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Politique

Toujours plus loin ?

Des missions de « police » pour les chasseurs : l’idée sécuritaire de Willy Schraen

Dans un entretien au JDD paru le 14 novembre, le président de la Fédération nationale des chasseurs Willy Schraen a émis la proposition de confier aux chasseurs et garde-chasses des missions de police de proximité. Une proposition qui n'a pas manqué de faire réagir dans une période où les "accidents" de chasse meurtriers s'enchaînent.

lundi 15 novembre

Crédits photo : AFP

Un nouvel acteur vient d’entrer dans la ronde de la surenchère sécuritaire. Après Macron et ses 10 000 policiers supplémentaires, Roussel et sa promesse de 30 000, voilà Willy Schraen, qui souhaite intégrer les chasseurs à l’appareil répressif de l’Etat en les organisant en une police de proximité.

A la veille du congrès des maires qui se tient les 16, 17 et 18 novembre à Paris et auquel Willy Schraen, conseiller municipal et président de la Fédération nationale des chasseurs, compte participer, il a exposé dans un entretien au JDD sa volonté de permettre aux chasseurs de « contribuer à la prévention et à la surveillance des territoires en complément des missions régaliennes de l’État. »

Proposition qu’il a bien l’intention de défendre devant les maires. Surfant sur la rhétorique réactionnaire du « sentiment d’insécurité » et de « l’ensauvagement », Willy Schraen affirme que « des maires se font agresser pour des histoires de dépôt d’ordures, la délinquance rurale et environnementale augmente. » Le patron des chasseurs soutient que ceux-ci auraient toute leur place aux côtés des policiers et des gendarmes pour assurer le rôle de police de proximité. La proposition est très sérieuse et Schraen veut rester crédible. D’après lui, « il s’agirait de dresser des procès-verbaux et de constater des flagrants délits ».

L’utilisation de chasseurs comme une police de proximité n’est pas entièrement inédit. Le processus avait déjà été mis en place en 2018, quand 200 chasseurs avaient été recrutés pour soutenir les gendarmes dans l’Oise en patrouillant en zone rurale. Pendant le confinement de 2020 rebelotte, la préfecture de Seine-et-Marne ayant fait appel aux chasseurs pour traquer les potentiels coureurs dans les bois et les signaler aux autorités. Willy Schraen assume aujourd’hui sa volonté de donner un cadre légal pour entériner cette pratique.

Aussi incongrue qu’elle puisse paraître, cette idée de renforcement de l’appareil répressif de l’Etat par l’intégration des chasseurs ne peut être qu’inquiétante. D’autant qu’elle ne manque pas de résonner la médiatisation de plusieurs "accidents" de chasse meurtriers. Le 30 octobre, un automobiliste est ainsi décédé d’une balle perdue et plus d’une centaine d’accidents de chasse surviennent chaque année, dont plus d’une dizaine mortels ...

En outre, cette proposition arrive dans un contexte de renforcement de l’appareil répressif du gouvernement. En effet, lors du Beauvau de la Sécurité, Macron avait annoncé la multiplication du nombre de policiers sur le territoire. Ces dernières semaines, on a également pu constater des nouveaux véhicules blindés offerts aux gendarmes.

Finalement, en plus de s’ancrer dans la surenchère sécuritaire inlassablement menée par le gouvernement et la classe politique, cette proposition réactionnaire ressemble à une tentative d’amadouer le Sénat, alors qu’une mission parlementaire sur les accidents de chasse vient de s’ouvrir...




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