur la signification plus profonde de ces arrestations : « Il y a actuellement des grèves qui sont en cours notamment dans le secteur de l’énergie et les raffineries pour les salaires, à un moment où nous savons que le passage de l’hiver va être tendu pour les classes populaires. Il y a une volonté de faire peur parce que le gouvernement craint des mobilisations importantes du monde du travail alors qu’il veut faire passer la réforme des retraites ».

Les 4 grévistes actuellement détenus dans les locaux de la DGSI doivent être immédiatement relâchés et sans poursuite. Ces méthodes scandaleuses ne peuvent rester sans réponse du mouvement ouvrier alors que l’inflation galopante et la vie chère actualisent l’urgence des luttes pour les augmentations de salaire. Face au patronat qui n’hésite pas à recourir à des moyens radicaux pour dissuader les travailleurs de se mobiliser, il y a besoin d’une réponse collective d’ampleur face à la répression qui touche ceux qui relèvent la tête. C’est à cette condition, que le moment venu, nous pourrons frapper ensemble pour les salaires, contre la réforme des retraites et plus largement contre Macron et son monde.



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